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1.
Organisation
et fonctionnement de l'institution
Le
home d'enfants de la Bérallaz se trouve à Montheron, hameau faisant partie de
la commune de Lausanne, situé près du village de Cugy.
La
maison est grande et spacieuse. De nouvelles peintures et installations l'ont
rendue lumineuse et gaie: on s'y sent bien.
Cela fait 74 ans
que cette maison accueille des enfants: en 1925, la Ligue Vaudoise contre la
Tuberculose l'ouvre afin d'y recevoir des enfants dont les parents souffrent de
tuberculose.
En 1964, la Bérallaz
devient un home accueillant des enfants ayant des difficultés familiales. La
direction est depuis 1981 tenue par M. et Mme Viguet.
1.2
Type et financement
Le
home d'enfants est une association privée. Elle est gérée par un comité de 9
à 13 membres s'appuyant sur des statuts. Ce dernier se réunit 2 fois par année.
L'institution
est subventionnée à 100% par le Canton de Vaud et la Confédération.
1.3
Mandats de l'institution
Le
mandat principal est de tenter d'aider les jeunes qui leur sont confiés à dépasser
leurs problèmes, dans une vie normalisée, rythmée, afin de leur assurer, dans
la mesure du possible une évolution harmonieuse.
Selon
les statuts, l'association a pour mandat:
-
L'exploitation de la
maison de la Bérallaz destinée à accueillir des enfants des deux sexes, en âge
de scolarité, qui doivent être placés en raison de circonstances familiales
difficiles.
-
L'éducation de ces
enfants dans une atmosphère sécurisante et leur préparation à une vie
sociale et professionnelle normale.
Le
concept éducatif du home d'enfants de la Bérallaz précise aussi que « notre but est de reconnaître la réalité que
l'enfant vit. Notre point de départ est le constat de cette même réalité.
Nous acceptons et nous assumons cette réalité avec toute la souffrance qu'elle
contient ».
1.4
Organigramme de l'institution
COMITE
9
à 13 membres
DIRECTION
1,4
poste
EQUIPE EDUCATIVE
PERSONNEL D'INTENDANCE
5,3 postes
2,2 postes
L'équipe éducative
se compose de 5 éducateurs spécialisés et d'une éducatrice de la petite
enfance. Généralement, 2 stagiaires viennent la compléter. Le personnel
d'intendance se compose d'un cuisinier, d'une femme de ménage et d'une lingère.
1.5
L'approche jungienne
Les enfants de
la Bérallaz sont presque tous suivi par une psychologue jungienne. Elle
participe activement à des colloques et permet de donner des pistes de compréhension,
de réflexion et d'action à l'équipe éducative.
Bien que
l'institution n'impose pas la référence aux thèses de Jung – les compétences
des éducateurs, qu'ils aient suivi une formation systémique,
comportementaliste ou autres, sont toutes sollicitées – la prise en charge éducative
est malgré tout influencée par cette approche de l'être humain.
Pour C.-G. Jung,
ainsi que pour les psychologues qui suivent son approche, il ne s'agit pas
seulement de soigner, mais aussi de développer la personnalité par le
processus d'individuation.
Ce processus se
développe progressivement et signifie être réconcilié avec les aspects de la
personnalité qu'on avait négligés: il faut donc tendre à être au plus
proche de soi-même, à s'accepter comme formant, une totalité. La
personne qui recherche vraiment cette totalité ne peut se développer au prix
du refoulement de l'inconscient, ni vivre dans un état plus ou moins
inconscient. C'est un processus qui pousse donc l'individu à se construire.
Pour les éducateurs,
il est important, afin que les enfants se développent de façon satisfaisante,
de prendre en compte et de connaître ce processus, car il permet de les aider
à vivre les différentes étapes construisant leur vie.
C.-G. Jung dit
que le psyché de l'homme a une partie consciente et une partie inconsciente.
Dans l'inconscient de l'homme, il y a l'inconscient personnel (souvenirs, émotions,
désirs refoulés) qui contient toutes les expériences vécues et tout ce qui
est en train de se formuler avant de venir à la conscience. Il y a aussi une
autre couche, plus profonde, où le
psyché produit des images et des rêves correspondant aux thèmes qui se
trouvent dans la mythologie, dans les contes de fées ou dans les légendes et
qui sont communs à toute l'humanité: c'est l'inconscient collectif.
Jung a appelé
ces thèmes universels les archétypes. Dans le psyché de l'homme, les déclencheurs
de ces schémas archétypiques sont les instincts. Le fait que ces archétypes
traversent les Ages et le temps relie l'homme à son essence propre, cette dernière
restant de fait immuable.
