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L'éducation c'est l'affaire de tous
Contribution à la réflexion sur l'identité professionnelle des éducateurs
spécialisés |
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Contribution à la réflexion sur l'identité professionnelle des éducateurs
spécialisés Educateur spécialisé, Directeur d’institution sociale, je suis formé à la supervision et a l’intervention au sein des équipes je suis analyste thérapeute bio-énergéticien et psychodramaticien. De manière générale je réfléchi à partir du champ d’observation de ma pratique et recherche à partir de là les prémisses de ce qui pourrait devenir un conceptualisation dynamique du développement d’un point de vue éducatif Intéressé par l’éthique la philosophie l’histoire la psychanalyse et l’herméneutique je suis passionné et en recherche constante autour de la relation sous toute ses formes. Plus spécifiquement je cherche à créer et à développer dans les équipes ou avec d’autres groupes d’adultes et d’enfants des espaces relationnels conçu comme des matrices suffisamment contenantes pour permettre l’expérimentation et l’apprentissage dialogique.
L'éducation c'est l'affaire de tous
Contribution à la réflexion sur l'identité professionnelle des éducateurs
spécialisés L'éducation c'est l'affaire de tous L’éducation c’est l’affaire des adultes, c’est l’affaire de tous ! Pas uniquement l’affaire des parents, des enseignants, des psychologues, des pédiatres, des autorités ou des éducateurs. Ne croyez pas, écrivant cela, que je veuille me mêler des affaires des autres mais comme adulte et comme citoyen je suis concerné, comme chacun, par la société dans laquelle nous vivons. N’en n’a-t-il d’ailleurs pas toujours et partout été ainsi ? A chaque époque, sur tous les continents, au-delà des cultures, des religions et des formes de gouvernements ce sont toujours les adultes qui ont élevé les enfants, leur indiquant comment être en rapport avec soi même et avec les autres. Toujours et partout des formes permettant de marquer des différences entre les sexes, les âges et les dignités ont fait partie de l’apprentissage des petits humains. Puisque que la nature ne nous enferme plus, à l’exemples des autres mammifères dans des comportements sociaux prédéfini, l’éducation via les adultes à pris le relais pour indiquer les manières acceptables d’entrer et d’être en relation. Bien sûr si toujours et partout on a appris à dire bonjour les multiples manières de la faire on changer et continuerons de changer. Par exemple la révérence n’est pas comparable au frottement de nez des esquimaux. N’empêche que si la forme change le fond reste le même.Il s’agit toujours de se saluer. Tout change parce que rien ne change ce constat s’applique autant aux époques qu’aux cultures qu’elles engendrent. Dans cette perspective les humains ont sans cesse dû imaginer les formes à donner à l’éducation, c’est au fil des générations le travail de tous et de chacun. Notre époque, ni pire ni meilleure que d’autres d’ailleurs, n’échappe pas à la règle, qui veut que l’éducation, réinventant sans cesse, fasse toujours la même chose mais autrement ! Comment faire pour bien faire et pour que des enfants deviennent des adultes matures ? Les enfants pour grandir ont besoin de notre attention plus précisément ils ont besoin que tous les adultes prennent garde a eux. Parce en définitive, l’éducation ce n’est pas non plus, malgré l’importance du fait importance le seul fait que les enfants préparent leur avenir en apprenant un métier. C’est aussi qu’ils se préparent à l’avenir en apprenant des adultes comment ont devient responsables et comment ont assume les relations que l’on entretien avec soi même, avec les autres et avec l’environnement. C’est qu’ils apprennent à juger par eux même, qu’ils comprennent que leur indépendance dépend du soin qu’ils apporteront à notre interdépendance. De cet apprentissage là, celui de la civilité de base, celui de la prise de conscience qui passe aussi par l’exemple, nous sommes tous responsable même si ce n’est pas de la même manière ni avec la même intensité. Vous savez il passe aussi par les petites choses de la vie quotidienne, un regard, un sourire, même un froncement de sourcil à l’occasion et pourquoi pas un bonjour même si la politesse voudrait qu’ils saluent les premiers ! Si le mot exemple à toujours un sens c’est bien dans ces petits riens qu’il le prend. Ne nous y trompons pas malgré la télé, les consoles et le portable, les enfants ont encore et toujours besoin de notre soutien. La loi, et c’est tant mieux, ne peut pas forcé la sollicitude c’est pourquoi le souci partagé de l’éducation de tous les enfants relève de la conscience autant personnelle que civique. Les enfants ne sont pas responsables du monde dans lequel ils grandissent. Ce monde c’est le notre, ils ne font que chercher, maladroitement parfois, à s’y adapter. Offrons leur au-delà des clivages, culturels, ethniques, confessionnels, générationnels et politique une place dans notre réflexion. Manifestons leur concrètement notre attention. C’est à nous adulte que revient l’initiative, La balle est dans notre camp, en ces temps de coupe d’Europe voilà qui devrait nous motiver à engager la partie et pourquoi pas à la gagné ? Etes-vous d’accord ? Sommes-nous d’accord ? Plus de sévérité ? Plus de liberté ? L’honneur revient à la ville de Lausanne d’avoir, par le biais de sa campagne conjointe avec la plate forme adolescente amené ce débats au coeur de la cité. Cette affaire nous concerne ! Parlons en ; entre amis, entre voisins, avec les associations présentent au stand du marché, dans les différentes manifestations qui agrémenterons la campagne mais aussi pourquoi pas avec des inconnus, avec ceux qui sont pour vous des étrangers, qui sait peut-être ne pensent-ils pas si différemment ? |
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FORMATION EDUCATION
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Contribution à la réflexion sur l’identité professionnelle des éducateurs spécialisés.
Il est plus facile de construire des murs que des ponts !
Isaac Newton
Préambule
Cet article est né des interrogations et de la remise en question qu’engendre nécessairement toute pratique éducative ainsi que de mon désir, pour ne pas dire besoin, de les partager avec d’autres.
J’ai essayé de repérer dans mes actes, attitudes et interventions quotidiennes, ce que je ressentais comme marquant mon identité professionnelle et au-delà, comme pouvant être commun à l’identité professionnelle des éducateurs spécialisés.
Cela n’aurait eu que peu de valeur à mes yeux si je ne m’étais pas attaché à repérer aussi ce qui sous-tendait chez moi et partant, dans ma pratique, les attitudes et les actes professionnels.
Cette réflexion s’est enrichie des échanges nombreux que j’ai eu le privilège d’avoir, soit avec des professionnels du secteur social, soit avec des étudiants, et bien sûr, du formidable stimulant que m’est la lecture.

Parcours
A l’heure ou je reprend ce texte je dirige depuis cinq ans un foyer mixte pour enfants d’age scolaire.
Auparavant j’ai travaillé plusieurs années dans une institution englobant un internat et une structure scolaire dépendant elle-même du service d’enseignement spécialisé.
Tout au long de mon parcours j’ai remplis la fonction d’éducateur spécialisé* dans différents foyers pour enfants, ainsi qu’auprès d’ handicapés mentaux, sans oublier un passage assez long dans un centre de thérapie pour adolescents.
Les réflexions qui vont suivrent s’enracinent donc dans ce tissu professionnel les exemples ou comparaison que je me permettrai de faire, sont pour la plupart tirés de mon expérience .
J’espère malgré cela, que des éducateurs spécialisé travaillant dans d’autres secteurs se retrouveront, si ce n’est dans ces lignes, du moins entre elles.
