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Eric Stern Educateur Directeur superviseur le groupe en éducation spécialisée

 

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De la politique du contrat dans le domaine social
La notion d’accompagnement, une recherche dynamique
entre la supervision et l’intervention.

Travail éducatif en institution

 

Jeux de rôles

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Chapitres

De la politique du contrat dans le domaine social
La notion d’accompagnement, une recherche dynamique
entre la supervision et l’intervention.

Travail éducatif en institution
 

Educateur spécialisé, Directeur d’institution sociale, je suis formé   à la supervision et a l’intervention au sein des équipes je suis analyste thérapeute bio-énergéticien et psychodramaticien.

De manière générale je réfléchi à partir du champ d’observation de ma pratique et recherche à partir de là les prémisses de ce qui pourrait devenir un conceptualisation dynamique du développement d’un point de vue éducatif

Intéressé par l’éthique la philosophie l’histoire la psychanalyse et l’herméneutique je suis passionné et en recherche constante autour de la relation sous toute ses formes.

Plus spécifiquement je cherche à créer  et à développer dans les équipes ou avec d’autres groupes d’adultes et d’enfants des espaces  relationnels conçu comme des matrices suffisamment  contenantes pour permettre l’expérimentation et l’apprentissage dialogique.

De la politique du contrat dans le domaine social
La notion d’accompagnement, une recherche dynamique
entre la supervision et l’intervention.

Travail éducatif en institution
 

De la politique du contrat dans le domaine social

 

Employée depuis longtemps, d’abord dans la vente, la notion de contrat fait partie de notre vie.

Depuis la parole donnée qui scelle une vente de bétail à la campagne, au contrat d’assurance dont chacun s’accorde à dire qu’il faut se méfier des petits caractères, le contrat est sitôt qu’il s’agit de commerce, omniprésent dans notre quotidien. A tel point que, petit à petit, il s’étend à des domaines où, vu le côté souvent “mercantile” dont il est entaché, on ne s’attend pas à en entendre parler.

Le monde médical par exemple : ne parle-t-on pas de contrat thérapeutique ? Ce dernier type de contrat allant de pair il est vrai avec l’alliance thérapeutique elle-même venue en droite ligne de certaines formes de  psychothérapie, je reviendrai plus loin sur ce point .

Dans la mouvance de la conjoncture actuelle, où l’économie libérale tient le haut du pavé, il n’est pas étonnant que l’idée de contrat apparaisse comme une réponse possible au problème de l’adaptation sociale. S’agit-il là d’un repère trompeusement rassurant face à l’évolution rapide de la société ou d’un réel facteur de changement ? On verra j’espère que, suivant la manière que l’on a de le considérer et de l’employer, le travail par contrat peut-être en tout cas un instrument punitif ou évolutif. 

Actuellement, cette notion de contrat intéresse le monde du travail social qui envisage de faire recours à ce moyen pour tenter de soulager une partie des maux dont il a la charge.

Encore faut-il savoir que l’idée n’est pas si nouvelle que cela et que bien des travailleurs sociaux ont une certaine expérience dans ce domaine ou du moins dans ce qui semble être ce domaine.

Il paraît donc judicieux de regarder d’un peu plus près cette politique de contrat dans le travail social pour être bien au clair sur les buts qu’elle poursuit, les moyens qu’elle se donne ou demande et les méthodes qu’elle emploie.

Je voudrai d’abord relever comme je le disais plus haut, que les travailleurs sociaux ont bien des fois, dans leur histoire professionnelle, qu’elle soit corporatiste ou individuelle, travaillés par contrat avec leur “client”. 

Tout au long de mon parcours professionnel, j’ai vu “passé” bien des contrat avec des usagés. Généralement, ces démarches s’apparentaient à la vieille histoire de la carotte et du bâton, le contrat se résumant plus souvent à demander au “bénéficiaire”, entendez l’usagé, de faire quelque chose ou de renoncer à un comportement, en échange de quoi l’autre partie s’engageait à maintenir un statu quo ou à offrir une faveur, par exemple, dans le cas d’une dénonciation.

 

Cette forme toujours actuelle “d’exploitation” ne doit pas être confondue avec le travail par contrat. Au mieux, s’agit-il d’un marché de dupe le plus souvent qui  va servir de prétexte au plus fort  pour faire pression sur le plus faible, généralement en le culpabilisant de manière moralisatrice.

Que de fois des remarques du genre : “Mais tu t’étais engagé à ne plus faire ceci ou cela” se sont appuyées, avec une parfaite mauvaise foi, sur de soi-disant rapport de confiance contractuel !

A ce sujet, rappelons-nous que la promesse, surtout celle que l’on arrache à l’autre alors qu’il ne peut pas la tenir, n’a rien à voir avec un contrat. 

Il faut bien prendre garde au fait que le contrat n’est pas une fin en soit mais un moyen qu’il ne faut pas  confondre avec l’engagement à respecter un règlement mais relever qu’une politique du contrat honnête peut amener au respect des règles.

Par exemple : “De quoi as-tu besoin pour arriver à tel but que toi et moi pensons désirable que tu atteignes et comment peut-on t’y aider” est la base d’un contrat.

Le “Tu t’engages à changer, sinon cela aura les conséquences que tu sais” est simplement une menace d’application punitive d’un règlement.

Bien évidement, le contrat ne peut pas se substituer aux lois mais peut, dans le cadre de celle-ci, humaniser leur application tatillonne. S’il n’est pas établi dans la finalité d’être un piège qui montrera à l’usagé son incompétence, il est un réel moyen de mobilisation et de mise en action des dynamiques individuelles et relationnelles des personnes concernées, un des ses effet est que, mobilisateur d’énergie, il puisse devenir créateur de synergie.  

Travailler véritablement à l’aide de contrat, demande bien autre chose qu’un rapport de force entre les parties et, premièrement, que les deux contractants soient  d’accord sur le contenu et les buts  du contrat.

De plus sans réel liberté et désir de contracter, il n’y a pas de contrat, dans le sens de support au changement, possible.

Dans un contrat de ce type, les deux parties doivent s’engager à offrir ou à accepter quelque chose de nouveau. Il est très important d’insister sur “les deux parties” et “quelque chose de nouveau”. Un contrat qui renforcerai le toujours plus du même n’aurai aucune valeur dans le sens de l’amorce et de l’accompagnement au changement.

Envisagé sous un angle novateur et dynamique, le contrat s’inscrit dans le temps, il est moteur et référence d’un processus évolutif, dans ce sens il doit être évalué voire rediscuté et adapté selon les circonstances.

Qu’on ne s’y trompe pas, en travail social, le travail par contrat  n’influence pas  pas seulement le “bénéficiaire”.

Travailler de la sorte, s’est accepter que l’usagé soit un partenaire à part entière, qui fait réellement partie de la société et dont cette dernière, malgré les apparence, a besoin, autant qu’il a besoin d’elle.

Je ne crois pas qu’il soit si facile pour un homme ou une femme adapté, intégré, reconnu comme un travailleur, fût-il social, de penser de la sorte.

Cette vision, incitant à abandonner une certaine position hiérarchique pour entrer dans une relation d’alliance paritaire, peut déstabiliser l’intervenant et cela malgré toute la bonne volonté du monde.  “Je ne te force plus, au nom de ma supériorité, à aller là où je veux que tu ailles mais nous cherchons ensemble là où il t’est possible d’aller et ce que nous pouvons faire pour que tu puisses y arriver”.

C’est là-dessus qu’un contrat social devrait porter, sinon il court le risque devenir une liste de devoirs à remplir par l’usagé.

Le contrat un travail social ne définit pas les conditions d’une vente mais sert à régulariser un processus. Il s’agit bien d’abord d’un travail de réflexion sur les situations personnelles et sociales des contractants, des conséquences de ces facteurs sur la relation interpersonnelle qu’ils établissent et partant de là, de l’instauration d’un partenariat dans un but accepté par eux. La notion de contrat est donc indissolublement liée à celle de participation.

Le fait que le contrat soit un écrit permet, par le nécessaire  temps de rédaction,  de relecture et d’ajustement, le mûrissement et la juste appréciation de l’idée de changement. Cette maturation se clos par l’engagement et la signature qui crée une réelle égalité des deux parties sur le terrain englobée par le contrat, puisqu’il n’y en a pas une qui doit s’engager plus que l’autre. Moment important aussi, puisqu’il  signifient que les contractants reconnaissant ce pourquoi ils se voient durant un temps donné instaurent de la sorte un partenariat qui ne l’est pas que de nom.

Cela ne veut pas dire que les différences sont gommées dans une pseudo-égalité mais que s’est instauré une vrai égalité qui tient compte de la différence dans le sens d’un enrichissement mutuel permettant de “tendre vers”.

“Je mets mon savoir à ton service pour une raison donnée” n’a rien à voir avec “je me sers de mon savoir pour t’amener à mes raisons”.  

 

Pour clore ces quelques réflexions autour du contrat, je dirai qu’il est un outil de travail privilégié en ce sens qu’il fait appel au côté sain de l’individu et de l’institution au travers de son ou ses représentants.

Par le fait qu’il sert premièrement de base solide à la clarification relationnelle, c’est un outil de proximité. Il met en évidence les rôles et les fonctions des partenaires permettant ainsi de les dépasser pour personnaliser la relation à l’autre et au changement.

 

 

 

Janvier 1997                                                               Eric Stern

 

 

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La notion d’accompagnement, une recherche dynamique

entre la supervision et l’intervention.

 

La notion d’accompagnement, une recherche dynamique

entre la supervision et l’intervention.

 

Dans les pages qui vont suivre je vais situer, décrire et essayer de comprendre  le processus d’un suivi d’équipe, équipe dont je suis le superviseur.

L’intérêt d’une telle démarche ne serait certes pas son originalité, si  parallèlement à mon travail avec cette équipe, je n’avais pas entrepris une formation à l’intervention dans les équipes.

Organisée par le  C.E.F.O.C., cette formation à été animée  par une  équipe d’intervenants du Laboratoire de Changement Social, université Paris / Denis Diderot

 

Cette démarche m’a amené à prendre le risque de modifier  ma manière  d’intervenir et partant, m’a invité à revisiter une vision théorique qui ne  la sous-tendait plus que partiellement.

 

Si j’ai vécu et vis encore, cette adaptation de ma praxis et la réflexion qui en a découlé  comme un élargissement du  champ d’action et de compréhension, c’est  que, les événements la dynamique et les sujets abordés  dans l’équipe  m’ont conduit à intégrer des éléments en provenance du modèle proposé par les formateurs dans le processus d’une supervision.

