Anorexie la douleur des parents aussi
Véronique Poivre d'Arvor témoigne "Je voudrais qu'il reste quelque chose d'elle"
Face à la mort, comment se reconstruire : nouveau hors-série Pèlerin

En janvier 1995, à 19 ans, Solenn Poivre d’Arvor mettait finà ses jours, après un long combat contre l’anorexie-boulimie.À Paris, une Maison des adolescents porte aujourd’hui son nom. Lisez le témoignage de sa mère, extrait du nouveau hors-série Pèlerin, réalisé en partenariat avec Audiens et France-Inter.



 
Extrait du hors-série : face à la mort, comment se reconstruire
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Que s’est-il passé avec votre fille Solenn ?

Le 27 janvier 1995, Solenn a mis fin à ses jours sous une rame de métro, après un long combat contre l’anorexie-boulimie. À l’âge de dix-neuf ans. La seule chose qui m’a sauvée, c’est de n’avoir aucune image traumatique de son geste. J’ai eu le courage d’aller la voir peu de temps après et de mémoriser son visage comme apaisé. Et ça, c’est un cadeau. Le conducteur de la rame de métro a confié – Solenn portait son joli manteau blanc – qu’il l’avait vue apparaître tout d’un coup. « J’ai cru que c’était un ange », a-t-il expliqué. Cette image me réconforte énormément après le terrible combat livré par Solenn contre l’anorexie-boulimie.

C’est épouvantable pour des parents de voir son enfant se détruire sans rien pouvoir faire. Nous avons pourtant tout essayé pour l’en sortir. Mais ce combat était comme trop lourd. La nourriture devenait une telle obsession qu’elle prenait toute la place. Lorsqu’elle est devenue boulimique, c’est tout ce contrôle qu’elle avait acquis dans ses phases anorexiques, et dont elle était fière, qui lui échappait complètement. Incapable de lutter, débordée, elle a eu alors des pulsions suicidaires. Pour les frères et soeurs, la souffrance de Solenn pesait sur la vie familiale : en tant que parents, nous étions obnubilés par l’enfant malade… à en oublier parfois les autres. Solenn savait qu’elle nous faisait mal, qu’elle nous exaspérait parfois. Mais c’était au-dessus de ses forces.

Quels étaient vos repères dans cette lutte contre la maladie ?

L’anorexie de Solenn me bouleversait particulièrement. En tant que mère, c’est quelque chose de particulier car la nourriture touche le lien nourricier. Nous l’avons vu se détruire peu à peu. Les relations familiales devenaient difficiles à vivre. C’est très dur de voir comment votre fille en bonne santé peut basculer d’un coup, trier les aliments dans son assiette, les cacher sous ses manches. Peu
à peu, elle s’est constitué une carapace faite d’obsession de maîtrise de soi. Comme mère, j’ai vécu tout mon amour pour elle. Plutôt que de la laisser se débrouiller seule, je l’aidais, en lui préparant des plats pour elle, en l’emmenant à la gare lorsque son sac était trop lourd. Je ne pouvais pas être insensible à sa souffrance. Je me souviens quand elle est tombée à 27 kilos, elle exhibait son corps avec une fierté insupportable. Et dans les périodes de boulimie, c’était encore plus dur.

Après sa mort, vous avez eu besoin d’écrire. Pourquoi ?

Patrick et moi, nous avons eu le besoin de parler de Solenn pour qu’elle ne soit pas enterrée une deuxième fois, qu’elle ne sombre pas dans l’oubli. Solenn est partie avec son mystère, comme l’exprime son dernier message : « Merci pour tout, mais je n’aime pas la vie ».

Ce livre, « À Solenn »*, je l’ai écrit un an après sa mort. Pour essayer de percer son mystère. Ce qui m’a aidée, c’est de m’asseoir chaque jour, et écrire comme pour lui parler. Écrire, c‘était une manière de rester auprès d’elle, jour après jour. Progressivement, l’écriture m’a permis de me construire pour vivre avec l’absence de Solenn. Dans ce livre, j’ai revisité ces an nées, faites d’angoisses, d’intensités. J’ai rencontré des personnes qui l’avaient connue. Cela m’a permis de découvrir d’autres aspects de sa personnalité, de déployer cela dans le livre, et permettre aux adolescents, à mes petits-enfants, de savoir qui est Solenn.

Ce livre a joué un rôle important dans ma reconstruction. Il m’a permis de mieux comprendre ce qui avait pu l’amener là : le fait que Solenn soit née un après la mort d’une soeur aînée, ses refus de manger quand elle était bébé. Écrire m’a permis de remplacer l’absence effective de Solenn par une présence intérieure, de faire un travail d’intériorisation.

Quel rôle va jouer le groupe de soutien des parents endeuillés ?