* (Le titre d’éducateur spécialisé en globe aussi les éducatrices spécialisées.)
But
Ceci étant dit, j’essayerai au long de ces pages de garder présent à l’esprit la diversité des interventions des éducateurs spécialisés et la différence pratique, voire conceptuelle qu’il y a à travailler avec des handicapés profonds adultes, des toxicomanes, des enfants psychotiques ou des prisonniers.
Mon but cependant, n’est pas d’essayer de répertorier les différents terrains de travail de l’éducateur spécialisé, ni d’entrer dans le détail de ses interventions, que ce soit dans un centre de jour, un foyer, un hôpital ou la rue.
Il est d’une part de rechercher en amont des dites interventions, si quelque chose fait leur unité malgré leur diversité apparente.
Effort de rechercher , au-delà des différences, le tronc commun, les ressemblances qui seules peuvent fonder une identité professionnelle qui nous soit propre.
D’autre part j’essayerai de cerné au plus près ce qu’est à mes yeux le métier d’éducateur spécialisé d’internat spécificité que je connais le mieux.
Précision
Avant d’aller plus avant il me parait nécessaire de préciser ce que j’entends par éducateur .
Depuis l’aube de l’humanité les différentes société humaines on été confronté au problème de l’éducation des enfants. Beaucoup d’entre elle on choisi de s’en remettre au parents pour accomplir cette tâche.
C’ est le cas de notre société. Ce fait est tellement patent que l’on peut considérer, a juste titre, les parents voir le cercle familial comme des éducateurs naturels.
Relativement vite une partie importante de l’éducation concernant l’acquisition de connaissances à été confiée à des tiers, les éducateurs professionnels.
Il s’agit d’enseignants, de formateurs, d’ecclésiastiques, de maîtres d’apprentissage, de professeurs la liste n’ étant pas exhaustive .
Tous forment, enseignent, transmettent , cherchant au travers de leur discipline a éduquer l’enfant, à lui donner des moyens de s’intégrer à la société.
C’est à cette large catégorie d’éducateurs professionnels que ce rattache le métier d’éducateur spécialisé.
Ce dernier à pour mission de s’occuper de l’éducation d’enfants difficiles ou dans une situation particulière ne permettant plus aux éducateurs naturels ou professionnels autre de mener leur mission à bien.
Par extension les éducateurs spécialisés se sont occupé de bien d’autres personnes en difficulté.
Pour ce qui me concerne mon expérience professionnel ce concentre encore plus précisement sur le mode d’intervention propre à l’éducateur spécialisé d’internat.
Dans la suite du texte je différencierai donc quand cela est nécessaire à la clarté.
Educateur, éducateur naturel, éducateur professionnel, éducateur spécialisé et éducateur spécialisé d’internat.
Education, adaptation , apprentissage.
Entre le regret d’ un Eden perdu et l’aspiration à un paradis futur les individus et partant la société des hommes n’a pas fini d’ hésiter. N’est ce pas entre ces deux illusions que s’inscrit continuellement notre hypotétique présent?
L’ éducation des enfants se fait toujours en fonction d’une historicité sociale. Il n’ y a jamais de système éducatif définitif.
Les priorités que véhicule l’ éducation aujourd’hui, même si elles sont prises dans la même dynamique que celle de l’ éducatioin d’hier, à savoir préparer l’avenir et conservé le passé, n’en divergent pas moins par certains aspects. Ces apects peuvent étres classé en trois catégories concernant les buts les moyens et les méthodes employées.
Au cours del’histoire et au sein de l ’ambivalence des tendances innéherente à l’action éducative les hommes ont pensé qu’il fallait préparer les enfants de manière différentes à l’ âge adulte.
Dans une société à évolution plus lente que la notre la conservation des valeurs passées à été le fer de lance de l’éducation .
Aux moments de périodes à évolution sociale plus rapide, par exemple recemment la période post soixante huit, la tendance s’inverse et l’on accentue la préparation à l’avenir.
Dans les deux cas la priorité quand au but justifiant les moyens et les méthodes employées.
Pour caricaturer.Cadre, repression, rigidité dans le premier. Absence de structure, permissivité, laxisme dans le second.
Il existe bien sur entre ces deux tendances repère toutes la gamme possible des variations.
A y regarder de près il n’y a pas de jugement a porter sur le bien fondé de ces différentes manières d’agir, chacune ayant rechercher ce qui paraissait le plus adéquate en matière d’ éducation en conformité avec la réalité historico sociale.
Ce dont nous pouvons cependant être sur c’est de la constante nécessité de réajustement que doit, de par la nature évolutive du monde, prendre en compte l’éducation. Il depend des éducateurs et de leur attitude, d’ y participer pleinement en acceptant d’ inventer et de réinventer sans cesse.
Evolution
De “Libres enfants de Summerhill” aux thérapies comportementalistes, en passant par la théorie systémique, sans oublier bien sûr la psycho-éducation canadienne ou tel et tel programme venu en droite ligne des U.S.A., que de modèles ont traversé et inspiré le monde de l’éducation et moi avec !
Chaque fois la révolution attendue a laissé la place à des réformes plus ou moins importantes qui ont modifié et complexifié la prise en charge, sans vraiment que les positions fondamentales régissant les rapports entre les différents partenaires, ne changent en profondeur.
Il est interessant, à ce sujet, de constater qu’à de très rares exceptions près, jamais une vision théorique nouvelle n’a évincé complétement les précédentes et ce, encore moins au niveau des croyances que les précédentes avaient générés.
D’une certaine manière tout a changé, mais rien n’est vraiment différent ou si vous préférez, tout est différent alors que rien n’a vraiment changé ! Je renvoie le lecteur désireux d’en savoir plus à ce sujet, à l’étude qu’en a faite J.F. Khan dans son livre “ Tout change parce que rien ne change”.(1)
(Les chiffres renvoient à la bibliographie en fin de cet article).
C’est la forme qui se modifie sans cesse créant ainsi l’évolution mais permettant aussi la conservation des tendances de fond. Les tensions entre les polarités telles que, idéal ou réalité, progressisme ou conservatisme, société ou individu, si elles se cristallisent autour de sujets actuels, n’en restent pas moins fondamentalement les mêmes que celles d’hier ou d’avant- hier, exprimant toujours les tendances qui, en profondeur, ont agité de tout temps l’homme.
Positionnement
“Ce que nous nommons l’énergie est la tension nécessaire au mouvement créé et entretenu par deux forces opposées, l’une résistant à l’autre. La tension est le principe de la vie”. (2)
L’éducateur, accompagnant privilégié de l’individu mais aussi agent social, n’échappe bien sûr pas à ces forces “antinomiques” et ne peut donc trouver un équilibre (comme d’ailleurs un véritable funambule) que dans une oscillation dynamique entre des pôles et jamais dans une rigidité statique.
Sa voie est donc une voie médiatrice. En la suivant il est confronté, au niveau de son action, à la gageure de remplacer le “ou” disjonctif par le “et” coordinatif, cherchant à concilier idéal et réalité, progressisme et conservatisme, société et individu.
En cela l’éducateur est appelé à être autant un bâtisseur de ponts qu’un constructeur de murs. (Voie médiatrice est à distinguer de voie médiane, la première supportant les écarts dûs à l’oscillation, la seconde figeant dans un “équitable entre deux”.)