 

Il faut dire qu’une partie de présence plus “active” auprès d’une équipe me convient . En effet si la clé de lecture analytique m’est une aide à la compréhension, elle n’est pas la seule. De plus la neutralité bienveillante n’est pas dans le cadre de la supervision mon attitude  favorite.

En conséquence une approche autre, proposant  une interactivité plus “dynamique” me convenait parfaitement. Elle me permettait d’imaginer  prendre en compte, dans l’accompagnement, plusieurs éléments observés auparavant lors d’interventions auprès des  équipes.

La perspective d’aboutir à une construction plus élaborée de ma participation durant l’intervention paraissait assez attractive. .

 

En ce qui me concerne c’est ce jeu incessant, entre le temps passé à peaufiner un dispositif dans  la pratique, et l’élaboration nécessaire à une conceptualisation accompagnatrice, qui est à la fois fondatrice de ma qualité de tiers intervenant  et  garante du degré de qualité que j’apporte à  l’intervention.

Il s’agit en somme d’un réel questionnement  éthique. Précisons que l’éthique telle que je la conçois reste avant tout une interrogation  par rapport à des règles d’action. C’est dans mon cadre professionnel un exercice dynamique qui n’a me semble-t-il de valeur que s’il  prend racine dans une pratique, et peut le cas échéant se traduire par des actes.Il ne s’agit pas de confondre ce questionnement qui est tension, avec une application répétitive de concepts issus de la morale normative. L’éthique s’applique je l’ai dit à ma pratique, c’est moi et mes actions qu’elle prend pour objet et non l’autre qu’elle juge, ce que fait plus volontiers la morale. Là où la réponse morale me rassure  et me protège, le questionnement éthique m’engage.

 

Dans ces pages j’ai essayé, en tenant compte de la spécificité de la supervision dans le champ “socialo-thérapeutico-pédagogique” tel que je le connais dans mon environnement professionnel, de rendre possible un décloisonnement méthodologique  en l’étayant sur un construit théorique.

Bien que j’ai la prétention  de travailler sérieusement, je n’ai pas celle de me prendre au sérieux.

 

Ce qui suit , malgré les termes employés, n’est pas une théorie dans le sens scientifique du terme, j’ai essayé simplement  de dégager et de partager  ma  vision.

Bien évidemment je ne cherche pas à livrer un travail fini se suffisant à lui même, mais  je vise à poser les prémisses d’une recherche qui est à considérer comme une explicitation du  “savoir faire”  d’un: superviseur? intervenant? accompagnant? en travail social auprès des équipes qu’il rencontre.

S’il s’agit de faire le point c’est bien d’un point de départ que je parle ici.

 

Présentation

 

A la base éducateur spécialisé occupant depuis bientôt sept ans la fonction de directeur d’institution sociale, à l’heure où j’écris il y a une dizaine d’années que je suis superviseur en travail social.

J’ai obtenu un certificat de superviseur en travail social auprès du CEFOC suite à une formation extraordinaire achevée par la  soutenance d’un mémoire en octobre 92. ( Eric Stern, Chevilly, 1992)

 

J’avais auparavant supervisé déjà plusieurs professionnels de manière individuelle ainsi que des équipes.

 

Pour définir au mieux ma position, il est bon de préciser  que j’ai développé  et animé  dans le cadre de mon activité professionnelle entre 1979 et 1986 au Centre Thérapeutique pour Adolescents, Hôpital de Cery, Prilly ,Suisse,  un groupe de thérapie auprès d’adolescents. J’ai  formé à cette approche les thérapeutes qui m’ont succédé.

 

Le C.T.A. était issu du courant de la communauté thérapeutique il s’agissait d’un lieu de travail qui pratiquait le leaders chips multiple et axait une grande partie de son  action sur le travail de thérapie de groupe.

 

A cette période j’ai participé en équipe au rythme de deux heures par semaine, alternativement à des séances  d’ analyse institutionnelle et à des séances de supervision, ces dernières se pratiquaient sous forme de jeux de rôles.

Parallèlement à mon activité je me me suis formé au travail thérapeutique à médiation corporelle entre 1981 et 1987 auprès de la Société Suisse d’ Analyse de Thérapie Bioénérgétique.

 

Par la suite  j’ai assumé plusieurs années la supervision et la formation d’une équipe pluridisciplinaire psychiatrique, dans le domaine spécifique du travail thérapeutique psychocorporel individuel et en groupe avec des adolescents.

Ceci pour dire qu’il existe dès les origines de ma trajectoire, que ce soit en tant qu’éducateur, thérapeute, superviseur ou supervisant, une inclinaison pour les approches de groupes, qu’elles s’adressent à  des résidents, des clients ou des professionnels.

Pour ma part durant mon parcours professionnel et jusqu’à ce jour,  j’ai accumulé comme participant  plusieurs centaines d’heures de supervision individuelles ou d’équipe.

 

C’est tout naturellement que suite à ma certification de superviseur en travail social, mon nom étant dans le bulletin de l’Association Romande des Superviseurs A.R.S., des  demandes sont arrivées de la part d’équipes, j’ai été  amené à  accepter  des  mandats, ceci  dans   des  secteurs aussi divers que: foyers pour enfants ou adolescents,  garderie, groupes d’enseignants, handicap  mental.

J’ai comptabilisé depuis les années quatre vingt dix, près de deux milles heures de supervision, dont près de la moitié étaient et sont des accompagnements d’équipe.

Il n’y a encore pas si longtemps  peu de collègues acceptaient de travailler avec des équipes, la place étant laissée à quelques intervenants de préférence systémiciens, universitaires et psychologues.

 

La supervision d’équipes jusqu’a ces dernières années intimidait, c’est du moins ce que j’entendais  dans les lieux réunissant des superviseurs en travail social affiliés à l’A.R.S.

C’est dommage parce que je pense que mes pairs ont autant que d’aucun les capacités d’intervenir dans nos champs professionnels .

Mais laissons là le manque de confiance de la profession dans ses compétences il s’agirait d’un autre travail....  

 

Dès que j’ai su que le C.E.F.O.C. mettait une formation d’intervention dans les équipes sur pied, je me suis logiquement senti concerné et j’ai décidé de m’y inscrire.

 

Mise au point

 

Pour des raisons de facilitation et de compréhension, à partir de maintenant je parlerai de “superviseur” ou de “supervision” quand je parlerai de ce que je pratiquais auparavant, “d’intervenant” et “d’intervention” quand je me référerai à quelque chose qui vient du modèle proposé durant ma formation. Je réserve les termes “accompagnant et accompagnement” pour ce que je pense être une intégration que je souhaite créative, du modèle à ma pratique postérieur de superviseur.

La terminologie sera peut-être répétitive mais permettra, je l’espère, d’éviter les confusions.

Si je détournais un de ces termes des définitions que je viens de leur attribuer, j’en avertirais le lecteur.

 

La supervision ou rassembler ce qui est épars

 

La supervision d’équipes dont je parle ici vise, on l’aura compris, les milieux sociaux, pédagogiques et thérapeutiques.

Le terme supervision d’équipes recouvre une pluralité d’interventions: groupes Balint, présentations de cas cliniques, mentorat, analyses institutionnelles, gestion d’équipes, analyses de pratiques, résolution de conflit.

Souvent il s’agit à mes yeux d’un terme fourre-tout qui dépasse la souplesse adaptative et les compétences multiples que l’on est en droit d’attendre de la personne pilotant ce genre de pratique.

 

Cette nébuleuse, certes un peu floue, n’a pas que des désavantages. Pour ma part je préfère, référence gardée aux idéaux de la communauté thérapeutique, courir le risque de la spontanéité dans un espace ouvert plutôt que de subir  la rigidité procèdrurière due à une étroitesse de définition. En logique avec ce positionnement,  je me réfère dans ma pratique à un éclairage théorique multi-focal, utilisant selon les besoins  l’approche théorique qui me sert le mieux à conceptualiser à partir de ma pratique.

 

Mon appartenance à une famille  professionnelle se réclamant d’un modèle prônant l’interaction participative  me pousse a prendre   aussi en considération ce que d’emblée j’ aurais tendance à écarter

J’irai même plus loin en reconnaissant que la tension créée par le risque d’un  champ trop ou trop peu délimité, initie  tout mon positionnement en temps que superviseur en ce sens qu’elle inscrit ma démarche dans une contradiction  dynamique me forçant à me positionner.

La première question qui me vient à l’esprit face à la supervision n’est pas: qu’est ce que la supervision ? Mais: où en  suis-je par rapport à elle?

Dès le début de ma pratique de superviseur  j’ai éprouvé la nécessité de séparer  le suivi des personnes  que je voyais en tant que thérapeute, et les professionnels que je rencontrais comme superviseur. Très vite je me suis aperçu que cela était plus vite dit que fait.

 

La pratique d’ un superviseur

 

La frontière si l’on y regarde de plus près n’est pas si précise que cela, la pratique l’est elle plus? J’en doute dans certains cas!

Inutile selon moi  de se cacher la réalité. Il existe une zone faite d’affects, de transferts, de projections, de dépendances, de confusions, de désirs qui fait que les deux champs se chevauchent sans qu’il soit possible de dire:” la frontière passe là”.

 

Il me suffit de me  remémorer le nombre de fois où des futurs supervisés m’ont fait part de   leurs craintes quand au fait d' être entraînés malgré eux dans une forme de thérapie, pour me dire qu’au-delà des positionnements théoriques l’éthique de la démarche réside dans l’empirisme de l’action. C’est en me questionnant que je peux me distancer de mes jugements de valeurs, ces derniers  m'auront renseignés au passage sur mon état interne.

 

Si je ne peux précisément  tracer la frontière, alors il faut que je connaisse au mieux le chemin qui serpente dans le “no man’s land”.

 

Où en suis-je par rapport à la supervision? Ou si vous préférez sur quels chemins suis je prêt à accompagner ou à précéder les supervisés en garantissant de les ramener quoi qu’il arrive dans le champ de la supervision professionnelle.

J’insiste, il ne s’agit pas de les faire traverser d’un champ à l’autre mais bien de les ramener dans le champs de la supervision. Conduire cette pérégrination entre dans le domaine de mes compétences.

En effet si  je ne sais pas bien où passe la frontière,  je sais par contre très bien quand je suis de l’autre côté. On s’ y occupe parfois des mêmes choses mais pas pour les mêmes raisons et pas de la même manière.

 

Comme je l’ai dis plus haut ce champ est  si large et si flou, les participants si imprévisibles et moi-même si curieux, que je nous dois d' offrir quelques garanties sécurisant l'exercice.