La symbolique de
la psyché qui, au travers d'archétypes ou de
symboles, parlent au conscient de l'individu au travers des rêves et des
images (dessins, etc.) est donc importante et centrale dans l'approche jungienne.
La psychologue
qui travaille en collaboration avec l'équipe essaye donc, par des tests
d'associations[1], des dessins et des jeux
de comprendre la structure et la dynamique de l'enfant et de découvrir, par ces
moyens, à quel niveau se trouvent les blocages psychiques empêchant un développement
harmonieux. Ensuite, dès qu'une voie a été ouverte pour diriger la psyché de
l'enfant vers l'épanouissement, le processus de guérison peut commencer.
Jung a aussi démontré,
par les tests d'associations, combien la psychologie de l'enfant est intimement
liée à celle de ses parents. Une seule famille peut montrer de semblables réactions
et modes de fonctionnement « les enfants […] peuvent avoir des rêves
qui reflètent les problèmes des parents, et l'on peut souvent rapporter aux
difficultés parentales, soigneusement cachées à l'enfant, les perturbations
nerveuses ou la mauvaise conduite. Si les parents résolvaient leurs problèmes,
ou s'il amenaient quelquefois simplement leurs difficultés à la lumière du
jour et les partageaient franchement avec l'enfant (naturellement à un niveau
compréhensible pour lui), la nervosité de l'enfant ou son aspect réfractaire
disparaîtraient souvent comme par magie»[2]
Il est important
pour les éducateurs – et pour les autres intervenants – de vivre leur vie,
de l'accepter et d'être honnête avec eux-mêmes ainsi que d'approfondir au
maximum la connaissance de soi afin que les enfants se développent de façon
satisfaisante. Ce n'est qu'en étant authentique, en tentant d'être une
totalité que l'éducateur pourra réellement aider les enfants. «
Aucun sermon, aucun principe, aucune subtilité technique, aucune aide mécanique,
ne peut remplacer l'influence d'une personnalité bien développée […] afin
d'éviter de projeter leurs complexes sur les enfants dont ils ont la charge
[…] »[3].
2.
Procédure d'admission
Les demandes
pour un placement à la Bérallaz proviennent pour la plupart des assistants
sociaux du Service de la Protection de la Jeunesse (SPJ) à la suite d'une
intervention juridique ou d'un constat de mauvais traitement physique ou
psychologique. Les demandes peuvent aussi provenir de la part de parents démunis
face aux difficultés rencontrées avec leurs enfants.
L'enfant est
parfois déjà dans un foyer d'accueil en urgence ou à court terme et est en
attente d'un placement dans une institution pouvant l'accueillir à moyen ou à
long terme.
Les critères
d'admission de la Bérallaz sont:
-
ne pas présenter de
handicap physique;
-
pouvoir suivre une
scolarité normale (scolarité en milieu spécialisé exclue);
-
être en âge scolaire, de
4 à 12 ans (exceptions possibles pour les fratries);
-
être placé pour au moins
2 ans (durée considérée comme le minimum pour une prise en charge éducative).
Lorsqu'une
demande émane des assistants sociaux du SPJ, une procédure d'admission se met
en route:
1.
La direction entre en matière en fonction des places disponibles et des
enfants se trouvant déjà à la Bérallaz, ceci afin de respecter un équilibre
entre les garçons et les filles et entre les âges.
2.
Première rencontre avec l'assistant social pour une présentation de
l'enfant, son anamnèse, etc.
3.
La situation est présentée au colloque par la direction. Un éducateur
est ensuite nommé pour pouvoir accueillir et accompagner l'enfant lors des
visites qu'il effectuera ultérieurement.
4.
Deuxième rencontre avec l'assistant social, accompagné des parents. Au
cours de cet entretien, la direction essaie de connaître un peu l'histoire des
parents et de la famille, demande les raisons du placement ainsi que ce qu'ils
en attendent. Par la suite, la direction explique le fonctionnement et fait
visiter le foyer.
5.
L'enfant vient passer plusieurs après-midi à la Bérallaz pour partager
un moment avec les autres enfants et se familiariser avec la maison. Son entrée
définitive ayant lieu en principe au début de l'année scolaire, il commence
souvent par faire le camp d'été avec les autres enfants qui finit l'année
scolaire précédente (les deux premières semaines des vacances scolaires).
6.
Le colloque décide de façon définitive les références (généralement
un homme et une femme).
7.
Arrivée de l'enfant accompagné soit par ses parents, soit par
l'assistant social ou encore soit par un éducateur du précédent foyer.
3.