Faute d’être attentif aux enjeux de sa fonction et préférant la simplification d’un positionnement unilatéral aux risques de la réflexion, l’éducateur est en danger de n’être que l’agent d’un conditionnement social normatif !
Constat
Sans me permettre de juger des modèles de pensée déductif ou inductif (Déductif ; qui va de propositions prisent pour prémisses, à une proposition qui en résulte, en vertu de règle logique. Inductif ; qui remonte des faits à la loi, de l’observation de cas donnés à une proposition plus générale) et me bornant à les considérer comme complémentaires, je suis néanmoins sensible au fait qu’en matière d’éducation la pratique occupe la position centrale.
L’éducation spécialisée n’est pas le lieu pour refaire le monde. Il ne s’agit pas dans le cadre de son travail d’ essayer de changer la société mais de faire en sorte que des enfants en difficulté puisse s’y intégrer.
Changer la société si il y a lieu reste du ressort du citoyen quelqu’il soit et pas plus del’éducateur spécialisé que d’un autre.L’idéalisme qui à fleuri autour de notre profession et nous a confiner dans un registre vocationnel n’est plus de mise. L’éducation spécialisée est un travail très pragmatique ou le seul idéalisme professionnellement possible est celui qui tendrait à en améliorer la pratique..
C’est donc, pour moi, cette pratique qui doit engendrer la théorie et s’y ressourcer. J’aimerai, partant, souligner la différence essentielle qu’il y a entre théoriser à partir de la pratique ou pratiquer à partir d’une théorie.
La première direction ouvrant des possibles, mais laissant aussi place au doute, la seconde enfermant et excluant le plus souvent ce qui est différent et ce, quelle que soit la véracité de la théorie défendue “... car je crois n’arriver véritablement à comprendre un être humain que lorsque j’entends et que je ressens ce qu’il me dit sans avoir besoin de recourir à des théories pour me protéger contre lui, ni même de me retrancher derrière ces théories”. (3)
En matière d’éducation je ne suis pas loin de faire mienne cette pensée de Goethe : “Au commencement était l’action”.
C’est en tout cas ce qui ressort de mes vingt sept années de vie institutionnelle.
Il n’en reste pas moins que la référence à la théorie est à mon sens absolument nécessaire pour conceptualiser et comprendre la complexité du monde. Je reste persuadé ”qu’il faut des règles pour voir, pour donner forme au monde et mieux le percevoir“.(4)
Les courants de pensées auxquels je me réfère pour connaître, expliquer et comprendre ou qui m’interrogent et pénètrent ma pratique, sont éclectiques.
Ce qui ne veut pas dire que je n’aie pas de sources privilégiées, ni que je ne sois attentif à ce que mes rapports aux différents référentiels soient aussi rigoureux que possible.
A ce sujet je tiens à préciser la place privilégiée que je fais au mode de pensée de personnage tel que J.Lacan,D.W. Winicott , M.Jones,E. H. Erikson.
Pour ce dernier, la tendance “de toujours partir d’observations empiriques pour arriver à formuler ses concepts cliniques par voies de généralisations inductives offre un intérêt tout particulier à l’éducateur clinicien.
En effet, la méthode d’observation engagée est celle qui lui est le plus accessible ; c’est celle qu’il emploie de préférence pour approfondir l’étude des phénomènes observés.” (5)
Je reste bien entendu conscient de ma part de subjectivité et ne prétend pas décrire dans ces lignes la réalité mais, plus modestement, rendre compte de l’observation et de l’analyse que j’en fais, avec les moyens que j’ai.
Je constate qu’ en définitive pour ce qui concerne mon travail qu’il vaut mieux savoir élaborer hypotèses plutôt que de croire en des certitudes.
Mise au point
Quand je considére la complexité des données sociales actuelles, la diversité des interventions qu’elles ont suscitées, interventions qui se sont développées et partagées de plus en plus ces deux dernières décennies entre différents intervenants, j’éprouve le besoin de redéfinir clairement et d’affirmer ce qui fait la particularité des éducateurs spécialisés.
Dans ce sens cet article est une tentative de rappeler, en quoi et comment, l’éducation spécialisée est un métier.
Ceci dit, ces lignes ne se veulent pas corporatistes dans le sens tâtillon du terme. Si elles font émerger des différences et prennent position par rapport aux autres professionnels c’est qu’elles sont recherche, voire affirmation d’identité professionnelle mais en aucun cas rejet !
Interrogations
Depuis les années cinquante qui marquent les débuts de ce qui allait évoluer vers l’éducation spécialisée telle que nous la connaissons aujourd’hui, les éducateurs ont toujours été intrigués par leur identité.
Sujet inépuisable puisqu’il est, bien que parfois sous des formes larvées, aujourd’hui encore au centre du débat quand il s’agit d’éducation spécialisée. Les interrogations que l’on entend venant du monde extra-professionnel ou alors de professions voisines, quand ce n’est pas d’une direction voire des éducateurs eux-mêmes et que je pourrai résumer par, “à quoi servent ces éducateurs ?” expriment bien le doute ressenti face à notre identité professionnelle.
Questions heureusement sans réponse définitive, ai-je pensé longtemps, à la suite d’auteurs comme M. Lemay (6), puisque cette interrogation continuelle est un moteur du renouvellement professionnel. Celle-ci devrait permettre de mieux cerner les demandes et les besoins et d’imaginer des réponses adaptées, tant aux individus qu’à l’époque.
Je partage d’ailleurs aujourd’hui encore cette opinion que notre métier nécessite un questionnement constant. Cependant je crois aussi que ce renouvellement ne peut se produire et, c’est là une condition indispensable, que si des pistes de réflexions, voire des amorces de réponses naissent des éducateurs eux- mêmes.
Il ne s’agit pas qu’elles soient définitives, mais qu’elles engagent dans un processus et qu’elles créent une dynamique de recherche qui soit propre à notre profession et ce, au delà des clivages institutionnels.
Dans une perspective pluridisciplinaire, les éducateurs ont autant que d’autres à se servir d’outils d’observation et de moyens d’analyse.
Ceux-ci peuvent leur permettre d’être les concepteurs et les organisateurs d’un milieu de vie évolutif tenant compte des pathologies, des besoins et des possibilités des usagés et ce, d’autant plus qu’ils ont à en être les principaux animateurs.
“L’organisation d’un milieu, pensé en fonction des possibilités du jeune, relève essentiellement de la profession d’éducateurs spécialisés et de psycho-éducateurs”. (7) Je sais que, bien souvent dans la pratique, nous sommes encore loin de cet idéal. Notre problème actuel semblant être, plus prosaïquement, de faire admettre qu’il n’est pas normal, par exemple, qu’un éducateur travaille seul avec cinq enfants pendant quatre jours, comme cela se pratique dans certains foyers.
De même, à mon avis, on ne peut pas travailler seul le soir avec sept enfants sans qu’il y ait une baisse dans la qualité de la prise en charge. J’invite n’importe quel décideur qui penserait le contraire à tenter l’expérience et à expliquer ensuite en quoi son action a été bénéfique aux usagés.
Sérieusement, je pense qu’il est du devoir des éducateurs de définir et de rappeler à quelles conditions minimums, leur travail peut s’exercer dans des conditions satisfaisantes pour les bénéficiaires.
On peut sans doute économiser sur bien de choses. Cela, je n’en disconviens pas, peut être nécessaire. Je doute cependant qu’à long terme, il soit bon de le faire sur la qualité de la présence auprès des usagés !