 

Espace de l’impossible, la supervision d’équipes à été pensée au début comme une continuation de la supervision individuelle. Je veux dire par là qu’au centre de la supervision, on trouve le plus souvent une pratique qui se résume à l’analyse des résonances personnelles d’un ou de plusieurs  professionnels face à un ou des  clients. Ce fait est à relever si l’on considère que la supervision individuelle qui a tendance à mettre en avant les résonances personnelles centre son attention sur l’individu.

A la base de cette pratique, il y  a un présupposé historique  né en partie de l’amalgame entre la pensée  charismatique qui  a porté  l’intervention sociale sur les fonds baptismaux, et le courant hygiéniste qui a commencé à amorcer sa ”scientification” laïque.

 

Je me demande parfois si l’utopie qui consiste à amalgamer dans ma profession identité personnelle et identité professionnelle, ne vient pas de là, et si partant le débat qui a occupé tant de générations sur l’identité de l’éducateur ne se résoudra pas le jour ou l’on travaillera  l’identité de la profession d’éducateur et plus celle des individus qui la compose.

En ce qui me concerne  et d’une certaine façon c’est à cela que je travaille aujourd’hui quand j’accompagne une équipe. 

 

Quoi qu’il en soit cette rencontre entre l’amour sévère et l’hygiènisme rigoureux, propre au protestantisme de nos contrées, à laissé penser, parfois malgré elle, que si la charité nécessaire et la “désinfection” indispensable se donnant la main n’arrivaient pas à sauver de l’indignité toute une couche de la population, la faute était à chercher chez l’individu et sûrement pas dans des considérations d’ordre social.

 

L’ idée que  “la relation propre en ordre”  va sauver la société et résoudre, par le biais des travailleurs sociaux, des problèmes socio-politiques a encore de beaux jours devant elle.  

Que la faute, quand faute il y a, soit celle du déviant ou de l’intervenant n’est que de peu d’importance puisque la responsabilité n’en incombera ni aux  organisations,  ni aux structures et encore moins  à la pertinence du modèle idéologique à  la base de l’action.

La difficulté avec l’amour comme avec  la science c’est que leurs désirs qu’ils suscitent chez les acteurs  poussent ces derniers à rechercher la vérité, là où  les besoins repérés par la pratique ne commandent  de s’occuper  que de la réalité inhérente aux éprouvés.

 

Mon propos n’étant pas de m’étendre plus longuement sur le sujet  je terminerai ce paragraphe en indiquant qu’une assimilation un peu simpliste des modèles issus de la psychologie humaniste, mettant à la suite de C. Rogers et de quelques autres l’émotionnel et la personne à la première place, ont renforcés cette tendance à focaliser l’approche sur l’individu. (Carl R. Rogers, Dunod,1996)

 

La phrase-clé entendue des dizaines de fois résonne encore à mes oreilles. “ Mais   vous,  est-ce que cette crise de Monique  ne vous  a pas interpellé au niveau de votre propre violence?” 

Au-delà de la caricature et sans minimiser les implications personnelles et leur prise en compte je voudrais faire saisir que cette manière de pratiquer  qui prend comme objet la personne du professionnel,  referme la supervision sur elle-même.

 

Il se peut aussi que se soit les affects du  clients qui soient au centre, quand ce n’est pas le client tout court.

La réponse type des équipes quand vous  demandez quel est leur but  principal va ressembler à quelque chose qui  à coup sûr,  surtout si le client en est un, vous confrontera au sempiternel. “ Le bien être de l’enfant  “.

 

Mon observation m’entraîne cette fois dans une impossibilité aussi  bien conceptuelle que pratique. En effet tant  que l’objet de la supervision, reste le dévoilement de l’affect du professionnel ou du client, que cela soit soulageant dans un cas ou explicatif dans un autre il ne s’agit le plus souvent et au mieux,  que d’un processus d’ élucidation partiel du genre interprétatif relatif au passé. 

La constatation réjouis  l’équipe dans le moment mais n’a que peut d’incidence sur l’avenir. La séance d’après on vous dira dans  le meilleur des cas: ” qu’il y loin de la théorie à la pratique et  que Monique  a continué à casser.”  (Et oui l’équipe avait l’espoir qu’elle arrête! ).

 

Ou alors le professionnel fera part de sa gêne d’avoir pleuré la dernière fois.

Je force peut-être le trait mais je me souviens de ces séances durant lesquelles personnes ne dit rien alors que nous manquons tellement de temps d’habitude. La gêne s’installe, nul ne “pipe mot”, c’est un silence porteur de sens penseront d’aucun, alors que l’équipe revient petit-à-petit au stade de fonctionnement d’un mauvais  groupe de développement personnel.

Pour ajouter à la confusion un participant, vous-même peut-être  appellera cela de la résistance. Voilà! la frontière est franchie.  “ L’une des caractéristiques exigées du leader est donc, ou qu’il soit sorcier, ou qu’il se comporte comme tel. C’est pourquoi les silences dans les groupes dépendants ne peuvent avoir que deux significations : ou bien ils expriment la détermination de refuser au leader le matériel dont il a besoin pour une recherche scientifique, afin d’éviter l’intrusion d’éléments qui pourraient détruire l’illusion de sécurité fournie par la présence du sorcier; ou bien encore ce sont des signes de dévotion et de respect à l’égard du sorcier”. (Wilfred  Ruprecht Bion. puf 1991 p.54 )     

 

La difficulté dans ce genre de pratique c’est que la personne est ses affects résument la supervision à de  l’événementiel. Dans le même sens le morcellement des séances vécues comme une succession de photographies instantanées et non comme une projection cinématographique, est compréhensible dans le sens d’une fragmentation protectrice rendant difficile l’avènement d’un sens historico-temporel. 

Faute d’objet pouvant être travaillé, la supervision devient  le lieu où les événements sont juste rendus supportables ou, pire encore, le groupe éclipsant l’équipe  prend ses membres pour objets.

 

 

La Tâche, de procédures en processus

 

Espace du possible la supervision quand la Tâche accomplie par les professionnels au bénéfice de leur clientèle devient l’objet de la supervision.

C’est la garantie que je donne à une équipe. Au centre de la supervision il y a la Tâche à accomplir. Toujours nous partirons de là et toujours nous y reviendrons. C’est parce qu’un groupe à une Tâche à accomplir qu’il devient une équipe.

Les émotions, les résonances, les conflits, les apprentissages, les études de cas, tout peut  trouver une place légitime en son sein tant que ce que  nous traitons est en rapport avec l’accomplissement  de la Tâche.

 

Cette déclaration un peu solennelle  a pour but, non poser un cadre, mais de découvrir mon cadre.C’est  le  cadre que je porte plus que le cadre que je pose qui me permets de donner un sens directionnel à l’équipe. A elle de se positionner et de voir si ce sens directionnel permet d’entrevoir l’émergence et le partage d’un sens significatif.

Bien sûr il arrive que l’on me pousse à définir ce que j’entends par la Tâche. Je souscris bien volontiers à cette demande tout en stipulant qu’il s’agit d’une hypothèse. Je précise que la seule chose dont je sois sûr, ce sont de mes hypothèses tant qu’elles en restent.

 

En substance je dis la chose suivante: “ La Tâche dans nos pratiques c’est la manière que nous avons de nous occuper en professionnel de  l’espace interrelationnel entre le ou les clients et nous, pour tendre au objectifs fixés pour le ou les clients”.

J’écris la “Tâche” avec majuscule pour cerner un objet global, objet qui représente le coeur de la pratique, et  marquer une différence d’avec des objets partiels qui sont les tâches à accomplir.

La Tâche que j’accomplis comme professionnel c’est  la manière  que j’ai d’ assumer ma tâche, prise cette fois dans le sens d’une mission que l’on me donne.

 

J’introduis ici dans les équipes la possibilité de considérer le travail  autrement que dans la perspective d’une  tâche définie de l’extérieur qui commande d’exécuter sous certaines conditions et dans un temps donné une succession de tâches.

Le possible que je suscite suggère une appropriation de l’action et de ses buts par les équipes en tant que fondement d’une réflexion professionnelle fondée sur le savoir faire. Dans cette perspective la Tâche considérée comme objet d’étude premier, agit comme un espace mouvant  reliant et séparant   les professionnels et les bénéficiaires    

  

La focalisation sur cet objet-tiers permet de ne pas évacuer les dimensions personnelles événementielles et émotionnelles mais de les restituer dans une perspective  justifiable parce que proposant un objet de travail  au sein d’une équipe   

 

Je tiens à préciser que quelle que soit la demande,  équipe en crise ou réflexion pédagogique, une fois que j’ai  laissé parler les participants, quels qu’ils soient d’ailleurs, je tiens ces propos.

Ils sont en quelques sortes la fondation de ce qui se dessine comme un accompagnement

Il s’agit là  d’affirmer   des  positions dimentionnant mon action et la sécurisant, sans la rigidifier.

Ces affirmations garantissent à mon avis l’objet et le champ. Elles  sont indicatrices d’une procédure me permet d’accueillir l’imprévu et d’assumer l’incertitude. 

Le reste, “feeling” mis à part,  est  de l’ordre  du contractuel  c’est  une question de disponibilité et de prix. Pour précision mes tarifs sont ceux préconisés par l’A.R.S.

Si une équipe travaille avec moi je compte les heures de la première  rencontre sinon elle ne me doit rien, je garde ainsi ma liberté de refuser un contrat. Je donne ma réponse dès la fin de la première rencontre (il m’est arrivé de dire non) mais je demande qu’il y aie au minimum une semaine avant d’avoir la réponse de l’équipe.

 

En pratiquant de la sorte je n’ai pas restreint la nébuleuse  supervision, ni dans sa définition ni  dans les multiples approches possibles qu’elle suscite, mais j’ai proposé son objet (La Tâche) et caractérisé le champ de cet objet  (l’inter-relationnel).

J’ai aussi en filigrane nommé les conditions primordiales  auxquelles les participants doivent souscrire s’ils désirent que je sois répondant d’un processus.

La définition que je donne de la Tâche protège comme une membrane un noyau incompressible, cette membrane conserve cependant les qualités de souplesse et de perméabilité propres à favoriser les échanges.

Elle reste  extensible pouvant, en fonction des apports faits par les membres d’une équipe, englober une définition plus riche. Les différents niveaux de travail proposables aux équipes, ainsi que la possible lecture contextuelle de l’action dans un paysage socio-politique plus large, est sous tendu tant pas la compétence du superviseur que par la souplesse de la membrane.  

 

Cette position de se centrer sur la Tâche, définie de façon limitée mais extensible avec en corollaire  le travail concret autour de cette notion  me rendait relativement proche sans que je l’appelle de la sorte, d’une position d’intervenant.  

