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Violences conjugales ?

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Violences conjugales ?

Violences conjugales ?

Numéro 660, 3 avril 2003

Violences conjugales, comment en sortir ?

Le terme « violences conjugales » recouvre plusieurs réalités. Pour les victimes, sortir de ce cercle infernal est long et douloureux, comme l’explique Maïté Albagly, secrétaire générale du Mouvement français pour le planning familial. [1]


Que recouvre le terme « Violences conjugales » ?

Il définit le processus au cours duquel un partenaire exerce des comportements agressifs et violents à l’encontre de l’autre, dans le cadre d’une relation privée et privilégiée. La violence conjugale peut être le fait de l’homme comme de la femme, cependant, dans 95 % des cas, la femme en est victime.

Quelles formes prend la violence conjugale ?

Elle peut prendre plusieurs formes, isolées ou conjointes, comme la violence psychologique disqualifiant la victime dans tout ce qu’elle est, la violence verbale qui humilie, la violence économique qui consiste à soumettre une personne par l’argent, la violence sexuelle avec par exemple le « viol marital » qui impose des relations sans consentement. Tous ces comportements en général précèdent la violence physique qui est la forme la plus connue et la plus repérable des violences conjugales, la femme en portant les traces visibles.

Pourquoi les victimes ne portent-elles pas plainte rapidement ?

La violence conjugale procède par phases : la déconsidération, les coups, l’explication des coups, la déresponsabilisation « Je ne suis pas responsable. Tu as provoqué ma colère », les excuses et enfin la « Lune de miel ». La lune de miel est un état fantastique durant lequel la victime va retrouver l’autre tel qu’elle l’avait imaginé quand elle l’a choisi comme partenaire.

Existe-t-il un « profil type » des femmes qui subissent de la violence ?

Non, les femmes de tous milieux culturels, intellectuels ou économiques sont touchées. Cette violence est encouragée par l’oppression sociale des femmes, amplifiée par l’inégalité et la dépendance économique. Bien entendu, une femme dévalorisée ou battue dans son enfance aura moins de ressources pour se défendre qu’une femme avec une personnalité bien construite.

La grossesse ou la naissance d’un enfant peuvent-elles déclencher la violence ?

Oui. Souvent, lorsque la femme est enceinte, l’homme violent supporte mal de ne plus être le centre d’attention.

L’isolement fait-il partie de la violence ?

Oui. Les femmes qui subissent de la violence sont isolées. Certains hommes vont chercher leur amie, ou leur femme au travail pour prendre encore plus de contrôle sur leur vie. La jalousie aussi fait partie de la batterie de l’homme violent. Il est insupportable que quelqu’un puisse manifester un intérêt pour sa femme. Plus la femme rencontre de monde, plus il craint qu’elle ne parle.

L’éducation des filles a-t-elle un rôle ?

Oui. Les stéréotypes sexistes sont encore bien présents, véhiculés jusque dans les livres scolaires et les jouets. Pour cela, au planning, nous proposons des animations et des discussions dès la maternelle à des groupes mixtes. Nous leur montrons qu’un homme et une femme sont à égalité, ce sont des partenaires.

Quand la victime commence-t-elle à rejeter la violence ?

Lorsqu’elle vient nous rencontrer au planning, la victime parle de ce qu’elle vit aujourd’hui. Si nous l’aidons à réaliser un flash-back, elle prend conscience que la violence existe depuis longtemps. Elle a commencé souvent très vite, mais la victime ne le réalise que quand cela devient insupportable. Chaque victime à son propre seuil de tolérance. Lorsqu’elle ne trouve plus de justifications ou « d’excuses », elle commence à réagir.

Vers quels services peuvent se tourner les femmes victimes de ces violences ?

Une femme qui subit des violences en a honte. Le numéro « Violence conjugales femmes info service », est un des outil très performant (Tél. 01 40 33 80 60). Il est plus facile pour une femme de raconter ce qu’elle vit à un interlocuteur anonyme. Une fois que la parole a été libérée, les professionnels de l’écoute vont amener la femme à se défaire de sa culpabilité. L’appel lui permet d’entendre un point de vue extérieur qui va lui proposer des solutions : porter plainte, intégrer un groupe de parole, se confier à un proche, vivre dans une structure d’hébergement…

Le parcours pour sortir du cycle de la violence est-il long ?

Très. Il est semé de va-et-vient. Dans un premier temps, toutes les femmes qui quittent le domicile conjugal y retournent. L’homme à ce moment-là promet que la violence ne se produira plus, offre des preuves d’amour. Les médecins ou travailleurs sociaux qui ne sont pas sensibilisés ou formés à ce problème peuvent finir par dire : « Je l’ai aidée une fois, elle est retournée chez lui, tant pis pour elle ». Il est donc indispensable de savoir que le parcours sera long et chaotique.