Etonnement
J’ai toujours été surpris de constater que, le plus souvent, ce sont des personnes d’autres professions ou alors d’ex-éducateurs, qui tentent de définir notre identité professionnelle.( Force m’est de constatr que cela est aussi mon cas aujour’ hui)
Loin de négliger les apports pertinents d’auteurs comme Lemay déjà nommé ou Fustier (pour ne citer que les plus connus), dont je nourris par ailleurs ma réflexion, je ne peux cependant faire l’économie d’un questionnement face à ce constat.
Pendant longtemps j’ai cru, ou fait semblant de croire, que les éducateurs eux, n’avaient pas de temps à consacrer à des réflexions globales concernant leur métier, occupés qu’ils étaient par la confrontation à la réalité du terrain. Je nous suis excusés au nom d’un individualisme que j’entends encore brandir comme l’étendard d’une pseudo-identité. S’il s’agit là, comme on feint de l’admettre, d’un marquage d’appartenance, il ne marque à mon avis, bien souvent que des places vides.
Aujourd’hui, ces explications ne me satisfont plus qu’à moitié et force m’est de remarquer, au travers de mes différents contacts professionnels que les éducateurs n’ont que peu de capacités ou d’envies pour conceptualiser leur métier. Chaque éducateur, ou presque, identifiant quasi exclusivement sa profession à la pratique qu’il a dans son lieu de travail.

Identités
Cette identification de son identité professionnelle à sa pratique dans l’institution, si elle est partiellement normale quand elle dénote un désir de perfectionnement en vue d’une adaptabilité à des conditions et à une clientèle particulière, devient préjudiciable si elle n’est pas contre-balancée par, mais confondue avec l’identité professionnelle.
Cette dernière pouvant être définie comme ce qui, sensément, appartient en commun et en propre à tous les éducateurs.
Le perfectionnement, si nécessaire soit-il, ne doit pas non plus être confondu avec la formation qui lui est antérieure et qui, étant commune, devrait en premier lieu être un ferment constitutif de l’identité professionnelle.
L’identification à la pratique institutionnelle peut être, je n’en disconviens pas, enrichissante mais elle est, aussi et surtout, très sécurisante voire valorisante pour l’éducateur spécialisé. Particulièrement, quand paradoxalement, elle le “spécialise” en lui donnant accès à des connaissances ou à des techniques d’interventions qui sont le propre de l’institution, ou d’autres intervenants.
Encore une fois, la chose n’est pas condamnable en soi, mais reste à mes yeux suspecte lorsque cette “spécialisation” vient uniquement de ce que l’éducateur reçoit de l’institution et non de ce que l’éducateur apporte à l’institution de sa spécificité. C’est-à-dire, une manière d’observer, de concevoir, de conceptualiser et d’agir qui soit propre à sa profession. L’éducateur se trouve ainsi redevable à d’autres, de la reconnaissance de ses compétences et capacités en tant qu’appartenant à un corps professionnel qui n’est pas vraiment reconnu d’emblée comme tel.
Je pourrais tenter de faire saisir la différence qu’il y a entre identification de l’éducateur à sa pratique ou identité professionnelle comme suit: l’identification à sa pratique institutionnelle dans ce qu’elle a de pervers, se manifeste quand c’est l’institution qui définit, de manière unilatérale, le rôle de l’éducateur auprès des usagés. S’il accepte de travailler ainsi sans recul ni références professionnelles extérieures, l’éducateur se situe alors davantage en agent de l’institution que comme accompagnant des usagés ce qui devrait pourtant être sa fonction première.
Sans recul nécessaire et ce, quel que soit le bien-fondé, apparent ou réel, des tâches qu’on lui demande d’accomplir, il court le risque de passer à côté de sa tâche principale.
La position prenant en compte l’identité professionnelle demande qu’un éducateur participe à la reflexion et à l’élaboration du projet d’accompagnement du client. Dans ce sens, il fait benéficier l’institution de ses connaissance, de son éthique et de sa réflexion. Il amène, ce faisant, une spécificité “éducateur spécialisé” dans l’institution.
Les références extérieures servant de miroir à nos pratiques respectives, doivent être recherchées dans une identité professionnelle indépendante de l’institution et seule garante, en dernier ressort, de l’éthique et de la prise de distance nécessaire à l’accomplissement de notre travail.
Cette confusion entre identité institutionnelle et identité professionnelle isole les éducateurs et tend à leur faire croire qu’il y a entre eux une sorte de hiérarchie, les éducateurs travaillant dans l’une ou l’autre institution ou avec une clientèle plutôt qu’une autre regardant parfois leurs collègues avec une certaine condescendance.
Je comprends qu’il soit rassurant d’inscrire son action en référence à une ligne pédagogique émanant “d’instances supérieures” et ce, d’autant plus, si cela donne un sentiment d’appartenance qui manque bien souvent. Que l’on ne s’étonne pas dans ce cas d’être considéré la plupart du temps comme de simples exécutants.
“Le métier d’éducateur place les agents qui l’assument dans une position de soumission et de concurrence face aux titulaires des positions dominantes dans le champ. L’éducateur est considéré comme celui qui exécute les tâches du bas de l’échelle et qui mérite respect, dans la mesure où il participe à cette oeuvre pénible, mais valorisante, qui requiert de la générosité. Les éducateurs sont classés à partir des caractéristiques de vocation, de don, de qualités extraordinaires, etc.” (8)
Loin de moi, cependant, l’idée de vouloir des éducateurs tous pareils. Je pense simplement que nos particularités s’inscrivent déjà naturellement dans nos identités personnelles, en deçà et au delà du métier que nous exerçons. Je pense aussi que, s’il est toujours primordial pour exercer cette profession de s’interroger sur son identité personnelle, nous ne devons pas rester, en ce qui concerne nos références professionnelles, face à nous-mêmes et face à l’extérieur, un simple décompte d’individualité. A l’inverse, ces lignes se voudraient tentative de rassembler ce qui est épars.
Ne nous interrogons-nous pas depuis assez longtemps sur l’identité de l’ éducateur pour pouvoir nous interroger maintenant sur l’identité des éducateurs ?
Incertitudes
Ne nous y trompons pas, c’est nous qui devons amener l’identité “éducateur spécialisé” (pour peu que nous nous en reconaissions une) dans nos pratiques respectives et non des employeurs qui doivent nous donner une identité, en fonction de leur vision et de leurs besoins sinon...!
Que change l’employeur et change l’identité et, avec elle, la façon de travailler. De même, la différence des clientèles avec lesquelles nous travaillons, n’est pas constitutive de notre identité professionnelle, elle n’est constitutive que de l’identité de l’organisme ou de l’institution qui nous emploie.
Ma perception est que les éducateurs ont du mal à se reconnaître entre eux comme des pairs et ce, parce qu’ils ne sont sûrs ni de leurs compétences ni de leur spécificité. Ils agissent comme s’ils n’étaient pas convaincus du bien-fondé de leur rôle ou comme s’ils usurpaient une place et n’étaient donc pas certain de la légitimité de leur action en tant que corps professionnel, quand bien même ils la justifient dans leurs actions ponctuelles !