Fonctionnement
de l'équipe éducative
3.1
Les responsabilités et la
répartition des tâches
L'équipe
éducative doit assumer diverses responsabilités afin d'assurer le mandat qui
leur sont confiés, à savoir d'aider les jeunes à dépasser leurs problèmes
pour assurer, dans la mesure du possible, une évolution harmonieuse.
Un
cahier des charges détaillé et précis encadre donc les éducateurs dans leur
travail et délimite les responsabilités de chacun:
1.
L'éducateur et la
direction assurent à tour de rôle l'animation des colloques et la prise de
procès-verbaux. Il garde en mémoire les avis exprimés et préparent, si nécessaire,
un papier pour la réunion de synthèse.
2.
L'éducateur est chargé de transcrire les informations d'ordre général
dans le livre de bord. Il doit aussi autant que possible remplir des fiches
d'observation qui seraient mises en place.
3.
L'éducateur veille à transmettre les informations nécessaires aux
personnes concernées pour que le déroulement dans la maison se passe sans
anicroches. Il donne un compte rendu régulier des événements de la vie
quotidienne à la direction pour la décharge des responsabilités.
4.
L'éducateur gère l'argent de poche personnel des enfants, le compte
"vêtements" ainsi que le compte collectif des loisirs.
5.
L'éducateur est responsable de l'accompagnement éducatif des actes de
la vie quotidienne: le réveil des enfants, l'habillement, la santé, les repas,
le suivi des leçons, les temps de loisirs, l'ordre dans et de la maison, les
couchers, la nuit, les rendez-vous chez le dentiste, le docteur, la psychologue,
etc.
6.
L'éducateur accompagne les enfants sur le plan scolaire dans la mesure
de ses connaissances et de ses compétences. Il assure le suivi avec les
enseignants et en rend compte aux collègues et à la direction. Il est tenu de
participer aux réunions de parents.
7.
L'éducateurs assume individuellement, selon un tournus déterminé à
l'avance, une présence active pendant les week-ends lorsque des enfants sont
dans l'impossibilité de rentrer chez eux ou dans une famille d'accueil.
8.
L'éducateur est plus particulièrement attentif à l'évolution des
enfants dont il est référent, tant à la Bérallaz qu'à l'extérieur. Il
informe l'ensemble de l'équipe et la direction des entretiens effectués, des
changements et de la progression des objectifs fixés lors de l'admission ou
lors de synthèses, ceci jusqu'au départ du référé.
9.
Les éducateurs sont aussi attentifs au développement physique et
psychique des enfants.
10.
L'éducateur est en relation, suivant les situations, avec les
enseignants, les thérapeutes, les familles, le corps médical, les assistants
sociaux, l'orientation professionnelle, les communautés religieuses et les
institutions prenant en charge les enfants durant ou après leur placement à la
Bérallaz.
11.
Les éducateurs, après l'approbation de la direction, ont la
responsabilités complète de l'organisation et de la réalisation des camps d'été
et d'hiver: lieu, transport, activités, budget, repas, etc. Ils sont tenus de
faire un rapport à la direction à la fin du camp ou de la tenir informée
durant ces semaines si un événement particulier le justifie, pour la décharge
des responsabilités.
12.
Le praticien-formateur, délégué par la direction, suit le stagiaire.
Il est la référence vis-à-vis de ses collègues et de l'école que le
stagiaire fréquente. Il participe aux entretiens avec le formateur de l'école.
3.2
Le système de référence
Les référents
sont nommés suivant les disponibilités de chacun lors d'un colloque au début
de l'année scolaire.
Les enfants du
home ont tous deux référents: le premier est le principal et le deuxième
l'accompagne si sont collègue est absent ou s'il a besoin d'aide. Normalement
un enfant entrant à la Bérallaz garde les mêmes référents du début jusqu'à
la fin de son placement.
3.3
Les colloques
Deux colloques
ont lieu chaque semaine: l'un le mercredi matin et l'autre le vendredi après-midi.
La direction, l'équipe
éducative et, sur demande, la psychologue participe au colloque du mercredi
matin. Il est principalement centré sur les enfants de l'institution. Il permet
d'évaluer les différents objectifs fixés, discuter et débattre pour en fixer
de nouveaux. Chaque éducateur peut apporter une situation ou partager ses préoccupations
par rapport à un enfant.
Ce colloque
laisse de l'espace aux collaborateurs pour débattre du fonctionnement de l'équipe
et de la ligne pédagogique, de faire des synthèses en présence des assistants
sociaux ou encore d'inviter un intervenant extérieur pour parler d'un enfant ou
d'un sujet précis: ainsi, un psychiatre, un assistant social ou la psychologue
peuvent être présent durant toute ou une partie de la matinée.