 

 

Un peu d’histoire

 

Il y a quelques années,  alors que je supervisais  une équipe éducative dans une grande institution vaudoise j’ai été confronté au problème de la dépression d’ un membre de l’ équipe.

Nous tournions autour de cette affaire qui perturbait passablement le travail éducatif  de manière récurante depuis plusieurs mois sans y voir plus clair.

Pour ma part je me souviens du malaise que j’éprouvais d’autant plus qu’il me semblait que cette équipe progressait par ailleurs dans une démarche  constructive autour de sa Tâche.

A un certain moment le responsable ayant annoncé son départ il a fallu consacrer du temps à cet événement. La proposition est venue, je ne sais plus de qui;  comme il y avait plusieurs collègues nouveaux,  que Pierre le responsable  raconte ses débuts dans l’institution.

 

Très vite cette proposition acceptée, j’ai  été interpellé par  l’attitude attentive des participants. Les gens se sont penché en avant, rapprochés, tout indiquait que l’équipe était dans un mouvement centripète de protection attentive à l’attention de l’orateur. En un mot ils étaient “pendus à ses lèvres”.

En écho à ce mouvement, le responsable s’est réinstallé, il s’est déplacé, de manière à voir tout le monde. A partir de là je peux décrire son attitude comme centrifuge dans le sens où il s’est ouvert et a commencé  en confiance à raconter ses débuts dans l’institution. Il se dégageait beaucoup de chaleur et d’empathie de cette assemblée d’une dizaine de personne.  

 

L’analyse que j’ai su  faire  de ce qui se passait à ce moment était en écho avec ma pratique postérieure de thérapeute de groupe.  

La confluence de ces deux mouvements:  centripète pour le groupe et centrifuge pour l’orateur. m’ indiquait que le mode de participation des personnes présentes s’ élargissait. D’une certaine façon les auditeurs participaient non seulement par l’audition au  récit que Pierre faisait de son vécu mais émotionnellement ils participaient du vécu émotionnel de Pierre. Il s’agissait d’une vraie contamination émotionnelle, alliée précieuse  précieuse  des groupes de thérapie, autant que  miroir aux alouettes des équipes en travail.

Selon ma  conception antérieure: “ Le terme participation comporte deux significations principales . Le premier sens est défini par les expressions “ avoir part à”, “participer de “, l’autre sens  pouvant être saisi dans l’expression “prendre part à” ,”participer  à”. Ces deux sens sémantiques du concept de participation correspondent à deux mouvements fondamentaux de la personne humaine , à savoir : le mouvement  centripète et le mouvement centrifuge”. ( Stern Eric  E.E.S.P. 1986 p.45

 

Aujourd’hui, j’émets l’hypothèse, au vue de ces phénomènes qu’il existe une continuité entre les observations de Wilhelm Reich concernant les mouvements d’expansion et de rétractions du vivant, réactions somato-psychiques aux éprouvés émotionnels, apparaissant déjà au niveau cellulaire, et les mouvements centrifuges et centripètes d’ouverture et de fermeture, réaction à l’excitation  d’origine  interne ou externe s’inscrivant dans la dimension psychosociale des sujets. (Reich Wihlhelm, Petite Bibliothèque Payot  1999)

D’une certaine manière c’est comme si il n’existait pas de discontinuité entre les sphères somato-psychiques et psychosociales.

S’intéresser en tout temps aux aspects corporels et psychiques me permet donc de suivre alternativement ou en même temps les cheminements de la trace physique et du sens cérébral.

La dimension émotionnelle et affective restant le pont entre ces interfaces. Ce double regard me sert, en même temps qu’il  sécurise le processus, à choisir la voie appropriée à proposer, le cas échéant , afin de poursuivre la démarche (Pagès Max, Hommes et Groupes,1986)

 

Je me rendais compte qu’il fallait si je ne voulais pas que les résonances affectives nous emmènent irrémédiablement dans le champ de la thérapie de groupe, non pas que j’arrête ce processus mais que je le recentre dans le contexte professionnel. 

 

Sans rien dire, je me suis levé et j’ai commencé à inscrire sur  le flap les noms, les dates et les événements.

Je n’étais à ce moment plus seulement garant  du processus,  mais animateur  d’ un procédé visant un but. 

Pour ce faire,   j’ ai eu à résister au désir de participer  avec les autres de cet état émotionnel. Le fait de m’abstenir de ce qu’il aurait bien fallu regarder comme un passage à l’acte m’a donné   conscience d’intervenir à la fois comme responsable, et leader de l’ équipe.

Le fait que je me sois levé pour écrire,  ainsi que  ce qui à commencé à apparaître sur le papier, à ramené les participants d’une dynamique dépendant d’une  sorte d’ illusion groupale, formulée  par le fameux “nous sommes bien ensemble; nous constituons un bon groupe; notre chef est un bon chef” (Didier Anzieu, Dunod, 1984, p.69) à une équipe  de travail découvrant son histoire. La participation consciente à...  avait pris le pas sur la participation inconsciente de... 

 

L’intervention, c’est à mon avis le terme à employer pour cette séance, était en train par le truchement de mon acte et des traces sur le papier, de montrer que depuis plusieurs “générations” d’éducateurs (cinq  si ma mémoire est bonne) un déprimé avait toujours  été remplacé par une personne devenant à son tour déprimée.

L’émotion commençait à nous gagner et je serais malhonnête de dire que je n’en participais pas, seulement cette fois, elle ne me paraissait pas dangereuse. Elle n’était qu’épiphénomène du processus de compréhension en cours.

Je remarquais aussi que les participants commençaient à donner leur avis sur la dépression comme ils ne l’avaient pas fait jusque là. Il ne parlaient pas de Louis déprimé, ni de la dépression en général  mais de ce qu’ils imaginaient de la dépression et de ses répercussions dans le travail. J’ai compris  plus tard, lors de ma formation, lorsque j’ai pu  mettre  sur cette expérience des mots me permettant de penser la démarche,  qu’ ils  ne  discutaient  pas mais  partageaient  réellement leurs représentations de la dépression. 

Cet échange  n’était pas à dominante algorithmique mais se déroulait plus sur un mode maïeutique. Au delà de formuler  simplement ce qu’il pensaient, les discours devenus  libres révélaient des pensées ignorées des locuteurs eux-mêmes, ce qui fait que des participants se découvraient à eux-mêmes en parlant.  

Cet épisode  restait cependant au niveau du partage professionnel tant que j’avais la certitude et je l’avais, que l’on ne faisait que pérégriner  dans le “no man’s land” entre le professionnel et le thérapeutique, et que l’on reviendrait du bon côté de la frontière  avant la fin de séance. 

 

Pour revenir concrètement à notre récit sachez que notre orateur ne savait pas, de qui le premier éducateur déprimé avait occupé le poste. C’est une  de  ses collègues, depuis peu dans l’équipe mais depuis plus longtemps que lui dans l’institution qui nous a renseigné.

Le premier  éducateur a manifester des signes de dépression dans cette équipe  avait remplacé un éducateur qui s’était suicidé.

Aujourd’hui encore j’imagine dans quelle position le groupe et moi nous serions trouvés à trois quart d’heure de la fin de la séance si notre fonctionnent n’avait pas été guidé par le fait qu'’ il s’agissait d’ une équipe de professionnels !

 

La suite de l’histoire  que je connais puisque cette “ presque intervention” s’est poursuivie encore un an, c’est que la dépression n’a plus miné  cette équipe. Du moins plus pour cette cause là! Notre travail aussi a changé, l’équipe est entré dans une quête commune du sens de  la Tâche qu’il serait trop long de développer ici. Par la suite l’équipe a mis sur pied un projet de déménagement et d’accompagnement différent des résidents, et le travail de supervision a cessé en ce qui me concerne . A ce jour je n’ai plus de contact avec les personnes membres de cette équipe.

 

Je découvrais pour ma part à cette occasion que le transgénérationnel  dont j’allais  abondamment entendre parler quelques années plus tard existait aussi dans les institutions,et que sans trop le savoir  j’avais       fait à mon sens et toute comparaison gardée, une sorte de génocosociogramme institutionnel.

(Anne Ancelin Schunzenberger, épi, la méridienne, 1993)

 

Hors mis cette découverte que je compte approfondir dans un autre texte, ce que  j’ai retiré de cette expérience c’est que la position active que j’avais prise pour montrer et rendre traitable ce qui advenait, avait permis aux émotions d’être présentes  mais dans une forme acceptable parce qu’assimilable à un objet de travail  dans le registre professionnel.

 

Le risque que l’équipe courait dans un moment  comme celui-là était bien de l’ordre de l’illusion. Cette illusion qui fait croire qu’enfin dans ce moment-ci et avec ce groupe-là,  on peut tout dire et tout partager. Cette illusion qui laisse imaginer que le bien être du groupe est sa propre fin. Cette sorte de supercherie naît  très facilement du glissement feutré qui fait passer les équipes de l’ énoncé des besoins  à  l’ éprouvé du désir .

L’envie de réaliser le désir en faisant l’économie du passage par les  défilés de la demande, est inscrit au plus profond de l’humain. Elle  est pour une part gage de notre liberté et se rencontre donc aussi dans les relations  de travail. Simplement, elle demande pour des  individus qui font carrière dans les  professions relationnelles, à être comprise en tant que phénomène.

En définitive le fait que j’ai piloté l’intervention a permis, cette fois-là en tous cas, des échanges professionnels permettant l’accession à un autre niveau de qualité du travail tout  en évitant les pièges de la centration  sur les résonances émotionnelles des personnes.

 

Le supervision comme maturation

 

Le processus d’intégration des concepts de l’intervention et de certaines de ses applications dans le modèle de supervision tel que je  le pratique, s’est opéré durant une supervision que j’ai conduite auprès du personnel d’ une garderie d’enfants .

J’ai commencé la supervision en septembre 98 et la continue à l'heure ou j'écris ces lignes; cette équipe comprend six femmes éducatrices de la petite enfance, pour cinq postes, un responsable éducateur spécialisé.

Les sources de ce que je vais retranscrire résident pour une part dans des notes prises de manière non systématique et dans ma mémoire. S’agissant  d’un matériel issu d’une observation participative subjective, j’ai conscience de présenter ici ce qui est déjà  une  déformation de la réalité objective,  mais reste aujourd’hui la trace mnésique a partir de laquelle je comprends le passé et anticipe l’avenir. De mon questionnement, de mes éprouvés et de mes actions ne reste que la lecture que je peux en faire dans l’ici et le maintenant et c’est bien en définitive de là que je parle.   