Comment expliquer, sinon la facilité avec laquelle ils laissent généralement à d’autres le soin de réfléchir et de définir leur métier, ou pire, de leur dicter leurs actes professionnels, ce qui d’ailleurs ne déplait pas aux dits-autres. Déjà bien contents, dirait-on, qu’on les juge aptes à exécuter les directives, quasi mythiques, édictées par des spécialistes, détenteurs à leurs yeux de je ne sais quel savoir extraordinaire et qui attendent plus des éducateurs une observance des consignes qu’une véritable réflexion.
Combien de fois ai-je entendu par exemple des éducateurs demander conseil à des “psys” sur la manière de s’y prendre concrètement avec un enfant dans un groupe ? Ils semblent oublier que ces spécialistes n’ont pas à répondre à ce genre d’interrogations.
En effet leur apport doit se situer, selon moi, au niveau explicatif, par exemple d’un comportement compris dans la perspective de leur discipline. La réflexion sur la manière d’être dans la pratique appartient en dernier ressort aux éducateurs et non aux ” psys” qui n’ayant pas la charge d’assumer la vie quotidienne ne sont que peu confrontés à cette réalité.
Il faut dire que souvent l’éducateur n’est reconnu par les autres que dans la mesure ou on le fige dans des motivations vocationnelles. Il peut être, dans ce cas, celui qui arrange, parce que son “dévouement” est sa récompense et qu’ainsi, il accepte les tâches que la compétence des autres leur interdisent d’accomplir.
J’ai bien le sentiment que c’est dans ce rôle unique que l’on voudrait nous cantonner, faisant l’économie des autres dimensions de notre action.
“Les experts se plaignent autant de l’éducateur trop informé, que de celui qui ne l’est pas assez. Ils ont en effet tendance à exiger des éducateurs une connaissance minimale de la psychiatrie, de la psychologie, voire de la législation, cette connaissance devant permettre une utilisation rationnelle de ces savoirs. Mais en même temps, ils s’inquiètent de voir l’éducateur s’approprier ce savoir, car ce qu’ils attendent de lui, c’est précisément qu’il forme et reste conforme”.(9)
Je crois que notre fonction, si peu définie et qu’il convient à tant de personnes de garder en l’état, commence à prendre un sens si nous profitons justement de cette absence de définition pour caractériser notre action et partant, notre profession par nous-mêmes.
Les “généralistes” que nous sommes et que l’on nous demande en coulisse de rester, effraient dans un monde où l’on spécialise, donc où l’on fragmente à l’extrême toutes les interventions.
Filiation.
L’être humain dépend d’une histoire familiale et sociale, avant que d’avoir son histoire propre. Cette histoire propre devra, bon gré mal gré, s’insérer dans cette autre histoire, l’influençant et étant influencé par elle. C’est ainsi qu’il cherchera consciemment, ou non, sa place !
L’éducation spécialisée instituée en tant que métier reconnu, a elle aussi son histoire propre qui dépend d’une histoire plus ancienne et plus générale, avec laquelle elle est en interdépendance.
Dans notre société, c’est le repérage et l’appropriation de ce processus qui légitimise la filiation et permet l’évolution. “C’est dans la mesure où une société, un groupe social, un individu a une histoire, qu’il est porteur d’identité”.(10)
C’est l’acceptation de cet héritage avec ses zones d’ombre qui permet de connaître et, partant, de comprendre le présent et ses enjeux. En cela, l’aventure des sociétés, des institutions et celle des hommes, n’est guère différente.
“L’opposition entre la psychologie individuelle et la psychologie sociale, ou la psychologie des foules qui peut bien à première vue nous paraître très importante perd beaucoup de son acuité lorsque on l’examine de plus près”.
(11) (Ce qui ne veut pas dire, qu’une position comme celle de l’éducateur qui doit prendre en compte des données individuelles et des données sociales est simple. La suite de ce texte rendra, je l’espère, cette précision superflue.)
Si l’éducation spécialisée peut, d’une part, se réclamer de précurseurs tels que Pestalozzi, Rousseau, Tolstoï et bien d’autres qui furent pédagogues dans le sens large du terme. Si ces pionniers, qu’ils aient été praticiens ou théoriciens, géniaux ou non, sont, en quelque sorte, des pères fondateurs de notre métier et de quelques autres, il ne faudrait pas oublier cependant que c’est la charité chrétienne d’abord, puis publique, laïcité oblige, avec tout son cortège d’âmes bien pensantes, de vocations et d’hospices, sans parler des prisons, qui a porté notre profession sur les fonds baptismaux.
Ce rappel me parait un préambule nécessaire à toute recherche d’identité concernant les éducateurs, car c’est là que sont nos vraies origines.

Pionniers
Les premiers éducateurs modernes, juste après la guerre, souvent inspirés par le scoutisme, étaient animés du feu sacré. Ils croyaient à leur mission, ils avaient la vocation.
Souvenons-nous du succès de “Chien perdu sans collier” le roman de Gilbert Cesbron.
Loin de moi l’idée de rire ou même de sourire de ces précurseurs qui ont dû inventer dans des circonstances parfois tragiques, des moyens d’accueillir et d’accompagner ceux que les mouvements de l’histoire, ou d’une histoire, avaient laissés sur le bord des routes.
Bien sûr, avec le recul, des zones plus sombres apparaissent et il serait facile de se tenir à l’écart en se bornand à de juger. Pour ma part, ce n’est pas cet esprit qui m’anime, j’essaye simplement de me remémorer, de décrire, d’éprouver et d’accepter ce que réveille en moi ce que je considère comme la genèse de ma profession.
Héritage
La philosophie, la vertu, la charité, le dévouement, mais aussi la fermeté, l’intransigence, l’injustice et le dressage des mauvais sujets, sont antérieurs à la compréhension psychologique.
Dans cette optique l’on comprendra que c’est de l’âge du sujet qu’il dépendait que l’action envisagée pour lui, soit, il y a peu de temps encore, de l’ordre du dressage ou du redressage. La différence se situant souvent au niveau de la sévérité nécessaire à déployer pour empêcher toutes velléités de désobéissance, donc d’indépendance, chez des sujets dont les tendances naturelles ne pouvaient être que vicieuses.
La répression, de ce que l’on appelait alors des mauvais instincts, s’exerçait en toute bonne conscience. L’éducation consistait à faire respecter, de gré ou de force, les règles et la tradition.
“L’autre principe, c’est celui de la carotte et du bâton, la manipulation. C’est sur ces deux fondements que repose la machine répressive-éducative, elle fonctionne toujours, transformant de temps à autre de vrais révoltés en laquais soumis.
Il y a quelques années, on disait au “jeune délinquant” ou “cas social” : “ tu es une merde, tu finiras au pénitencier”. Aujourd’hui, avec le progrès, l’emballage a changé, les gifles se font rares, le ton paternaliste, “tu as fait des bêtises, mais si tu nous écoutes un peu, ça s’arrangera, commences un bel apprentissage, etc..”.
Les moyens ont changé mais le but reste le même. Il s’agit de récupérer à tout prix les déviants, de les réinsérer tant bien que mal en leur expliquant bien qu’ils ne bénéficient que de faveurs et non de droits”.(12)
Ne nous y trompons pas, c’est encore cette mission que nous sommes sensés, le plus souvent, remplir aux yeux du public, lequel nous ressent, au mieux comme des substituts parentaux, au pire comme des gardiens protégeant la société de toutes espèces de déviants.