Par des proches, j’ai rencontré ce groupe d’entraide « Apprivoiser l’absence », fondé par Annick Ernoult-Delcourt. Tous les mois, nous étions huit à dix parents réunis pour partager sur notre vécu face à la mort tragique de notre enfant. Au fil des rencontres, une solidarité profonde s’est tissée entre nous. Être écoutée, comprise, et accompagnée m’a aidée à accepter le chemin de Solenn et à… écrire ce livre. Entre nous s’est établie comme une solidarité d’existence. Partager mon vécu m’a permis aussi de me situer face à une médecine impuissante devant l’anorexie à l’époque de Solenn. Autrefois, le corps médical avait tendance à culpabiliser les mères que l’on disait trop présentes. Nous
avons été isolés trois mois de Solenn sans même pouvoir lui écrire ou lui téléphoner… Aujourd’hui l’accompagnement médical est différent.

Pourquoi avez-vous choisi, par la suite, d’animer des groupes de parents endeuillés ?

Dans une telle souffrance, le partage par la parole, le partage des sentiments est essentiel. Partager avec d’autres permet de relativiser. Les parents en deuil sont très entourés. Au début. Puis les gens imaginent que la mort d’un enfant est un événement tellement effroyable qu’ils ne sauront pas trouver les mots. Du coup, ils se taisent. Ils n’osent plus ou n’ont plus les moyens d’expression pour dire leur compassion. Et on se trouve facilement isolé. Or, il est important de continuer de parler. Cela allège la souffrance et permet d’apprivoiser l’absence. Cela ne veut pas dire que l’on oublie notre enfant. Mais simplement que son absence va être un petit peu moins lourde.

Solenn est partie. J’ai accepté son chemin. Partager la vie de ces groupes m’a aidée à penser à Solenn dans la paix. Comme une présence douce. Elle est tout le temps avec moi. Toute ma vie, j’aurai une fille de vingt ans. Je garde en moi ce visage d’elle lumineux comme si je la portais dans le meilleur d’elle-même. Il y a des moments où je ressens son absence, comme lorsque sa soeur a prêté serment comme avocate. Sa place était vide. C’est douloureux. Mais Solenn me donne la force de continuer et d’essayer de donner un sens à tout cela.

Comment est né ce projet de la Maison de Solenn ?

Ni Patrick, ni moi, nous ne voulions créer notre association, car nous jugions le sujet trop grave pour improviser. Lorsque nous avons appris le projet de l’ouverture d’une unité de soins pour adolescents, nous avons tout de suite proposé d’y participer financièrement. Madame Chirac m’a demandé de représenter les parents et la société civile dans la préparation du projet. Patrick s’est aussi beaucoup investi. Il a versé ses droits d’auteur à la fondation des Hôpitaux de Paris/Hôpitaux de France. Pour mon mari et moi, il s’agit de donner un sens au parcours sur terre de Solenn, elle qui voulait sauver le monde, qui était passionnée par l’humanitaire.

La Maison de Solenn s’est ouverte à Paris en 2004. Dirigée par le Pr. Marcel Rufo, pédopsychiatre, et financée par l’opération « Pièces jaunes », elle réunit dans un même lieu un grand nombre de compétences propres à la prise en charge de l’adolescent. Elle est un lieu d’accueil, d’information et de prévention, mais aussi de prise en charge médicale et de suivi, d’enseignement et de recherche sur les pathologies rencontrées à l’adolescence. Vingt lits d’hospitalisation accueillent les pathologies les plus lourdes, notamment l’anorexie. À l’époque de Solenn, on soignait les anorexiques par l’isolement, la mise à l’écart de la famille et le chantage à la prise de poids. Nous en avons beaucoup souffert. Ici, à la Maison de Solenn, on essaie des méthodes pour réconcilier ces jeunes avec leur corps et l’estime d’eux-mêmes. Je m’y implique bénévolement pour aider les parents qui sont souvent en grande détresse et dans un tel désarroi…

Ai-je du mérite d’avoir fait tout cela avec d’autres ? Je ne sais pas. J’ai plus le sentiment que je me suis laissée conduire. J’ai eu une chance inouïe de connaître Solenn. À travers ce livre, et la Maison de Solenn, je voudrais qu’il reste quelque chose d’elle, un exemple, une expérience qui puisse servir à d’autres, une trajectoire dont on se souvienne tendrement. J’essaie de faire vivre Solenn autrement.

Propos recueillis par François Leroux

A Solenn. V. Poivre d'Arvor. Ed. Albin Michel. 2005

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Commentaires

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michelle dit merci de vous lire ce que je vis avec ma fille de 15ans cest tout afait ca et cest terrible on a limpressionnous ses parents de n'etre rien pour elle pitie c'est terrible

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