 

C’est le directeur qui prend contact avec moi, il le fait en accord avec l’équipe; ils ont entendu parler de moi par quelqu’un qui m’a connu comme superviseur d’équipes. Une quarantaine d’enfants de cinq à huit ans accueillis le matin, à midi, et les fins d’après-midi, plus les mercredis après-midi et une partie des vacances. Comme partout, à mon avis,le personnel est en sous effectif.

L’équipe  vient de commencer et mon interlocuteur me dit qu’il en est depuis quelques mois le nouveau directeur.

 La présidente du comité à été la directrice de l’institution  quelques années plutôt, elle est décrite comme très contrôlante de l’activité professionnelle. Très vite nous tombons d’accord pour nous rencontrer avec l’équipe. 

Il  n’a pas été question de rencontre préalable avec qui que ce soit, et encore moins  de réunion permettant d’établir un prédiagnostic, d’une part parce que je n’aurais pas su comment justifier une telle rencontre, deuxièmement parce que  cette notion m’était alors étrangère .

 

Quand je rencontre l’équipe pour la première fois les participants me font part de la chose suivante.

Le comité est d’accord pour que l’équipe ait une supervision mais sur son ordre express  nous ne pouvons faire que de l’analyse de cas d’enfants. En aucune façon nous ne pourrons nous intéresser à la dynamique de l’équipe.

Un autre intervenant s’occupe des problèmes de l’équipe pour aplanir des difficultés relationnelles entre les éducatrices, et entre les éducatrices et la direction. En accord apparent  avec le comité c’est, pour l’équipe , à prendre ou à laisser

L’équipe me dira aussi qu’elle  a  contacté d’autres superviseurs.

 

Je peux aujourd’hui voir comment la commande qui m’était faite par le comité via l’équipe était une demande de ne rien faire qui puisse remettre en cause une organisation caduque. En fait cette commande était une sorte d’aveu de faiblesse.

La demande que m’adressait l’équipe était pratiquement inexistence si je la lisais au niveau raisonnable.

Les personnes pensaient que c’était bien de parler des enfants, qu’on n’en parlait pas assez, qu’il y avait assez eu d’histoires et que cela suffisait. 

Chacun parlait pour soi, disait ce qu’il pensait, sans s’inquiéter de ce que les autres entendaient. Chacun était dans sa logique. Tous parlaient, très professionnellement d’ailleurs, mais sans qu’apparaisse un semblant d’unité. J’avais  à faire à un groupe de professionnels, mais sûrement pas à une équipe professionnelle.

Si j’étais resté à ce niveau là de lecture j’aurais simplement dis que je n’avais pas de disponibilité pour ce genre de travail. L’idée  de le faire m’a d’ailleurs effleuré.

 

Il se trouve cependant qu’au fil des narrations de chacun intriquées au discours raisonnable “ ça parlait sur l’autre scène “ comme en suivant le tore d’un anneau de Moebius, l’intériorité des personnes se manifestait parfois  disant le désarroi d’un groupe de sujets en mal de devenir une équipe professionnelle. ( Thierry Simonetti, cerf, 2000, p.137)

 

Ce besoin premier à prendre en compte pour  accomplir  la Tâche, n’était pas perçu, et personne ne semblait comprendre les sens de ma question  quand je demandais: ” A  quoi  travaillez- vous ? “

La  réponse obtenue  c’est qu’ils faisaient ce qu’ils pouvaient mais que ce n’était pas leur faute si le comité décidait  tout. Le message à passer  était que s’ils n’étaient pas fautifs, ils avaient à devenir responsables du futur professionnel de cette équipe.

Malgré mon insistance à leur dire qu’ils ne répondaient pas à ma question, mais me disaient pour qui et non à quoi ils travaillaient ils n’allèrent pas plus loin.

 

Au-delà de l’observation des petits faits propres à chacun  qu’il serait fastidieux d’énumérer ici, le lien partageable qui   unissait les personnes était fait  d’une sorte de ronronnement revenant constamment autour de l’impuissance des uns et des autres. Paradoxalement  l’atomisation était le lien,  tous étaient dans un mouvement centripète de repli,  en conséquence de quoi le groupe dans un mouvement centrifuge semblait au bord de la rupture. 

Cette lecture au niveau du processus primaire était à mon sens  la réelle commande, celle qui avait le plus de force. La gageure étant de parvenir à travailler au niveau du processus secondaire  sans renier le primaire mais en lui faisant place afin de bénéficier de l’énergie qu’il engendre. Ce dispositif me semble permettre de situer l’intervention  à partir d’un principe la sous-tendant que je formulerai comme visant à  dénoncer la dépendance et suggérer l’autonomie.

 

J’ai lors de cette séance proposé de rencontrer le comité pour lui faire savoir que travailler avec une équipe sans parler de sa dynamique était très difficile. L’équipe soudée tout à coup s’y est opposé, craignant que la supervision qu’ils avait demandé ne leur soit refusée. Je n’ai pas insisté. Comme le petit discours explicatif sur ma position tel que je l’ai  exposé au début leur à plu, le responsable me téléphonait quelques jours plus tard qu’ils étaient d’ accord de travailler avec moi. J’ai accepté. 

Deux heures par mois le soir entre sept et neuf (et on dira que les professionnels ne sont pas motivés!)

 

Si j’étais sensible à l’inquiétude dite et perçue lors de la première réunion, je me voulais aussi attentif à la reproduction possible d’un schéma de dépendance.

Dans quelle mesure ces  éducatrices et ce directeur  travaillant avec une population de petits parfaitement dépendants d’ eux, n’étaient-ils  pas surdéterminés dans leur comportements interrelationnels par la clientèle accueillie? Cette préoccupation était assez forte pour que je m’en souvienne jusqu’à ce jour. Elle a très certainement été une des hypothèse qu' a  influencé le début de la supervision. N’ayant pas de questionnement spécifique,  pas plus que de grille de lecture  organisationnelle, voilà à quoi se résumait si j’en crois mes notes, le “diagnostic relationnel” que je pouvais faire de la situation

 

Dès le début de nos rencontres formalisées l’étude des cas présentés a eu pour effet de confronter le groupe au superviseur. Cet affrontement-là était à leur portée, il consistait pour l’équipe  à réagir  chaque fois que je rendais apparent ce que la commande énoncée par le comité et acceptée par l’équipe avait d’inapproprié dans le travail. 

Plutôt que d’entrer de front dans un conflit situé au niveau organisationnel  je suis resté dans le champ de la Tâche à assumer avec ma question “A quoi travaillez-vous? “. La morcelant au niveau des tâches à accomplir par une interrogation entraînant une véritable explicitation des savoirs faire.” Que faites-vous et comment vous organisez-vous pour le faire?” J’insistais pour amener les participants dans le descriptif le plus détaillé possible de l’ action.

Partant de là,  j’ai élargi la vision que l’on m’apportait  des cas présentés. Chaque fois je tentais de situer les actions décrites  dans un espace plus vaste que le seul “ relationnel duel “ pour les restituer dans un contexte. Plus je cherchais à confronter le savoir faire des professionnels, et le savoir qui l‘étayait avec la logique souvent différente des autres partenaire du réseau. En fait j’ai développé au sein de la supervision  une sorte de pédagogie d’intervention amenant à regarder une situation  et pas seulement un cas. La suite logique, coeur de l’action éducative consistant à  rechercher des réponses adéquates à une situation plutôt qu’une réponse à un problème.

Cet élargissement de la vision à entraîné logiquement une distanciation d’avec le problème,  ce qui à permis de restituer les événements rapportés dans une chronologie et une  historicité qui nous a amenés à  regarder, comme indiqué plus haut, un film plutôt que de visionner des clichés.

 

En fait cette période  a été comme une sorte de dynamisation de l’équipe. A chaque fois les séances commençaient par la plainte sur la lourdeur du travail et l’impossibilité que les choses changent; il en était tout autrement à la fin puisque les participants se disaient et étaient réellement plus présents et éveillés. En écrivant ces lignes je me rends effectivement compte à quel point mon attitude au début du processus à été guidée par ce sentiment qu’il ne fallait pas qu’ils soient impuissants et dépendants face à  moi.

Offrir un espace de confrontation autour du passage de la  problématisation d’un cas  appelant une solution à l’exposé d’une situation appelant des réponses, elles-mêmes, relevant de la mise en commun, à fait partie d’une stratégie que je qualifierai d’ inductrice.

 

Cette induction a favorisé chez les participants une  prospective d’action qui, je l’ai dit, recherchait  quelles  réponses adéquates apporter à la situation. Ce dispositif qui mobilise plusieurs intervenants et qui force à chercher des stratégies  communes, à été le fondement du processus de travail tel qu’il s’est développé par la suite.

 

Il découle de cette manière de faire que, pour travailler la Tâche, il est impératif de parler de la dynamique de l’équipe et de la régulation de ses rapports avec les autres partenaires, comité inclus

La confrontation naissait autour de la systématisation du questionnement et de ma réticence à suivre les participants sur le chemin de la plainte événementielle. J’ai d’après mes notes, dès la troisième séance, proposé à nouveau  de rencontrer le comité. Discussion dont il ressort que le responsable rencontrera le comité pour lui transmettre la proposition et lui expliquer mon point de vue. La réticence d’une partie de l’équipe à nous voir aborder la dynamique de travail  semble s’estomper. 

La fois d’après j’obtenais via le directeur la réponse du comité, je pouvais aborder les aspects dynamiques des relations interpersonnelles et m’intéresser au réseau, de plus l’autre intervenant n’intervenait plus! Par contre le comité ne jugeait pas opportun de me rencontrer.  

 

Deux à trois séances se sont passé ensuite à parler des situations beaucoup plus librement, avec pour effet d’amorcer un discours focalisé autour de  la recherche d’une cohérence professionnelle.

Lors d’une de ces séances, une éducatrice a fait part du sentiment qu’elle avait à mon endroit, à savoir que je ne l’écoutais pas. Je ne serai en mesure de donner un sens à cet épisode que plus tard, j’ y reviendrai en temps et lieu. Pour l’instant je retiens que, ce qui est ressorti de ce moment,  c’est qu’une fois les affects écoutés, les positions dites, il a été  possible de continuer à travailler ensemble . Je préciserais que l’équipe et son directeur étaient très attentif durant cet échange. 

Je relèverai pour  les autres séances que la  relation  duelle,  et les affects par elle engendrés chez le sujet, restait  avec l’événementiel  le thème  privilégié des échanges.

 

Une séance est particulière qui a consisté en un bilan des premières séances, Je la situe parce qu’elle a eu lieu en février deux mille et que   j’avais commencé la formation CEFOC; la tentation de l’intervention y était présente puisqu’en guise de bilan et après que l’on se soit dit qu’on repartait pour cinq séances j’ai proposé de relever cinq points positifs et cinq points négatifs dans les domaines de la pédagogie, du fonctionnement de l’équipe et des rapports avec l’extérieur. La liste à été conservée en vue d’un travail futur.