Dernièrement encore dans une soirée, un gardien de prison, fort sympathique au demeurant, ne me disait-il pas que dans le fond, nous exercions le même métier ! Au risque de choquer, n’est-il parfois pas légitime de se demander jusqu’à quel point il n’a pas raison ? Ou en tout cas, d’être au clair sur ce pourquoi il a tort ! Pour ma part, je ne me suis pas senti le droit de lui contester une éventuelle action éducative envers ses pensionnaires. Pas plus d’ailleurs, que je ne pensais pouvoir me dédouaner en ce qui concerne des aspects plus punitifs de certaines interventions éducatives.
Comme je le rappelais plus haut, nous sommes aussi les héritiers des associations charitables qui s’occupaient d’enfants trouvés, que l’on pensait perdus et qu’il s’agissait, en bonne logique, de remettre sur le droit chemin.
Voilà, en résumé, comment la bonne société maintenait une bonne société bien cloisonnée, bien patriarcale. Cela avait le mérite d’être simple et appliquable, tant dans la famille par les parents, que dans les institutions par des personnes qui se sentaient la vocation de s’occuper de ces petits malheureux qui, pensait-on souvent, devaient expier sans doute les péchés de leurs géniteurs.
Le temps passant et les mentalités (du moins en surface) évoluant, la tension, quand elle existe, se focalise aujourd’hui encore dans le public et parfois même chez les professionnels entre éduquer ou rééduquer, l’aspect menaçant du deuxième terme ne laissant généralement rien augurer de bon. Malgré les euphémismes, l’éternel dilemne entre aider ou punir est toujours d’actualité dans pratiquement toute les sphères d’activités des éducateurs.
Fantômes
Quand on parle d’éducateur, de nos jours encore pour certains, le spectre de la maison de correction chère à nos parents, n’est pas si loin.
Etait-il si mauvais, pensent d’aucuns, le temps où l’on corrigeait, dans tous les sens du terme, pour obtenir des enfants empreints justement de cette correction qui les faisait se tenir sagement et humblement à leur place ?
Personne n’imaginait, ou alors quelques précurseurs passant, je pense, pour des illuminés, que plus tard, les traces de certaines de ces corrections s’appelleraient des preuves de sévices et pourraient mener leurs auteurs devant les tribunaux !
Ceci étant dit, on aurait tort de penser que nous soyons, la connaissance psychologique aidant et la raclée tendant à disparaître, délivrés de tout problème déontologique touchant à l’exercice de la profession.
Bien au contraire, le savoir et la connaissance nous ayant éloignés de la position confortable, inhérent d’habitude à la position dualiste, nous ne sommes que plus livrés à nous-mêmes pour penser l’éthique qui doit régir notre action professionnelle.
Notre profession n’est pas neutre, elle nous engage, que nous le voulions ou non, souvent même au delà de ce que nous pensons.
Que l’on y réfléchisse bien, sauf à perdre son identité professionnelle, jamais un éducateur ne pourra être excusé, dès lors qu’il s’agit de rapports humains par ces mots chers aux fonctionnaires de tout poils, “j’ai obéi aux ordres venu d’en haut”.
Charité, répression, c’est donc dans les forces et les faiblesses de cette double filiation qu’il faut chercher les prémisses d’une identité professionnelle.
Si Freud et ses successeurs de toutes tendances ont ouvert des perspectives nouvelles aux continuateurs des penseurs de la pédagogie et de l’action sociale, nous ne devons pas oublier que l’analyse moderne du cas et la distance éducative et thérapeutique ne nous protège pas de l’invariance des sentiments et des motivations. Ainsi l’ombre des soeurs de charité, si cher à Saint-Vincent-de-Paul, n’est jamais très loin, pas plus d’ailleurs que celle des maisons de redressement. Le tout se mélangeant dans l’histoire de nos origines.
Ne serait-ce pas, pour une part, ces ombres qui planeraient sur la profession d’éducateurs spécialisés et qui nous feraient tellement nous interroger sur notre identité ? Donc nos origines et, partant, sur notre légitimité ! L’inconscient “collectif ” des éducateurs leur jouerait-il des tours ?
Pourquoi n’existerait-il pas dans les professions et plus particulièrement dans celle-là, à l’exemple de ce que l’on trouve dans les familles, des fantômes transgénérationnels qui réclameraient du présent les comptes du passé ? (13)
Est-il permis de postuler que, faute de se pencher sérieusement sur son passé et de rendre à chacun, selon son dû, l’éducation spécialisée en tant que profession est condamnée à ne pouvoir dépasser l’ambivalence qu’elle ressent face à ses origines ?
Tout éducateur ne se doit-il pas à un moment ou l’ autre de son parcour professionnel de répondre à ces questions?
En s’éloignant de l’appel, de la mission, du dévouement, ceux qui se sont voulu techniciens de l’éducation ont perdu la foi et ne se sont plus senti protégés et justifiés à leurs propres yeux par cette aura charismatique qui les persuadait qu’ils étaient détenteurs de la vérité, même la main levée et les clés du cachot à la ceinture. Alors, la légitimité de la position d’autorité justifiée par un ordre supérieur s’effondrant, sont apparues les questions et les remises en question.
Il n’y a plus le malheur s’incarnant dans les êtres comme une espèce d’entité intemporelle traversant les siècles d’un univers aussi dualiste qu’immuable, auquel répondrait la charité se servant des hommes de bonne volonté. Ces derniers se dévouant généreusement, les autres recevant modestement et disant merci ! Mais tous restant acteurs, presque spectateurs, d’une pièce dont le metteur en scène plus ou moins inconnu était sensé connaître la fin et assumer en définitive la responsabilité. Croyant ou laïc, la différence n’est ici que de pure forme.
Voilà qu’en lieu et place du théâtre classique apparaît une sorte de théâtre de l’improvisation où l’action devient interaction et où il faut tenir compte de l’autre autant qu’il est important que l’autre tienne compte de moi.
Ce n’est plus au malheur majuscule qu’il faut faire face, mais plus modestement à une personne malheureuse dans un contexte social et à une époque donnée. La différence est énorme dans la forme et c’est ce qui m’intéresse ici, parce que dans le fond... Mais ceci c’est une autre histoire....!
Paradoxe
D’emblée, quand on parle d’éducateur (en latin educare, de ducere : conduire), la confusion n’est pas loin tant cette appellation peut convenir à un grand nombre de personnes. Les parents naturellement, mais aussi les enseignants, les maîtres, les professeurs sont des éducateurs.
La différences réside dans le fait que, si les autres professionnels exercent une action éducative, c’est au travers d’une médiation, elle-même définie comme plus ou moins scientifique, affichée comme première justification de la rencontre.
Les éducateurs, comme les parents, sont privés de cette justification de leur action. Mais si les parents n’ont pas à chercher une raison d’être avec leur enfant (les liens du sang justifiant, à tort ou à raison dans notre société, leur relation), il n’en va pas de même pour les éducateurs.Ces derniers sont dans la situation de rencontrer des enfants, ou d’ailleurs d’autres usagés, dans un but si général et défini de manière si floue, qu’il paraît impossible de le conceptualiser de manière à asseoir une science qui leur soit propre. Science étant ici entendue autant comme une connaissance exacte et approfondie, que comme le savoir-faire que donne cette connaissance.
L’incapacité pathétique dans laquelle se trouvent les éducateurs de conceptualiser et de systématiser (hors travail particulier) leurs actes professionnels, ainsi que d’en mesurer les effets, les coupe encore plus de la possibilité de s’auto-reconnaître.