Quelles réponses sociales sont apportées à la violence conjugale ?

Les foyers d’hébergement pour femmes battues constituent aujourd’hui la seule réponse. Ce type de structure, malheureusement, est saturé de demandes. Quant aux femmes des classes moyennes, elles refusent souvent d’y aller, elles l’associent à la galère. Les femmes sont isolées et ont perdu le contact avec leur réseau familial ou amical ou ont trop honte pour le solliciter.

Quelles aides psychologiques leur sont proposées ?

Il existe plusieurs réseaux associatifs et féministes et des centres de victimologie qui proposent des lieux d’écoute, de parole et de conseils. Au planning familial, nous privilégions les groupes de parole. La femme voit qu’elle n’est pas la seule à subir de la violence. Des séances individuelles sont aussi assurées par une conseillère conjugale.

Quelle est la réponse judiciaire ?

La loi de 1992, appliquée en 1994, fait de la violence conjugale un délit pénal avec circonstances aggravantes [2]. C’est important que la société pose des limites. Il reste des progrès à faire. Aujourd’hui, la justice condamne la personne violente en fonction des preuves et de la répétition des preuves. Il faut plusieurs plaintes et de nombreux certificats médicaux pour que la justice intervienne. De plus en plus, les juges proposent de la médiation, dès la troisième plainte, afin que le couple puisse trouver un terrain d’entente. Pour le planning familial, la médiation en cas de violence conjugale n’est pas la bonne mesure. Elle met au même niveau la victime et son agresseur. On ne peut pas faire l’économie de nommer un agresseur pour que la femme puisse se reconstruire. Nous espérons que l’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France [3], élément essentiel de reconnaissance réalisé par des scientifiques, fera bouger les choses.

Les intervenants médicaux et sociaux sont-ils suffisamment sensibilisés à la violence conjugale ?

Les sages-femmes, les infirmières, les médecins et bien sûr les travailleurs sociaux sont des interlocuteurs importants. Malheureusement, tous ces professionnels ne bénéficient pas assez de formation. Or, un professionnel doit être clair par rapport à lui-même en ce qui concerne la violence, pour pouvoir garder une bonne distance, entendre des choses, ne pas se refermer si les paroles de la femme ravivent une blessure.

Propos recueillis par Katia Rouff

[1] Mouvement français pour le planning familial - 4, square Saint-Irénée - 75011 Paris. Tel. 01 48 07 29 10

[2] La loi du 22 juillet 1992 précise que la qualité de conjoint ou concubin de la victime constitue une circonstance aggravante des « atteintes volontaires à l’intégrité de la personne ». Quelle que soit la gravité des faits de violence, ils sont constitutifs d’un délit et donc passibles du tribunal correctionnel.

[3] Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF), réalisée par l’Institut de la démographie de l’université Paris I, 2001. Centre Pierre Mendès France - 90, rue de Tolbiac - 75634 Paris cedex 13. Tel. 01 44 07 86 46


Des adresse utiles

• Briser le silence SOS Viols femmes informations 0 800 05 95 95 (numéro vert)

• Centre national d’information et de documentation des femmes et des familles (CNIDFF) 7, rue du Jura - 75013 Paris. Tél. 01 43 31 12 00.
À contacter pour obtenir les coordonnées des CIDF départementaux

• Institut national d’aide aux victimes et de médiation (INAVEM) 1, rue du Prè Saint-Gervais - 93691 Pantin cedex. Tél. 01 41 83 42 00.
N° national d'aide aux victimes 0 810 09 86 09 pour écouter et orienter les victimes vers une association d'aide aux victimes proche du domicile.

• Un site internet aux services des professionnels : Il propose aux professionnels de santé une information sur les différentes pratiques du repérage et du suivi sanitaire des femmes victimes de violences conjugales. Ce site est réalisé par L’institut de l’humanitaire et soutenu par la Commission européenne et le secrétariat d’Etat à la santé. www.sivic.org

• Une association d’Amiens qui accueille et héberge des femmes victimes de violences conjugales avec leurs enfants, présente son travail. www.agena.org

• Association pour la prévention de la violence en privé - 6, impasse des Orteaux - 75020 Paris. Tél. 01 40 24 05 05

• SOS violences familiales : Tél. 01 44 73 01 27

• Centre d’accueil pour hommes violents à Marseille : Tél. 04 91 59 19 60

• La Maison des femmes de Paris a créé des permanences pour les femmes victimes de violences masculines ainsi que deux groupes de parole. Les permanences se déroulent collectivement tous les mercredis à 17 h 00, sans rendez-vous. Contact : 01 43 43 41 13

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