Ce qui est ressorti le plus fort de ce travail, c’est l’envie d’élaborer un nouveau concept  pédagogique.

 

C’est je pense à la sixième séance, que lors d’une discussion passionnée se cristallisant dans des  positions qui paraissaient inconciliables, j’ai employé un outil qui nous avait été proposé, à savoir de considérer la position de laquelle nous parlions. (Chema  attribué à Dubosque par Sylvain Ohajon)

J’ai dessiné une croix représentant l’axe du savoir et de l’ action avec des gradations sur chaque branche, en nommant les extrémités, respectivement pour celle  du savoir : chercheur et technicien et pour celle de l’action idéologue et praticien. Puis j’ai demandé à chacun de situer premièrement d’où il parlait dans le moment et secondement où il se situait le plus habituellement dans toutes les directions.

Le résultat du premier  exercice a été que les acteurs du débat passionné se situant, l’un dans la branche technicienne et l’autre dans la branche idéologue  ont arrêté de se vouloir convaincre!

Par la suite, confondus avec les pairs, ils ont commencé  a rechercher une position permettant la cohésion pragmatique de l’action  mais supportant un différent  théorique.

Dans le deuxième  exercice,  l’espace délimité par les losanges irréguliers dessinés en superposition  a été tout de suite ressenti comme le champ de réflexion et de discussion immédiatement  partageable par l’équipe.

L’échange qui suivra et continuera la séance d’après concernera presque naturellement  la manière que l’on a d’envisager le travail et par extension les représentations que l’on se fait de la Tâche. 

 

C’est à ce moment que j’ ai proposé de travailler, en rappelant la séance de bilan, une journée entière autour de ce thème des représentations de manière active dans le but de revisiter un concept pédagogique vieillissant.

C’est de cette manière qu’après sept séances de “supervision revisitée” étalées sur dix mois je me suis retrouvé dans le rôle d’intervenant en juillet deux mille.             

 

L’intervention comme mutation

 

Pour introduire cette partie de mon travail  je ne résiste pas au plaisir de citer  Jean Paul Sartre qui disait, j’espère qu’il ne me tiendra pas rigueur d’avoir oublié où,” un groupe qui travaille se travaille”  l’ ancien médecin chef  du C.T.A.  André Meyer aimait à compléter “ s’il ne travaille pas pour se travailler, mais se travaille pour travailler “!

Pour ma part je remplacerais simplement groupe par équipe mais enfin fidélité et respect oblige... Reste que la pertinence de la phrase et de sa paraphrase reste entière et reflète en tout cas l’esprit que je désirais voir présider à cette journée.

 

J’ai gardé de cette partie de mon intervention et le protocole décrivant le dispositif imaginé, et les notes de la journée. Pour m y  préparer   j’avais lu l ’ancien projet pédagogique de l’institution.

Je livre le document décrivant le protocole que j’ai imaginé et qui m’a servi à piloter l’intervention tout au long de la journée. ( voir annexes)

   

Tous les exercices n’ont pas été employés,  l’ordre de quelques-un a été inversé et un exercice l’ éducation c’est.. a été pêché dans la réserve. Trois sous-groupes de travail de trois personnes chacun se sont constitués.

Aux six heures prévues le samedi en question, se sont rajoutées deux heures supplémentaires en fin de journée à laquelle avait été conviées les femmes de ménages. Seul le cuisinier n’a pas pu venir.

 

Cette intervention  a été l’élément  central de la maturation du groupe en une équipe professionnelle.

Deux exercices ont favorisé grandement ce processus.

Je parlerai premièrement  du travail créatif autour des représentations. Il s'agit de représenter en petit groupe et en silence d'abord les idées et valeurs  qui sous tendent le travail.

Cet exercice se pratique au moyen de peintures, d'écriture, de découpage,  de chiffonnage, de collage  le tout rassemblé et concrétisé au moyen du support offert par de  grandes feuilles de papier sur lesquelles les acteurs peuvent entrer en interactions créatives.

Cette technique, pratiquement introductive de la journée, aura été à la fois,  le réceptacle   des contenus personnels extériorisés et,  de par l’échange  de créativité  interactive proposé, le ferment de transformation de l’extériorisation de ces représentations en trois représentés différents.

Trois représentés différents , nés de la dynamique des  sous-groupes au travail et de leurs échanges après-coup.

Pour parvenir à des  présentations successives du travail  au grand groupe  par les sous-groupes des trois productions qui sont en fait des  “ donné à éprouver “ différents. Les trois  représentés sont mis  en représentation interactive ils ne sont pas seulement  montrés au grand groupe  mais  commentés, questionnés, comparés.  On constate qu’on a représenté  les  mêmes choses autrement  ou des choses différentes pareillement. Toute cette effervescence est ordonnée, elle obéit à une loi.

On recherche une représentation commune qui ne soit pas discriminatoire des visions particulières, en fait au bout d’un exercice si simple on accueille la complexité.

 

J’ai pour ma part eu le sentiment d’assister  a quelque chose qui ressemblait au passage de l’imaginaire individuel  à une symbolisation groupale  partagée, permettant  une meilleure confrontation au réel. Peut-être m’ avancerais je trop dans une perspective Lacannienne  mais je rapprocherais volontiers cet épisode, d’une sorte de castration symbolique permettant justement d’introduire la métaphore du nom du Père en substitution du désir de la mère. ( Alex Raffy, érès, 2000, p. 76)

Je me demande si ce n’est pas cette sorte de passage instituant la loi qui permet au groupe informel  de devenir équipe professionnelle. Comment ne pas évoquer à cette occasion le passage dynamique d’un processus primaire à un processus secondaire. Dynamique au sein de laquelle s’harmonise et se hiérarchise les poussées de nature pulsionnelle créative avec la prise en compte des exigences extérieures commandant de contrôler la pulsion.

 

Cette rencontre à permis l’ouverture d’autres   champs d’investigations . La question du jour  que je résumerais par: comment faire pour bien faire quand on est éducatrice de la petite enfance, a été extirpée de son contexte purement éducatif et relationnel de proximité. La créativité d’abord , les présentations ensuite on permis de la  ressentir et de la situer  dans ses dimensions  et ses implications sociales psychosociales , socio-politiques.

A ce stade et dans ce foisonnement, la découverte première faite par l’équipe et que je reformule ici se résumait en substance a constater que ce que les structures et l’organisation ne prenaient pas en charge était assumé par les professionnels.

 

Je postule pour ma part  qu’il s’agit là de la mise en évidence d’une sorte de plus-value ajoutée par les individus à la prestation de service que l’organisme propose.  Cette plus-value  donne une réelle valeur ajoutée à la prestation puisqu’elle fait éponger individuellement à chaque professionnel, le surplus émotionnel que la collectivité ne prend pas en compte. Ceci bien entendu sans la rétribuer et mieux,  en culpabilisant le professionnel  que cette charge  excessive écraserait.

Cette hypothèse ne vaut  peut-être pas plus que l’intuition qui est a son origine, il m’a semblé cependant intéressant de la partager parce qu’elle s’est imposée à moi alors que les participants échangeaient sur leurs productions. Elle me permet en tous cas de clarifier encore plus  la différence sémantique que j’indiquais entre le fait de participer à quelque chose de manière consciente,  ou de quelque chose de manière inconscient..  

 

Il y avait une part de jubilatoire chez les participantes et le participant à prendre en compte ces dimensions, comme un col que l’on dégrafe lorsqu’il fait  trop chaud, cela respirait. La lourdeur du compliqué a  laissé la place à une appréhension de la complexité du réel qui, loin d’effrayer, laissait imaginer le champ des stratégies envisageables parce que justement la réalité est complexe. 

 

L’ équipe, selon moi, à ce moment de son histoire  ne doit plus  être décrite, cela se fait souvent, comme un outil de travail propre a être utilisé par des tiers!

Les qualités qu’elle a développé dans sa maturation peuvent  être appréhendées en comparaison  à une cellule vivante prête à remplir sa fonction.

Juste suffisamment souple dans ses mouvements de contriction et d’expansion pour s’adapter à l’extérieur,  sans se déformer, et à la membrane poreuse, juste ce qu’il faut,  pour régulariser ses échanges: internes - externes.

 

Michel Lemay enseigne qu’en éducation une des attitudes favorisant l’acquisition de compétences est l’anticipation positive. Là où un étranger à entendu le rejeton baragouiner  “agalala” les parents, tout heureux, ont distinctement entendu “Voilà papa”. (Maurice Capul  Michel Lemay, érès, 1996)

Mais comparaison n’est pas raison, et mon exemple ne voudrait pas faire entendre qu’il s’est établi une relation de dépendance inadéquate entre l’équipe et moi.

Il s’agit simplement d’avoir mis en place un dispositif qui permette à une équipe d’être bénéfique pour elle-même. La réussite de cette opération expliquera voir excusera  je l’espère, mon enthousiasme  de néophyte qui  n’enlève cependant rien au fond du processus. 

Que j’anticipe positivement par excès d’optimisme en décodant plus loin que l’équipe ce dont elle n’a pas conscience n’est  pas un mal en soi; tant que je ne lui assène pas ce constat comme une vérité interprètative mais le partage simplement  comme potentiellement prédicatif d’un possible ouvert.

On verra par la suite que, bien évidemment, si une équipe ne reste pas toujours à un degré de conscience aussi élevé l’expérience partagée a laissé le souvenir d’un acte fondateur. Elle conserve des  traces d’une  dynamique interne à laquelle il pourra être fait référence en tout temps,  cette mémoire et son rappel potentiel est propre à favoriser à l’ avenir la continuation du travail.

Je dis bien l’équipe conserve, parce que cet éprouvé expérienciel a augmenté de manière notable sa cohésion.

Le fait de partager des valeurs fondamentales sur le travail n’a pas pu se faire sans la forme nécessaire à cet exercice. Ce qui veut dire que l’équipe, en tant que plus que la somme de ses   membres,  travaillant sur le fond  autour des représentations individuelles  expérimentait les formes qui permettaient ce travail. L’amorce d’une continuité entre l’individu et le social est devenu un éprouvé commun.

Plus il ne s’agit plus uniquement de dénombrer des individus. plus petite partie du corps social mais de discerner dans ce moment l’émergence de la personne telle que la conçoit un auteur comme Denis de Rougemont “La  personne,c’est l’homme en acte, libre et responsable, module universel de toute communauté humaine consciemment et volontairement engagé. Distincte de l’individu, la personne représente l’attitude créatrice de l’homme, elle vit dans le risque et dans la décision”. (Cité par: Bruno Ackermann, L’Age d’ Homme, 2000 p.30)

Il y a de ces moments comme ça, où , au-delà du frisson de l’envolée, on a la sensation de toucher à quelque chose...