C'est aussi
pendant ce colloque que les membres de l'équipe éducative effectuent les
retours d'entretiens effectués avec les parents, les assistants sociaux, les médecins
ou les enseignants. Ils informent aussi des décisions personnelles prises pour
un enfant dans le cadre du quotidien en les expliquant.
Ce colloque se déroule
et fonctionne d'une manière semblable à chaque réunion: à tour de rôle, les
éducateurs deviennent secrétaire puis animateur de la séance. Le rôle du
secrétaire consiste à dresser un procès-verbal de ce qui a été décidé ou,
le cas échéant, les différentes possibilités d'intervention. Par contre,
lors d'un point particulier ou d'une synthèse, c'est le référent, et non le
secrétaire, qui est responsable de recueillir les informations et de les
retranscrire dans le dossier de l'enfant.
La semaine
suivante, le secrétaire devient animateur du colloque: son travail est
d'organiser et de planifier les sujets à discuter en se référant à ce qui a
été inscrit dans l'agenda par ses collègues. Il fait en sorte que tous les
points prévus soient traités, que chacun ait eu l'occasion de s'exprimer et
que personne ne sorte ostensiblement du sujet. L'humour et le bonne humeur ne
sont bien sûr pas mises de côté!
L'animateur débute
le colloque en relisant le procès-verbal de la réunion de la semaine passée
afin d'avoir la confirmation du reste de l'équipe de la justesse des
informations recueillies.
Le couple
directeur participe aussi à ce tournus.
Le deuxième
colloque, celui du vendredi après-midi, permet aux collaborateurs de parler de
l'organisation de la maison: on se met au courant des rendez-vous de la semaine
qui suit, de savoir qui part ou reste à la Bérallaz durant le week-end, de qui
va amener cet enfant chez le dentiste, etc.
On planifie
aussi les activités pour le mercredi suivant, ainsi que les activités
particulières propre à chaque enfant (certains font du sport, d'autres sont
invités chez des copains, etc.). Normalement, sauf s'il y a une situation
d'urgence, on ne parle pas des enfants.
Toute l'équipe
éducative, y compris la direction, participe à ce colloque.
3.4
Les prises de décision
Les décisions
concernant les enfants se prennent généralement durant le colloque du mercredi
matin dans un esprit de collégialité. Il arrive aussi qu'un éducateur prenne
une décision dans l'immédiat lorsque la situation l'exige: il informera le
reste de l'équipe lors du colloque précité.
3.5
La collaboration inter-professionnelle (interne à l'institution)
Toutes les
personnes travaillant dans le home d'enfants de la Bérallaz essaient du mieux
qu'ils peuvent de collaborer et de s'informer réciproquement: la sécurité et
le bien-être des enfants dépendent aussi de la bonne coordination des différents
intervenants.
-
Entre la direction et
les éducateurs:
Le couple directeur a suivi la même formation de base que l'équipe éducative:
cet élément facilite la communication et la prise de décisions adéquates
entre professionnels.
-
Entre les éducateurs
spécialisés et de la petite enfance:
Depuis la création du groupe des petits (de 4 à 6 ans), une éducatrice
de la petite enfance a été engagée. Sa présence sensibilise le reste de l'équipe
aux besoins spécifiques des petits enfants
-
Entre l'équipe éducative
et le personnel de maison:
La collaboration avec le personnel de maison est uniquement d'ordre
pratique: les éducateurs peuvent demander, par exemple, au cuisinier de faire
des repas particuliers pour un enfant qui devrait suivre un régime spécifique,
etc. Chacun est à l'écoute des demandes ou remarques émises soit par les éducateurs
ou soit par le personnel de maison pour qu' une certaine routine facilite un
minimum le travail de tous.
-
Entre l'équipe éducative
et la psychologue:
Une grande partie des enfants suivent une psychothérapie chez une
psychologue d'approche jungienne. Cette dernière vient, sur demande de la
direction et/ou de l'équipe éducative, pendant le colloque du mercredi matin:
il s'agit généralement de faire un bilan de la situation avec un enfant pour
pouvoir aider l'équipe à trouver des pistes d'action dans la pratique.
La psychologue rencontre l'enfant dans son cabinet une fois par semaine,
la séance durant 45 minutes. Elle participe
parfois à certains entretiens avec la famille d'un enfant.
4.
Objectifs
éducatifs
Différents
objectifs sont mis en place, suivant l'enfant, son âge et sa problématique.
Des objectifs de groupe et des objectifs individuels sont ainsi fixés par le référent
et le reste de l'équipe éducative.
4.1
Objectifs éducatifs de groupe
Quatre groupes
ont été définis par tranche d'âge, chacun ayant un objectif propre.
