Candidats de choix au burnout

Candidats de choix au burnout

Candidats de choix au burnout

Les indépendants, candidats de choix au burnout

18/10/2012

 

Pour la première fois en Belgique francophone, une enquête universitaire évalue l’état de santé et le stress des indépendants et dirigeants d’entreprises. Elle met particulièrement en évidence trois facteurs de dégradation de la  santé physique et mentale : l’insuffisance du nombre d’heures de sommeil, l’absence d’une activité physique régulière durant les loisirs et l’importance du nombre d’heures travaillées par semaine. Le problème du surpoids est également à épingler, mais seulement chez les hommes.

Peu d’études scientifiques ciblent spécifiquement le stress des dirigeants d’entreprises. C’est tout l’intérêt de celle initiée par le Fonds SMIL et réalisée, à large échelle, par l’Université de Liège sur plus de 1000 indépendants et dirigeants de PME des provinces de Liège et de Luxembourg. L’enquête menée par les Pr Philippe Mairiaux et Isabelle Hansez s’est volontairement élargie à une approche globale de la santé, certains indicateurs de santé pouvant être les signes précurseurs potentiels de situation d’épuisement professionnel, voire de burnout.

Caractéristiques de l’enquête

L’enquête a été menée en avril 2011 en collaboration avec les UCM et les Chambres de la Construction des Provinces de Liège et de Luxembourg. L’analyse statistique a porté sur un échantillon de 1161 répondants.

Quelles entreprises ?

Près de 50% appartiennent au secteur soit de la construction (27,5%) soit du commerce (22%). Pour 84,6%, il s’agit de TPE ou micro-entreprises (0 à 9 travailleurs). 12% sont des indépendants travaillant seul.

Quels dirigeants ?

Les répondants sont en moyenne plus âgés (47,8 ans) et plus souvent de sexe masculin (78,5%) que la population d’affiliés dont ils sont issus. Leur temps de travail est considérable : 37% travaillent plus de 60 heures/semaine et  42% plus de 10 heures/jour ; 29% à peine s’accordent toujours un jour sans travail par semaine.
Du point de vue des modes de vie, 60% des répondants ne pratiquent aucune activité physique régulière durant les loisirs (il faut cependant relativiser car, quelle que soit la catégorie d’âges, la proportion des dirigeants ayant une pratique physique régulière est systématiquement plus importante que celle de la population wallonne !).

La santé des dirigeants

La fréquence des problèmes de santé, perçus ou éprouvés, est systématiquement (beaucoup) plus élevée chez les dirigeants que dans le reste de la population active.

L’état de santé perçu

67,3% des dirigeants considèrent leur santé bonne à très bonne (82% dans l’échantillon belge de l’enquête européenne EWCS) ; 6,6% s’estiment en mauvaise ou en très mauvaise santé  (1,7% seulement dans l’enquête EWCS).

Les problèmes de santé

Les 5 problèmes de santé les plus couramment éprouvés par les dirigeants durant l’année écoulée sont, par ordre décroissant, une fatigue générale (74,7%), des douleurs musculaires (74%), des maux de dos (67,6%), des troubles du sommeil(58,2%) et des maux de tête (47,8%).
Plus d’un tiers des dirigeants sondés (36%) ont été concernés par des problèmes de dépression ou d’anxiété dans l’année écoulée, pour 9% "seulement" dans la population belge !
Le surpoids caractérise aussi les dirigeants, mais ce problème est pour l’essentiel masculin : 58,2% sont en surcharge pondérale (IMC > 25) et 16,1% sont obèses (IMC > 30).

Les causes de stress des dirigeants

La principale cause de stress est la charge de travail (46%), suivie par les charges administratives (43%), les problèmes de trésorerie et d’impayés (36 et 35%) et par la gestion du personnel (34%). Ces causes sont corroborées par les situations-problèmes exprimées directement par les dirigeants, en question ouverte, dans l’enquête.

3 facteurs de risque à surveiller !

L’analyse des variables influençant négativement les indicateurs de santé met en lumière le rôle prépondérant de trois facteurs de risque :

  1. L’insuffisance du nombre d’heures de sommeil : dormir moins de 6 heures par nuit (une réalité pour 21,8% des dirigeants) augmente la probabilité d’un mauvais état de santé perçu, de souffrir de maux de dos, de douleurs musculaires, de maux de tête, d’insomnie et fatigue générale, de présenter un excès de poids. Ce facteur augmente aussi les scores d’épuisement professionnel et de burnout.
  2. L’absence d’une activité physique régulière durant les loisirs engendre des conséquences similaires, mais elle augmente aussi spécifiquement la probabilité de souffrir d’anxiété ou de dépression.
  3. Le nombre d’heures travaillées par semaine : les 37,3% des dirigeants qui déclarent travailler plus de 60 heures par semaine ont une probabilité accrue de souffrir de fatigue et de maux de tête.