Plus pragmatiquement, en tout  temps, il pourra être fait référence à ce construit d’un émotionnel groupal mis en forme, comme à un chemin  possible entre l’expérience primaire d’appartenance et son élaboration discursive secondaire .

L’avantage est double qui permet de prendre en compte  les tensions: individu / groupe  ainsi que   forme / fond sans les réduire à un  “juste milieu” insipide  mais en se servant de cette énergie pour produire une danse unissant pour un moment ce qui reste habituellement  différent.

Cette métaphore d’unir les contraires par une sorte de  danse et non dans le combat à été très évocatrice de ce moment .

 

Le deuxième exercice au cours duquel  l’intensité de l’implication était presque palpable je l’ai tiré de ma réserve.

Il s’agit de tracer  sur le sol,  à l’aide d’une bande adhésive, une longue droite  à l’extrémité de laquelle je mettrai le signe plus plus, et  à l’autre extrémité le signe moins moins.  Le signe  égal marquera le milieu et logiquement le signe plus sera placé à mi-parcours du côté positif, le signe moins étant simplement en symétrie du côté négatif.

 

La consigne consiste à demander aux participants qui le désirent de faire à tour de rôle  une affirmation sur un thème choisi. En locurence:  la valeur essentielle pour une éducatrice de la petite enfance c’est....

Les autres participants  se  placent  sur  la ligne en fonction de leur adhésion à l’affirmation. On laisse ensuite un temps d’échange.  Cet exercice aurai pu  durer bien au delà de la demi-heure prévue !

 

Dans sa première partie, la plus importante à mes yeux, il  a consisté pour l’équipe à questionner la pertinence de l’affirmation proposée.

Le terme valeur s’est transformé en travail, et le questionnement est devenu: Ce qui est  important dans le travail d’une éducatrice de la petite enfance c’est... 

Ce retour par le biais de l’appropriation dans une reformulation plus ouverte par l’équipe de la question du premier exercice: qu’est-ce qu'’ on fait quant on est éducatrice de la petite enfance? me semble un indice du processus de maturation en cours entre les protagonistes.

 

Une concrétisation s’est opérée qui permet d’ancrer si on le désire la démarche au niveau de l’activité. Toute la subtilité est dans la notion permissive, sous-jacente au questionnement qui permet d’affirmer depuis des priorités différentes.

Les affirmations qui vont suivre vont se centrer soit autour de la notion  d’importance qui emmène dans des catégories qualitatives subjectives, par exemple: la gentillesse est ce qui est le plus important dans le travail ... soit sur le contenu du travail qui ramène des catégories de compétences objectives organisées autour  de l’apprenable voir de l’évaluable, par exemple: la communication est ce qui est le plus important dans le travail... Quelques unes réuniront les deux. Par exemple: être motivé et bien préparé les ateliers de bricolage  est ce qui est important dans le travail...

J’ai interprété ce moment comme  une amorce de ce qui pourrait à l’avenir  devenir  une séquence,  non induite et  consciente  d’explicitation des savoirs, suscitée et partagée par les membres de l’équipe .

 

Si je replace ce moment dans la suite chronologique du travail sur les représentations du matin, je trouve cette séquence très importante.

J’ai senti que l’équipe prenait son travail en main. Le virage qui recentre  le questionnement sur l’action prend toute sa valeur dans le sens où le partage du matin à amené l’équipe a un degré permettant d’envisager une collaboration respectueuse des différences.

Dans cette perspective, la notion d’action est de première importance  puisqu’elle permet de prendre en compte les aspects subjectifs et objectifs de l’ expérience des sujets dans l’accomplissement de la Tâche. 

L’amorce de la collaboration commence entre les partenaires au moment où il n ’ y a plus tentative de réduire l’autre à sa merci. L’institution n’est plus uniquement sentie comme une communauté qui doit  faire vivre en ensemble le semblable, mais aussi comme une micro-société qui doit faire se côtoyer le différent.

Plus précisément il serait juste d’écrire que la forme donnée au travail , aller de la personne au groupe, passer du silence aux mots a permis de construire une cohérence des représentés. Le fond de la démarche, cheminement de l’expression à l’explicitation, a fait émerger une possible collaboration supportant des positionnements plus différenciés dans leurs expressions que différents sur le fond.

Reste qu’a partir de ce moment l’équipe fait l’expérience que des divergences théoriques n’empèchent pas forcément une collaboration réelle au niveau pragmatique.

Ce processus s’enclenche au sein de l’équipe. Les séquences-recherches de cohérence et de collaboration s’enchaînent logiquement les unes aux autres.

 

L’important ne me paraît pas ici de restituer ce qui a été affirmé, ce contenu appartient à l’équipe. Je me contenterais  de dire,  il n’y avait à mon sens sur le fond rien d’exceptionnel. L’essentiel étant à rechercher au niveau du processus,  ce dernier  amène les participants  à imaginer des formes d’échanges,  matrices contenantes, permettant la classification et l’exploitation du matériel  faisant la surface. Écrivant cela, je souhaiterais emmener les lecteurs  vers ce constat  que le primordial dans cette journée  a été le degré de conscience que les professionnels ont eu du travail qui s’opérait. En fait l’approche proposée à permis aux  participants  de garder suffisamment de maîtrise pour devenir véritablement acteurs de cette journée.

 

Tout le matériel ainsi obtenu à été conservé par  l’équipe. Il est d’ailleurs prévu une deuxième journée qui permettra de continuer à  l’agencer de manière à continuer le travail autour du  projet pédagogique.

 

 

Projets

 

J’ai revu ensuite l’équipe sept  fois, à  raison d’une séance  par mois environ,  actuellement, le rythme de la supervision à repris. Pour combien de temps ?

Je ne sais pas dans l’avenir si le projet de travailler sur une journée va pouvoir se réaliser. Je pense pour ma part qu’il appartiendra à l’équipe de le finalisé.

S’il se produisait, alors je pense que nous reprendrions le travail là où nous l’avons laissé. C’est à dire que  que ce qui n’a pu être qu’ébauché et non achevé dans la première rencontre serait poursuivi .

A savoir, reprendre le matériel produit et le travailler  selon le schéma suivant: D’ou parle t’on, pour faire quoi, dans quel but, dans quel contexte, pour qui et comment s’y prend-on?

 

J’ai  déjà imaginé de systématiser l’intervention dans la dynamique de la commande et de la demande, inscrites elles-mêmes dans les matrices d’objectifs à court, moyen, et long termes. Concrètement je pense partir d’une démarche langagière et scripturaire.

 

Premièrement  entendre et noter à partir des positions idéologiques et idéalisées ce qui devrait apparaître dans un projet pédagogique.

 

Deuxièmement entendre et noter  les verbes désignant l’action, les adjectifs qualifiant l’action, les noms la précisant.

 

Le soucis étant chaque fois dans cette deuxième partie de cerner les buts poursuivis à court, moyen, et long terme.

Ensuite de repérer  les moyens à disposition et les méthodes proposées pour atteindre les buts fixés.

Cette partie du travail à été partiellement entrepris lors de notre première journée mais est loin d’ être achevé

Troisièmement, j’aimerais  réfléchir et élaborer un protocole  d’évaluation qui viserait à vérifier la pertinence du mode d’accueil proposé, en tenant compte de la commande sociale mais aussi des moyens à disposition.

Cet objectif à plus long terme devrait me permettre d’affiner cette intuition de la plus-value affective. Plus-value au moyen de laquelle le  travailleur social comble,  à  mon avis, le fossé qui existe entre l’idéologie et l’éthique haut de gamme des commanditaires sociaux, et la réalité des moyens avec lesquels le praticien doit opérer sur le terrain.

 

 Vers un accompagnement synergétique

 

Pour ce qui est de l’équipe qui m’intéresse plus particulièrement dans ce travail je peux  constater combien l’expression,  les échanges et l’objet des échanges a changé. Paradoxalement si je puis dire nous n’avons pratiquement plus parlé des enfants depuis cette journée, les rapports que l’équipe entretient avec eux n’ont jamais été si présents. Ce résultat qui pourrait surprendre certains m’apparaît comme  un pas mélioratif important dans la conscience que l’équipe professionnelle a dans ses capacités de remplir son mandat. En quelques sortes l’assurance prise les dégage d’avoir besoin d’un “superviseur” qui leur dise si ce qu' ’ils ont fait est bien ou mal. Je crois que mon rôle, et surtout ce qu’il représentait, a été démystifié. L’équipe a conscience d’assumer la Tâche  et par voie de conséquence de  s’assumer elle-même .

En fait je devrais préciser que si   nous n’avons plus parlé des enfants, dans la perspective d’analyse de cas, en vogue au début de la supervision, nous nous sommes beaucoup intéressés à ce  les professionnels et l’équipe professionnelle faisaient avec eux  et pour eux. Ce qui veut dire que nous avons eu a regarder de  près les conditions contextuelles favorisant l’accomplissement de la Tâche.

 

Pour rendre compte de cette évolution dans le travail, suite à la journée d’intervention je parlerais de trois séances qui illustreront je l’espère mon propos.

 

Première séance

Cette séance à été la deuxième après notre journée. Le directeur et deux éducatrices ont rencontré le comité. Au centre de cette rencontre il y avait une demande d’une éducatrice de faire une formation particulière. Cette possibilité  lui a été partiellement refusée par le comité parce qu’il s’agissait en fait de continuer pour elle à se perfectionner dans un domaine où cette personne était déjà très qualifiée.

Les retombées dans notre séance sont parties du constat que l’équipe ne s’était pas déterminée au préalable sur le bien fondé ou non de cette démarche de formation.

Le fond du problème n’était pas le désintérêt pour la formation proposée, mais la difficulté à se reconnaître le droit de s’autoriser entre  pairs, au préalable  à  l’autorisation des pères.

La reconnaissance que nous nous portons ou non a t-elle-valeur ? L’équipe est partagée, il est question de savoir si  les éducatrices sont d’accord de partager entres elles leurs projets de formation pour avoir  l’aval de leur collègues avant de rencontrer le comité, ou si chacune veut jouer sa chance  seule face au comité.

Derrière ce propos   apparaît la question suivante. La reconnaissance est-elle horizontale ou verticale? D’ailleurs s’agit-il de reconnaissance ou de pouvoir hiérarchique?

Il est fait référence à la journée d’intervention pour rappeler que toutes se reconnaissaient de la compétence et qu’elles pouvaient se faire confiance quant à l’honnêteté de chacune.