Education
En plus du sens étymologique donné plus haut, je voudrai avant d’aller plus loin, définir de manière un peu plus précise le terme éducation. Quand on parle d’éducation on entend, en général, l’ensemble des moyens et des méthodes mis en oeuvre de tout temps et dans toutes les sociétés par des adultes pour transmettre aux enfants, leurs croyances, leurs coutumes et leurs savoirs. Il s’agit souvent, pour parler concrètement, d’actions exercées par des adultes dans le but de former, enseigner et développer l’enfant. La finalité de ces démarche étant de permettre le plus rapidement possible une intégration du sujet à la société.
On peut d’emblée discerner deux tendances générale de l’éducation. La première, qui a été largement répandu tant au fil des siècles que sur la planète consiste à imposer, le plus souvent de force, de l’extérieur et au non du bon droit ce que l’adulte pense “être juste”. C’est évidemment pour “le bien de l’enfant” que ce genre d’éducation, souvent punitive, vise avant tout à le rendre conforme.
Dans cette optique, l’enfant apprend à reproduire, il doit se plier à la volonté de l’adulte qui se remet généralement peu en question. A l’heure actuelle cette éducation existe, encore un peu partout, ouvertement ou sous des formes larvées. Elle aurait, la dureté des temps aidant, tendance à gagner à nouveau du terrain et ce, même, en occident où il n’y a du reste pas si longtemps que la correction ne fait plus partie officiellement des moyens éducatifs.
La seconde vision essaie de favoriser l’épanouissement de la personne entière, elle cherche à aider la personnalité de chacun à se construire. Pour cela, elle donne une place à la spontanéité et à la créativité personnelle. Elle s’appuie sur les tendances naturelles d’un sujet à grandir et à se développer faisant alliance premièrement avec les aspects positifs du sujet pour se pencher ensuite sur les zones plus sombre. Elle se préoccupe de la globalité de l’être et des aspects tant affectifs, sociaux que cognitifs. Elle présuppose un partenariat qui tient compte de la différence. Son but est de préparer l’enfant afin qu’il puisse faire face à l’imprévisible de la vie.
Ce dernier objectif va dans le sens de la Déclaration universel des Droits de l’Homme adoptée par les Nations Unies. Je donne ici un extrait de l’art. 26 qui nous intéresse tout spécialement : ”L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.”
(Oscillant constament quelque part entre ces deux tendances éducatives, il me faut admettre la vérité suivante : bien que privilégiant et me reconnaissant plutôt du côté du second modèle, je ne peux pas dire que je sois complètement “libéré” des modes d’agir et des croyances du premier. A ce propos, je suis obligé de constater combien ma propre éducation m’a marquée et la facilité avec laquelle je pourrais, si je n’y prenais garde, reproduire ces modes d’intervention. Les contacts que j’ai avec d’autres professionnels m’inclinent à penser que je ne suis pas le seul dans mon cas. Voilà pour ma part une observation qui m’incline à la prudence et m’ incite à la modestie !)
Potentialités
Que cela me plaise ou non, il me faut bien reconnaître que ce métier si nouveau dit-on, n’est nouveau qu’en tant que métier justement.
En effet historiquement, c’est le 3 mai 1954 que débutait la première formation d’éducateurs vaudoise à Lausanne.(14) Tous les humains, ou presque, ont été, sont ou seront éducateurs. En somme, l’éducation est une des plus vieilles nécessités humaines et, à y regarder superficiellement, l’on serait tenté d’affirmer que rien n’est plus “naturel”, ce qui dans un certain sens est vrai. Il faut pourtant ici se garder de faire un amalgame entre naturel et facile.
Si une potentialité à éduquer, comme d’ailleurs à profiter de l’éducation, est inhérente aux mammifères aussi bien qu’à l’humain, l’acquis a pris, dans l’espèce humaine, une telle importance dans les processus de développement par rapport à l’inné, que ce dernier, dépassé en quelque sorte par les événements, ne sait plus vraiment donner des réponses adaptées à la complexité des problèmes soulevés par l’éducation d’un petit d’homme. Là où l’impulsion de l’inné chez le petit animal l’ouvre à un éventail de réponses en somme réduites, de la part d’un adulte limité lui aussi par le peu de possibilités différentes potentiellement mobilisables chez lui, il n’en va pas de même chez l’homme.
Un temps d’imprégnation très long, une maturation lente, un éventail de possibles ouverts par l’inné très large, une extrême sensibilité au milieu et, ce qui ne semble au départ qu’un rapport de quantité, se révèle être un rapport de qualité. (Ces deux termes,quantitatif et qualitatif, bien qu’on les opposent souvent, ne sont pas forcément antinomiques. “Comme l’a dit Héraclite, comme l’on dit aussi les pythagoriciens, comme le répètent et le confirment les physiciens d’aujourd’hui, rien ne sépare, au niveau de l’essentiel, ce que nous nommons quantité de ce que nous nommons qualité. La différence d’ordre qualitatif entre un atome de carbone et un atome d’helium est énorme. Or cette différence qualitative est générée par la différence exclusivement quantitative qui a été perçue intuitivement par les anciens évoqués plus haut”.(15))
Ce “glissement” qui a permis pour les uns ce qu’il est convenu d’appeler un saut évolutif, marque, pour les autres une différence sacrée voulue par un créateur.
Dans les deux cas il y a une donnée qui est fondamentalement constitutive de l’espèce humaine puisqu’à partir de là l’éducation du petit d’homme dépend en grande partie de l’apprentissage. Dès ce moment le problème de l’éducation se pose par le simple fait qu’elle s’assigne des buts et que se faisant, contrarie le vouloir du sujet.
Parce qu’elle est toujours “préparation de l’enfant à...” la position éducative n’est que difficilement séparable de considérations d’ordre philosophique sur le sens et les buts de la vie.
Rupture
En cela qu’elle représente toujours un fait social, on comprendra que l’éducation ne soit généralement pas une action simple et aisée. Elle se complique même d’autant plus que d’une certaine manière, dans le même temps que l’être humain adulte doit apprendre à devenir père et mère, donc éducateur, l’enfant, pour que l’opération réussisse, doit accepter de se laisser éduquer.
Si donc d’un côté les parents éduquent leurs enfants, d’un autre, les enfants façonnent leurs parents. Cette harmonisation entre les différents partenaires, pour être adéquate, devant bien sûr s’inscrire dans une société et dans une époque donnée. Il arrive que ces ajustements s’opèrent, en tout cas en surface, sans même que les acteurs en aient conscience, c’est peut-être pour cela que d’aucuns considèrent la tâche éducative comme naturelle et ne demandant pas tant de réflexion. Mais il suffit de penser aux problèmes que nous pose actuellement l’acculturation pour démontrer que, hélas, le “naturel” des uns, s’il ne s’inscrit pas dans les règles sociales qui marquent le “naturel” des autres, est une source de problèmes d’une grande complexité.
D’autre part, il est évident que parfois et, sans qu’il soit besoin d’évoquer l’acculturation pour bien des raisons qu’il serait trop long d’énumérer ici, les choses ne sont pas si simples.
La rencontre nécessaire entre parents et enfants ne se fait pas, ou mal, ou trop tard. Qui est responsable ? Le père, la mère, l’enfant, le milieu, un handicap ? Là n’est pas pour l’instant notre propos. Je ne puis cependant résister à l’envie de souligner l’importance fondamentale que le milieu joue sur le devenir des petits d’hommes.