Conclusions et recommandations

Pour les auteurs, « les résultats de l’enquête dressent (…) un tableau relativement inquiétant de la santé des dirigeants de PME : ces dirigeants se perçoivent dans un état de santé sensiblement plus défavorable que celui d’un échantillon représentatif de la population des travailleurs belges, et ils présentent une prévalence élevée de problèmes de santé ressentis au cours de l’année écoulée. » Ces problèmes de santé et les situations de stress font des dirigeants d’entreprises des candidats de choix à l’épuisement et au burnout. Un dirigeant sur 5 présente des signes précurseurs de burnout et les données montrent chez eux un score d’épuisement professionnel qui est en moyenne supérieur à celui des cadres d’entreprises. A cet égard, les auteurs mettent cependant en évidence des facteurs motivationnels (en particulier "la passion du travail") qui peuvent jouer un rôle protecteur contre le burnout.
Les auteurs soulignent la nécessité d’entreprendre des actions d’information et de promotion de la santé dans le milieu entrepreneurial. En particulier, ils recommandent aux organisations professionnelles de mener « à la fois une démarche de réflexion avec les entrepreneurs quant aux moyens à mettre en œuvre pour soutenir leur motivation d’entreprendre et une démarche d’information sur les signes précurseurs de l’épuisement professionnel et d’autres troubles de santé. »

Synthèse de l’étude Stress et santé des indépendants : quelles réalités, quelles solutions ?

 

Contact :

Pr Philippe Mairiaux,
ULg, Faculté de Médecine, Ecole de Santé publique, Santé au travail et Education pour la santé (STES),
04 366 25 00 – ph.mairiaux@ulg.ac.be

Pr Isabelle Hansez,
ULg, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education, Valorisation des ressources humaines,
04 366 2092 – ihansez@ulg.ac.be

ULg Presse-Communication,
04 366 52 17 – 0494 57 25 30 – dmoreau@ulg.ac.be

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Commentaires

E K dit J'ai exercé à tous niveaux, aujourd'hui à 50 ans, un bilan amer, je suis une femme. J'ai été harcelée par sup hiérarchiques qui souhaitaient prouver à leurs chefs qu'ils savent virer ( un signe de qualité en fonction publique). Des gens "nuls" au plan de l'humanité qui m'ont amenée à 3 reprises au suicide, heureusement une collège AS du personnel m'a repêchée à chaque fois; Ca aurait ressemblé à un accident, trop dur pour mes enfants petits de voir une maman se suicider, je n'en pouvais plus maux de tête intenses, sentiment de mal être... car on n'aimait pas ce que je représente, je demandais juste à travailler et me donnais à fond dans les projets de service. Trop de vagues, peut être, je venais du privé où la performance est une qualité... Ils m'ont éliminée, je suis sans travail, l'administration contactée sur mon exp présente sur mon cv (trop longue pour l'éliminer) ne manque pas de m'égratigner. Virée au titre d'une "incompétence" alors que mes projets sont poursuivis encore aujourd'hui. Je ne suis rien, juste du "travail" bénévole pour ne pas perdre en technicité, plus d'existence sociale et 3 enfants à élever seule sans revenus alors que je demandais juste à travailler, aider des personnes... Mon travail étant bénévole égal à 0 revenu, je n'ai pas même ces 1700 € avec presque 11 ans d'études sociales et de communication. Ca c'est la réalité, je tente d'en sortir par un Bac plus 5 que je termine, que j'ai du financer avec ... rien, des expédients, une réserve de crédit que je ne pourrais pas éteindre avant longtemps, des enfants à ne pas perturber où il me faut masquer, j'ai - 0.74 centimes d'euros par moi, une moyenne négative et je ne peux plus payer ni loyer ni toutes mes charges. Le diplôme préparé directrice d'établissement médicosocial, j'ai exercé en direction adjte et chef de service mais là plus rien, ... que faire ? Merci d'avoir permis que je m'épanche un peu, mais aucune solution en vue...

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dit il n'y a pas que les chefs qui y sont soumis. je suis infirmiere et je ne sais pas comment je vais aller jusqu'à la retraite. Je suis en train de tomber en depression comme beaucoup maintenant à cause des conditions de travail. Il faut une sante de fer et un bon climat familial pour tenir le coup. J'ai 50 ans je n'ai plus tout çà. Je n'en peux plus. Quand va t'on reconnaitre notre profession et nous permettre de travailler dans de bonnes conditions sans un épuisement total, des menaces permanentes, un manque de repos, des conditions lamentables, plus de travail moins de personnel une dangerosité permanente, et meme pas une reconnaissance financière. Je travaille dans le privé depuis 1987 et je gagne aujourd'hui 1700 euros...

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