-
Le groupe des petits:
Cinq enfants, de 4 à 6 ans composent ce groupe. Ils disposent d'un
espace protégé propre à eux dans la maison, contenant deux chambres, un
salon-salle de jeux, une salle de bain, un WC, une cuisine et une salle à
manger. Un des objectifs est de leur offrir un cadre et un rythme de vie adapté
à leur âge. Une éducatrice de la petite enfance les encadre afin de répondre
et de leur offrir une éducation correspondante à leur développement, à
savoir respecter certaines limites, les aider à acquérir un peu d'autonomie,
les laisser faire leurs expériences de vie tout en étant présent d'une
manière rassurante, etc.
Actuellement, deux enfants de 6 ans n'ont plus leur chambre dans cet
espace, mais ils ont toujours
l'occasion d'y jouer et d'y manger en toute tranquillité.
-
Le groupe des moyens:
Huit enfants, de 7 à 12 ans, font partie de ce groupe dynamique. Des
activités peuvent être mises en place spécifiquement pour eux, ou selon leur
demande.
-
Le groupe des grands:
Deux enfants, âgé tous deux de 14 ans, sont dans ce groupe. L'année
scolaire précédente, trois adolescents ayant fini leur placement à la Bérallaz
pour pouvoir aller dans une structure correspondante plus adaptée à leur âge
et à leur orientation ou ayant tout simplement fini leur scolarité obligatoire
ont donc quitté l'internat.
Des activités sont proposées, telles que regarder un film, faire un
jeu, un billard ou une sortie, etc. Ces moments passés à l'extérieur ou à
l'intérieur de l'institution leur permettent d'apprendre à accepter le regard
de l'autre, à respecter des avis divergents et à devenir actifs ou moteur
d'une activité.
Une fois par semaine, ils peuvent demander une soirée de libre (jusqu'à
21h30) et planifier eux-même une activité.
Les différents
groupes ne constituent pas de barrières rigides, où chaque enfant ne ferait
que les activités prévues spécifiquement pour le groupe auquel il fait
partie, mais sont simplement une hiérarchie tenant compte des âges et des intérêts
s'y attachant ainsi que de leur possibilités. Actuellement, un grand nombre
d'enfant se trouve dans le groupe des primaires. Leur composition dépend
beaucoup de l'arrivée de nouveaux et du départ d'autres enfants: cela peut
donc varier d'une année à une autre d'une façon assez significative.
Des activités
sont donc aussi proposées à tous les enfants du home, sans distinction aucune.
4.2
Objectifs éducatifs individuels
Les enfants de
la Bérallaz y sont placés parce qu'ils vivent des difficultés familiales et
qu'ils sont, de fait, dans l'impossibilité d'y retourner de manière définitive
ou momentanée. Chaque enfant exprime sa souffrance par divers symptômes, tels
que par de la violence, des difficultés à entrer en relation et à
communiquer, à s'intégrer dans un groupe, de la dépression ou par des
manifestations physiques, etc.
L'équipe éducative
a créé un schéma pour identifier les différentes étapes pour amener
l'enfant à dépasser la crise et à vivre. Dès le début du placement, les éducateurs
sont le plus clair possible dans les objectifs pour permettre à l'enfant de
savoir où il va, et de ne pas laisser un flou qui serait dommageable pour ce
dernier.
Schéma:
|
|
Objectifs |
Moyens |
|
|
|
|
|
1. Réparation |
Offrir à
l'enfant de la sécurité, de la compréhension, une structure et surtout
un aperçu de sens. |
De l'attention, de la présence, un miroir et un environnement
apaisant. |
|
2. Développement |
Redonner
à l'enfant sa place dans son âge en fonction de ses moyens et de son
rythme. |
Notre authenticité, utilisation des ressources de l'enfant. |
|
3.
Consolidation |
Evaluer et
réadapter les projets de l'enfant. |
Des synthèses, constat des progrès, miroir. |
|
4.
Epanouissement |
Intégration
du miroir, développer la place de l'enfant dans le groupe, la famille et
la société. |
Accompagner, lâcher prise, faire confiance. |
|
5. Créativité |
Permettre
l'émergence de la personnalité consolidée et que l'enfant puisse
continuer à se construire même après le départ de la Bérallaz. |
Préparation et passage. |
Les objectifs éducatifs
individuels sont discutés en colloque, avec les parents si cela est possible et
avec l'enfant pour qu'il sache où il en est. Le référent doit être garant du
bon déroulement des objectifs et suivre l'enfant. Il fera par la suite des
bilans qu'il communiquera à ses collègues.