Je trouve étonnant la facilité avec laquelle on rit du mythe du bon sauvage cher à Rousseau alors que l’on croit encore si fort à la “graine” bonne ou mauvaise. C’est elle qui donnerait, au départ, un être humain doué ou non de qualité qui feront, irrémédiablement, sa réussite ou son échec.
Moyen commode de justifier, en citant l’exemple de la nature, l’injustuce sociale.
Ne trouve-t-on pas curieux que les mauvaises graines se fassent de plus en plus rares dès lors que l’on est né dans une famille plus haut placé dans l’échelle sociale ?
“L’éducation est ainsi, non seulement une formation, mais une condition nécessaire du développement naturel lui-même. Dire que toute personne humaine a droit à l’éducation, ce n’est pas uniquement suggérer, comme le suppose la psychologie individualiste tributaire du sens commun, que tout individu, assuré par sa nature psychologique d’atteindre un niveau déjà élevé de développement, possède par surcroît le droit de recevoir de la société l’initiation aux traditions culturelles et morales ; c’est, au contraire et beaucoup plus profondément, affirmer que l’individu ne saurait acquérir ses structures mentales les plus essentielles sans un apport extérieur exigeant un certain milieu social de formation et que, à tous les niveaux (à partir des plus élémentaires jusqu’aux plus élevés), le facteur éducatif constitue une condition du développement.” (16)
En somme ce qui est sûr à la lumière de ce texte, c’est que, chez l’homme, est inné la nécessité de passer par l’acquis pour grandir, avec en corrolaire tout ce que cela suppose de relationnel.
Ceci précisé, il n’en reste pas moins que certains enfants et certains parents ne trouvent pas l’harmonie nécessaire à un épanouissement tenant suffisamment compte des besoins de chacun et des données du réel.
Quand cela se produit, des troubles apparaissent plus ou moins tôt, plus ou moins tard, attendant parfois l’âge adulte mais toujours créant une rupture d’équilibre soit entre sujets, soit à l’intérieur des sujets. Suivant la gravité de cette rupture, toute une suite de mesures vont se mettre en place, de la consultation psychologique au traitement ambulatoire, de la logopédie à la classe de développement, en passant par l’atelier protégé, le placement institutionnel, voire la prison si la rupture survient à l’âge adulte et prend la forme de la délinquance.
C’est à partir de là, quand il y a rupture, incompréhension, inacceptation, incommunicabilité, impossibilité et toujours à la suite de quelque chose de douloureux qui ressemble à une crise, que des éducateurs spécialisés interviennent.
Précisions
S’il me paraît important de rappeler cela, ainsi que de préciser que notre action commence au moment ou d’autres se sont avoués ou ont été déclarés impuissants, c’est afin de bien montrer à quel point il est abusif, voire dangereux, de vouloir nous attribuer dans certains cas, le rôle de simples substituts parentaux et de faire semblant, que cela suffira.
Si une situation est si sérieuse qu’elle justifie notre intervention, ce n’est pas pour que nous reproduisions ce qui existait déjà ni que nous nous y substituions mais pour imaginer, mettre en place et animer des conditions de vie et d’échanges thérapeutiques favorisant soit le changement soit la reprise évolutive ou, plus modestement, l’acceptation de ce qui est, mais visant toujours à un mieux-être, acceptable par les partenaires en présence.
La grande erreur serait de penser que l’on peut faire fi du passé et repartir à zéro avec un client.
Je sais qu’il n’y a que peu de professionnels qui préconiseraient ouvertement de telles idées. Je reste cependant surpris de constater combien, inconsciemment en tout cas, elle reste vivante dans les analyse que d’aucuns font des enfants et ce, surtout dans leurs rôles d’élèves.
Pour se faire dans les meilleures conditions possibles, l’intervention devrait être pensée par une équipe de travail libre qui puisse tenir compte de la totalité des besoins de l’usagé et ne pas se laisser fasciner par certains axes de travail seulement.
L’éducation s’ élabore aux carrefour de plusieurs disciplines, psychologie, sociologie, antropologie pour ne sité que celle là. Elle est une approche multi-modale complexe et demande une méfiance toute particulière vis a vis du “gros bon sens “ cher à certain qui devrait perme ttre à les en croire de trouvé des solutions simples aux problèmes là ou il faut plutôt tenté d’ apporter des réponses le plus adéquat possible aux situations.
Dans ce sens l’élaboration et la mise en pratique du travail devraient pouvoir se faire au-delà des clivages corporatistes qui fragmentent et morcellent à l’excès la prise en charge et surtout, à l’abri des directives administratives rigides, internes ou externes.
Ces dernières ne tenant pas toujours compte de la réalité du terrain et décidant à distance, non en fonction des besoins et de la qualité, mais d’une idée directrice générale devant s’appliquer au nom de la rentabilité.
“La mesure de travail est devenue la mesure horaire, la mesure budget, la mesure animation, ce qui signifie que le coté administratif finit par déteindre sur une profession, dont la base vivante reste et doit rester le charisme et la chaleur humaine, l’affectivité. Peut-on déterminer la juste rétribution d’une attache affective? Les horaires, les moments de besoins affectif ne sont pas échelonnables par une idée administrative. Par contre les règlements normatifs, les statuts administratifs, ne peuvent que répondre à ce qui est objectif, c’est-à-dire, salaires, horaires, coûts de la vie, coûts du bâtiment, coûts des installations. Ces mêmes règlements incitent l’institution à de nouvelles justifications qui ont pour base la problématique de l’enfant.
C’est ainsi que le contrôle de l’état est devenu à juste titre un encouragement aux formations de personnes travaillant avec les enfants, un encouragement matériel qui, en même temps, a créé un effet pervers d’uniformisation, de nivellement de ce qui est communément appelé la prise en charge. Cela a laissé la porte ouverte à des notions de réussite, de performance, de rentabilité. Il ne faut pas oublier que, même si les échelles de rétribution l’annulent, l’enfant n’est justement pas un objet et a besoin de moment d’écoute, de confiance, au moment même peut-être où la réglementation ne prévoit pas la présence de son éducateur de référence”.(17)
C’est justement pour tenir compte de l’importance de ces remarques que les institutions ont besoin de souplesse, d’adaptabilité, d’imagination et de créativité. En un mot, elles ont besoin que puissent s’exprimer un professionnalisme permettant de répondre au mieux aux besoins réels des usagés, même si cela demande une certaine polyvalence, bouscule un peu les rôles traditionnellement établis et n’entre pas obligatoirement dans les vues que l’on voudrait nous impose de l’extérieur !
Cette liberté, si elle n’est pas respectée, tend, sous couvert de droit à l’égalité, à uniformiser les prestations que les institutions peuvent offrir, uniformisation préjudiciable en premier lieu aux usagés puisqu’ “uniformisation” est le plus souvent synonyme de nivellement par le bas.
A ce propos, j’aimerai suggérer ici que la véritable égalité, loin de gommer les différences pour ne pas les voir, doit en tenir compte !
On croirait, à entendre parler certains, que c’est l’usagé qui doit être fait pour l’institution et non l’inverse.
C’est dans ce même esprit que l’institution a de plus en plus tendance à être comparée à une entreprise et à être gérée, à tort, comme telle.
Bien sûr, être éducateur ne veut pas dire qu’il ne faille pas tenir compte des données économiques. La conscience de leurs existences et leur prise en compte dans la modélisation de la prise en charge, donne l’échelle de notre conscience du monde environnant.
Le monde