Si une telle pense qu’elle doit se former dans telle matière, on part du principe qu’on peut lui faire confiance dans son besoin. Dans ce cas il importe d’abord que l’équipe soit informée et que le cas échéant l’éducatrice argumente d’abord devant ses pairs le bien fondé de ses choix.

Une différenciation s’opère entre le pouvoir de décider à partir de la compétence ou de décider à partir de la position hiérarchique qui n’a pas forcément la compétence nécessaire pour comprendre les motivations du personnel et juger du bien fondé de telle ou telle formation..

Il  est imaginé qu’à l’avenir  une procédure se mettrait en place qui  amènerait devant le comité des demandes de formation soutenues  par l’équipe et relayées par les représentants de cette dernière, une éducatrice et le directeur.

J’ ai été très en position d’observateur  durant cette séance les choses s’enchaînaient presque logiquement. J’ai trouvé important la référence faite à  la journée d’intervention dans les sens où la vie quotidienne ayant repris ses droits et des problèmes concrets surgissant, l’équipe a montré que les traces laissées étaient assimilables à son fonctionnent.

Durant  dernier quart d’heure nous parlons du degré d’autonomie de l’équipe etdela qualité qu’elle reconnaît à son travail. Je parle de l’échéance de l’été, du temps depuis lequel nous travaillons, et de la fin possible de mon mandat.

 

Deuxième  séance

J’apprends que l’équipe reprend sur un temps de colloques des contenus de nos séances pour les intégrer au mieux, de manière concrète,  à  leur pratique quotidienne. Ces temps servent par ailleurs à travailler le projet pédagogique.

Le directeur commence par dire qu’il avait été dérangé la séance précédente par la place que des échanges entre une éducatrice et moi-même avait pris. Il s’agit de la même éducatrice  qui  m’avait interpellé au sujet de mon manque de reconnaissance à  son endroit au début des séances de supervisions.

Notre “différent” portait cette fois, sur la conscience vécue d’un discours sous jacent aux échanges, et concernant la fonction de responsable. J'avais avancé une hypothèse laissant entendre que certaines de ses interventions n’étaient pas si naïves qu’elles le prétendaient et moins innocentes   qu’elles paraissaient le croire.

L’éducatrice me disant qu’elle ne comprenait pas ce que je voulais dire et que je lui prêtais des intentions qui n’existaient pas ou dont elle n’avait pas conscience.

Précisément en fin de séance  le directeur avait raccompagné plusieurs personnes en voiture, c’est à cette occasion que l’éducatrice  avait parlé du fait que je ne la considérais pas et que je ne croyais pas en son honnêteté.

 

Pour ma part j’ai précisé que je  reconnaissais pouvoir certaines fois, me laisser entraîner à polémiquer  et que j’acceptais l’idée que ma manière de travailler ne convienne pas à tout le monde. J’ai ajouté que je n’avais l’intention de blesser personne mais que bien évidement je n’étais qu’un humain et de ce fait imparfait.  J’ai rappelé aussi que l’important restait ce que nous allions faire de de cet événement.

J’ai immédiatement mis en rapport, sans en faire part, cette séance avec celle dont je parle en page seize. Le changement en a été pour moi que l’attitude du  directeur qui ne s’était pas prononcé lors de la première séance un peu ”conflictuelle”, confirmait cette fois  une place de responsable du fonctionnement groupal.

Le reproche que le directeur formulait ne portait pas tellement sur le différent en tant que tel, mais sur le temps qu’il avait fait perdre! Une éducatrice précisera que c’était effectivement une perte de temps, sa collègue et moi ne pouvions nous comprendre, elle étant “affective” et moi “cérébral”.

Le reste de l’équipe semblait être spectateurs de la prise de position de son directeur.

J’ai demandé à quoi aurait du servir ce temps perdu? Y avait- il une urgence ?

Une hypothèse s’est fait jour  que peut être il y  avait des choses à se dire concernant les rôles et la fonction de chacun et que le temps avait servi à autre chose. Une participante a repris cette idée que des choses qui  m’étaient adressées auraient dû l’être au responsable. En fait qu’il   avait à se situer quand aux rôles qu’on lui attribuait, et que l’équipe avait à lui préciser ses attentes et ses besoins.

Ce que j’ai su lire de cet épisode c’est que j’avais perdu du temps à recevoir et à répondre à des questions qui ne m’étaient pas adressées. Il était plus question d’un temps perdu  dans le sens d’une opportunité que de temps perdu dans le sens d’un écoulement horaire.  La séance avançant, il a de moins en moins été question de faute de l’un ou l’autre que des prises de responsabilité de chacun. 

 

 

Troisième séance

Le directeur a écrit au tableau noir avant la séance la phrase suivante. “Il est intolérable que les gens projettent sur vous  à partir  d’une image et pas de la réalité”.

A ma surprise les éducatrices ne réagissent pas immédiatement. Les participants reviennent à la  séance passée pour constater que je ne me  suis pas assez exprimé, en fait c’est le directeur qui va faire ce commentaire.

Suit un rappel historique de mes interventions au cours des séances, par ce biais le vécu de l’équipe est revisite. J’ai la perception qu’il s’agit d’une sorte bilan et je pense que j’ai fini mon intervention. Je propose que les gens décident d’ici la prochaine séance  ce qu’ils vont faire. L’équipe est d’accord , l’évocation du passé reprend.

A un moment une éducatrice fait  un lien avec ce qui a été dit à la dernière séance, à savoir que des choses à moi adressées pouvaient parfois l’être en fait au  directeur.

Une autre demande ce que veut dire cette phrase au tableau noir? La mobilisation physique indique que l’attention se porte vers le directeur. Le directeur prend la parole, il veut parler de son rôle et des attentes qu’il sent liées à ce rôle.

La clarification de sa position, que fait le directeur, s’adresse corporellement au moins  à l’éducatrice qui manifestait un différent à mon endroit la dernière fois. C’est à elle que le directeur renvoie qu’elle le veut autre qu’il n’est en réalité.

J’amène cette piste que l’éducatrice ne parle pas qu’en son nom, mais remplit une fonction pour le groupe. La parole se délie et les éducatrices parlent au directeur .

 

L’attention est forte, chacun est attentif. En substance la demande est que le responsable soit plus directif, mais qu’il n’impose rien, tout en le  faisant si c’est nécessaire mais cela n’a jamais été le cas.

Les éducatrices rient d’elles-mêmes et de leurs contradictions, à la place d’une polarisation du groupe sur l’attitude de l’un de ses membres il s’opère une acceptation de l’ ambivalence de chacun.

Les affects contradictoires de l’humain   qui habite le rôle professionnel  sont d’une certaine manière, amenés à la lumière et simplement reconnu comme un paramètre avec lequel il faut composer.

 L’émotion présente au début se retrouve là, mais d’une certaine manière dégagée du surplus de mobilisation affective qu’elle suscitait chez les participants. Pour un temps, les tensions sont en équilibre.

La séance finira  alors qu’émerge à nouveau des références à l’histoire de l’équipe, aux éducatrices qui sont parties, aux alliances ou aux différents qui liaient les personnes présentes, à celles qui ne sont plus là!

Comment continuer un travail sans cesse recommencé parce qu’il y a des départs et des arrivées?

- Pourtant quelque chose reste, comme une transmission.

- Oui la garderie continue même si  moi je m’ en vais.

- C’est vrai on ne travaille plus comme avant, et si j’allais ailleurs je prendrais ça avec moi!

Mon intervention s’arrétera la séance d’un commun accord suivante.

 

Point de suspension ou point de suspension

 

De la  suite  de cette sorte d’évolution en spirale qui survole les  mêmes endroits mais les considère d’un autre point de  l’espace je ne peux rien dire, elle appartient à un futur que je ne connais pas.

Simplement je relève que dans ce temps suspendu, d’où je regarde et décrit le chemin parcouru,  la démarche  est  inscrite  tant  dans un achevé  que  dans un inachevé.

Achevé, si je considère le progrès effectué en ce qui concerne, par exemple la qualité des rapports entre les personnes.

Inachevé, si je considère le caractère sans doute  éphémère de  cet état et le soin qu’il faudra en prendre pour le rappeler comme un possible des rapports professionnels.

A mon sens  une  démarche telle que celle que cette équipe vient d’effectuer,   a  valeur tant par un aboutissement  que par  le processus vécu  qui a permis  justement d’y aboutir.

L’augmentation de la conscience qu’ont les participants  des différents  niveaux de vie de l’équipe et  leur prise en compte  dans le travail quotidien direct avec la clientèle, est un indice du degrés de maturité atteint par l’équipe.

La mise en lumière et l’acception des principes d’incertitude et d’imprévisibilité de certains paramètres comme étant  générateurs   des tensions polarisant les  relations professionnelles,  permettent d’étayer le fonctionnement du groupe sur  une  dynamique du provisoire qui autorise la collaboration.

Les sentiments partagés dans le groupe sont presque conscients, bien plus il sont appréhendés de manière distincte dans les  catégorisations relevant pour une part de l’histoire des sujets et pour l’autre des rôles qu’il joue dans l’équipe de travail.  Ce travail est rendu possible par la mise en forme de la parole, l’accompagnement dans un processus de démocratisation d’un lieu où la parole d’une équipe ne dépend pas plus  de la capacité spéciale des individus, que d’un principe ou d’une reconnaissance extérieure .

Les procédures, les différentes  formes de concertation suppléent en partie   à  la relation de dépendance fondée  sur la crainte de la répression  et de besoins de protection.   “ De façon ultime , la fonction de la relation d’autorité dans son ensemble est une fonction de défense collective contre l’angoisse de séparation éprouvée collectivement par les membres  de l’ organisation. (Max Pagès Dunod,1997, p 212)

 

Cette   relation à l’ autorité vécue par les individus  comme dépositaire et gardienne des  rapports entre les personnes au sein de l’organisation peut laisser plus consciemment place à une autorité basée sur la différenciation des rôles et la reconnaissance des compétences.  Pour amorcer avec leur clientèle un processus, conduisant espérons nous  vers l’autonomie des bénéficiaires  les équipes éducatives  sont dans la nécessité d’expérimenter cette autonomisation dans leur fonctionnement propre . 

 

Il n’en reste pas moins qu’au-delà des différents bénéfices , il existe une ligne de démarcation entre ceux qui pensent qu’un fonctionnement optimum est possible et ne dépend que de facteurs, somme toute maîtrisables, et ceux qui acceptent la part disfonctionnante et conflictuelle comme faisant intrinsèquement partie de tout groupe humain.

La reconnaissance ou le rejet de cette pulsion de mort active  qui inscrit les groupes dans une impermanence, situe   quo