Des évaluations
intermédiaires sont faites; elles doivent devancer les crises éventuelles, et
non pas être la conséquence d'une de ces crises.
5.
Collaboration
avec l'extérieur
5.1
Les parents
Les éducateurs
et la direction essaient toujours de rencontrer de façon régulière les
parents, car ils font partie de la vie des enfants et que sans une collaboration
minimale, il est difficile de faire évoluer la situation. Cette collaboration
est aussi très importante pour tendre vers un retour de l'enfant dans son
milieu familial, si cela s'avère possible. Les rencontres se déroulent généralement
sous la forme d'entretien à la Bérallaz. Elles sont régulièrement agendées
entre les parents ou les représentants légaux, la direction, le premier référent
de l'enfant et, si cela est nécessaire, l'enfant et/ou son assistant social.
Ces moments
servent à:
-
s'informer mutuellement de
l'évolution de l'enfant;
-
amener les parents à se
remettre en question, les responsabiliser face à leurs problèmes et leur
donner des pistes pour les amener à les régler;
-
permettre à chacun de
s'exprimer sur comment il voit la situation;
-
suivre l'évolution
familiale, créer et/ou maintenir une relation entre famille, enfants,
assistants sociaux et institution pour construire ensemble un projet cohérent
et réfléchi;
-
mettre sur pieds des
objectifs communs concernant l'enfant, la famille et l'institution.
5.2
Les services sociaux et médicaux
Les assistants
sociaux suivant les enfants placés sont les personnes avec lesquelles les éducateurs
ont le plus de contacts. Des contacts avec d'autres institutions, le Tuteur général,
etc. sont aussi entretenu suivant les besoins et la situation des enfants.
Différentes
collaborations entre les médecins, les spécialistes (ostéopathes, physiothérapeutes,
ergothérapeutes, psychiatres, etc.) et l'équipe éducative existent aussi.
5.3
L'école
Autant que
possible, les éducateurs essaient d'avoir une bonne collaboration avec le corps
enseignant. Des retours et des échanges d'informations concernant
l'apprentissage scolaire sont communiqués entre la Bérallaz et l'école.
Les enseignants
sont en outre conviés à la rentrée scolaire à un apéritif permettant de
faire connaissance; cette rencontre se déroule toujours avec succès.
5.4
Autres intervenants
Les enfants sont
encouragés d'avoir des contacts avec l'extérieur, à faire partie de clubs de
football, de judo, etc.; ceci crée autant de collaborations possibles.
6.
Ethique
Les éducateurs
du home d'enfants de la Bérallaz suivent et appliquent dans leurs actes ce que
le code de déontologie à l'usage des assistants sociaux et des éducateurs spécialisés
détaille et précise.
Des discussions
ont lieu pendant l'un des deux colloques de la semaine, ou d'une manière plus
informelle, sur des situations soulevant un problème d'éthique; un débat
s'ensuit entre les différents membres de l'équipe éducative.
De nombreuses et
longues interventions ont eu lieu alors qu'un des éducateurs a été accusé,
par des parents d'enfants placés dans le home, d'avoir procédé à des
attouchements sexuels. Mis à part la mobilisation, au quelle
beaucoup de temps a été consacré par la direction et les autres éducateurs
– qui ont tous rejeté en bloc ces accusations – des discussions à propos
des gestes permis ou pas, de savoir comment être et jusqu'où aller dans telle
ou telle situation, etc. ont eu lieu.
La venue de deux
enfants abusés a aussi engendré ce genre de discussion.
Une remise en
question constructive de ses actes permet à chaque fois de se resituer par
rapport aux enfants, aux parents, etc. et d'adopter une attitude éthiquement adéquate.
1.
A
travers des connaissances théoriques
Tout les enfants
présents dans le home ont dû être retiré de leur famille, laquelle est
perturbée par des problèmes aussi divers que ceux en rapport avec
l'alcoolisme, la maltraitance physique, la toxicomanie ou ceux relevant de la
psychiatrie.
Afin de me
renseigner et de comprendre ces situations problématiques, j'ai dû aller
chercher des outils de compréhension: livres, articles et cours m'ont aidé à
mieux les cerner.
-
Le cours d'analyse systémique
m'a fait comprendre l'importance de l'environnement familial de l'enfant et le
fait qu'il n'est que le composant d'un système complexe. Le cours de méthodologie
d'intervention systémique, qui s'est déroulé pendant les retours de stage,
m'a fait découvrir les thèses de Virginia Satir. Sa façon de penser et
de percevoir comment les gens sont en relation et les différents modèles de réponse
qu'ils utilisent afin de circonscrire la menace de rejet m'a intéressé et m'a
beaucoup aidé lorsque j'ai dû construire une problématique d'un enfant.
-
La Bérallaz ayant une
psychologue jungienne, je me suis documenté sur les théories que C.-G. Jung a
développé. La vision de l'être humain qu'il propose ne m'a pas laissé indifférent
et m'a permis de comprendre plus profondément ce qui peut déclencher ou
induire certains comportements ou manière d'être, notamment que la psychologie
de l'enfant est intimement liée à celle de ses parents.
-
J'ai pu constater, grâce
en partie au cours à propos du développement de l'enfant, les différentes étapes
de ce dernier et les manques ou les troubles
lorsque les problèmes touchent la vie affective: chez certains enfants,
des troubles de la cognition ou du langage étaient assez flagrants.
-
Je me suis aussi intéressé,
pour les besoins de l'activité "jeux" que j'ai menée, au développement
de l'enfant au travers des jeux et aux différents stades par lesquels il passe
pour pouvoir devenir plus tard un être capable de vivre en société. Je me
suis basé sur les théories de J. Piaget et ces dernières m'ont permis de déceler
et de savoir à quel niveau se trouvaient les enfants avec qui je jouais.
2.
A
travers des connaissances de mes collègues
Il
a été agréable de travailler dans une institution où les éducateurs font
preuve de sérieux, de motivations et de compétences.
Il
est essentiel, afin que ces enfants puissent un jour se réaliser pleinement en
tant qu'adulte de leur offrir de la sécurité, de la compréhension, une
structure claire et un aperçu de sens. Un cadre apaisant, leur offrant une sécurité
affective (et matérielle), une présence et une attention peut faire beaucoup.
Il s'agit aussi d'être le plus clair possible, sans laisser d'ambiguïtés ou
du flou: l'enfant a, par exemple, le besoin de savoir pourquoi il se trouve à
la Bérallaz, il veut connaître les motifs de son placement. Ces différentes
attitudes contribuent à une meilleur évolution et empêche que l'incompréhension,
le flou et le doute viennent entraver ce processus.
Il
faut aussi essayer d'entretenir de bonnes relations et éventuellement
rechercher une coopération avec les parents. Certaines situations, où les
parents se sont rendus coupables d'actes pour le moins répréhensibles du point
de vue de la morale et de la loi, demande du self-contrôle, de la retenue et de
la diplomatie. Une maman ou papa reste – et le restera – quoiqu'il ai fait,
une maman et un papa au yeux de l'enfant. C'est pourquoi il est important de ne
pas les rabaisser, du moins ouvertement devant l'enfant, ou de les exclure de
leur vie.
Il
faut aussi que l'éducateur fasse attention à ne pas montrer ostensiblement (à
démontrer) aux parents comment lui arrive à éduquer et à prendre en charge
leurs enfants (ce qu'eux n'ont pas réussi à faire): une mise de côté et, en
quelque sorte, une annulation de fait de leur rôle de parents peut être très
dommageable pour la vie que l'enfant mène dans l'internat et peut empoisonner
ou paralyser l'action éducative. Il est bien clair que parfois des parents
affichent une certaine désinvolture vis-à-vis de leur progéniture et qu'il
sont content que d'autres personnes fassent à leur place ce qu'ils devraient
faire; mais ceci n'enlève pas le fait qu'une exclusion puissent être
ressentie.
Il
est bien plus agréable, et efficace, lorsque les parents prennent une partie
active à la prise en charge de l'enfant et que toutes les personnes qui gravite
autour de lui tirent à la même corde dans le même sens.
Mon
praticien-formateur, par l'entremise de nombreux entretiens et d'outils de
travail (cf. objectifs de stage: M.I.E), m'a permis de découvrir et de réfléchir
comment avoir un regard le plus objectif possible, pouvant se baser sur des
observations valables et rigoureuses et non pas sur des pressentiments ou de
vagues "ressentis" peu efficaces. Il est important, d'autant
qu'aujourd'hui on demande de plus en plus aux professionnels de l'éducation de
rendre des comptes, d'avoir des moyens afin
de s'y appuyer pour pouvoir justifier et expliquer l'action éducative
entreprise: la crédibilité du métier d'éducateur est à ce prix.
3.
A
travers ma rencontre avec les usagers
Ayant passé la
plus grande partie de mon enfance dans le village voisin du home d'enfants de la
Bérallaz, j'ai eu quelques camarades de classe et d'autres connaissances qui y
provenaient. Souvent, ces enfants étaient plus ou moins mal considérés par
les autres: soit ils embêtaient, étaient presque à chaque fois dans de drôles
d'histoires ou avaient des comportements qui tranchaient par rapport à ceux des
autres: mouvements de colère débordants, de jalousie intense ou, au contraire,
de repli sur soi assez marqués.
Ils étaient, et
le sont sûrement toujours en partie, l'objet d'étiquettes peu flatteuses: délinquants,
voyous, voleurs, casseurs de figure, etc.
Je me suis
toujours intéressé à ces enfants et certains d'entre eux ont été de bons
amis. Mais je ne savais, ou ne le soupçonnait pas réellement, le pourquoi de
certains comportements qui détonnaient un peu lorsque j'étais un enfant.
Après environ 5
mois de stage, il m'est possible de répondre à mes questionnements d'alors:
Tout les enfants de la Bérallaz souffrent, d'une manière ou d'une autre. Ils
l'exprime différemment, suivant leur parcours, leur manière d'être et leur
problématique, mais la plupart, si ce n'est tous, l'exprime en grande partie
par une grande insécurité et une image de soi gravement perturbée. La
violence, les difficultés scolaires, les difficultés à entrer en relation et
à communiquer, etc. ne sont que des manifestations de cette souffrance.
Ils leur est
souvent difficile de verbaliser ce mal-être, d'y mettre des mots dessus: ces
comportements et d'autres signes corporels le font à la place de leur langue.
L'importance de ses messages non verbaux n'est donc surtout pas à négliger.
C'est, au contraire, à nous de les remettre dans leur contexte et de les
interpréter afin de comprendre ce qui se passe.
J'ai trouvé, du
fait des contraintes de la vie d'internat, qu'on demandait rapidement à ces
enfants de se responsabiliser. On leur demande parfois des choses qu'à leur âge
on ne me demandait pas (faire le lit par exemple, etc.).
Outre cette précocité
dans l'apprentissage de la responsabilité, je trouve aussi, en sachant que leur
estime de soi est souvent mauvaise, qu'on leur demande de faire un effort
vraiment important: on leur demande de rebondir dans la vie alors qu'ils sont
dans des situations complexes et extrêmement difficiles. Lorsqu'on se rend
compte des problèmes qu'ils ont à surmonter, cela relativise les nôtres, sans
pour autant les nier et les dénigrer.
L'éducateur
concentre en lui beaucoup de pouvoir: il est parfois incroyable de constater
combien est grande la fragilité de ces enfants et de voir avec qu'elle intensité
ils nous écoutent. Peu de chose suffirait à les détruire psychologiquement de
manière durable et à les enfoncer encore plus au fond du trou. Mais
heureusement l'éducateur a le pouvoir – et le devoir – de faire en sorte,
en tenant compte de l'histoire des enfants, à ce qu'ils se développent le plus
harmonieusement possible: il doit être bienveillant, ferme, stimulant, compréhensif
et doit "gouverner" à partir d'une position de réalité plutôt qu'à
partir d'une position de pouvoir.
1.
Participation
aux colloques
-
Dire mon avis, exprimer ce
que je pense
Ma
participation aux colloques e été contrastée, suivant ce que j'avais à dire
ou suivant le sujet de discussion. J'ai toujours beaucoup de peine à exprimer
ce que je pense, à me "lancer" dans la discussion et à y prendre
part de manière active, notamment lorsqu'elle demande un investissement
personnel de ma part. Je suis quelqu'un de très prudent, préférant ne pas
prendre de risques lors de mes interventions. La peur d'être mal jugé, ou du
jugement tout court, par les autres me fait adopter cette attitude défensive.
Mes interventions se sont donc souvent limitées à dire des informations, des
observations ou des commentaires ne m'impliquant pas personnellement.
Malgré
le fait que l'équipe éducative de la Bérallaz fait beaucoup pour mettre à
l'aise et en confiance les stagiaires, j'ai besoin d'un certain temps pour être
"libéré" de cette crainte d'être jugé. C'est arrivé à la fin du
stage que cette peur commençait à se dissiper. Mais je me rends bien compte
que de toute façon on n'échappe pas aux jugements des autres, qu'on dise
quelque chose ou qu'on se taise: ce sera surtout le fait de développer une plus
grande confiance en moi-même et en mes capacités qui me permettra de surmonter
cette difficulté avec plus d'aisance.
2.
Collaboration
avec les membres de l'équipe éducative
-
Dire ce que je fais, ce
que j'aimerais faire et me sentir bien lorsque je travaille avec quelqu'un
d'autre.
Cet objectif rejoint de beaucoup le premier: une certaine crainte d'être jugé par autrui me "bloque" parfois dans mes actes et mes paroles. Mis à part cela, je me suis quand même senti plus vite à l'aise avec les éducateurs du home d'enf