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Professionnels en question .....?

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Professionnels en question .....?

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A! u procès d'Angers, qui s'est ouvert le 3 mars, 66 personnes, dont 27 femmes, sont accusées d'avoir abusé de 45 enfants, dont les leurs, et parfois de les avoir prostitués, de 1999 à 2002.

La plupart des accusés étaient suivis pas à pas par les services sociaux et le juge des enfants qui, comme la Fée des lilas, n'ont pas ménagé leurs efforts pour sauver ce qui pouvait l'être de ces familles. Sans éviter la catastrophe. Une institutrice, Josèphe Tibault, a fondu en larmes, le 6 avril, devant la cour : "C'est de me rendre compte que je suis passé à côté de quelque chose."

Karine Hamy, une assistante sociale du conseil général, s'est rendue six fois chez les V., le couple où se donnait rendez-vous le réseau, en les prévenant à chaque fois de ses visites, "par respect de la famille" . "Avez-vous le sentiment d'avoir été instrumentalisée par les V. ?" , a demandé le président. "Aujourd'hui, on peut le dire" , a répondu la jeune femme.

!

"Vous avez dix-neuf ans de métier, vous êtes assistée d'! une psychologue, a rudement demandé un avocat à une éducatrice spécialisée. Vous êtes face à des gens qui ont un QI de 70 et vous êtes manipulée ?"

ESPOIR

Voir dans le procès d'Angers celui des services sociaux n'a cependant pas grand sens. Les magistrats n'ont d'ailleurs pas été beaucoup plus clairvoyants. Lorsqu'un signalement sur Eric J., arrive sur le bureau du juge d'application des peines, la magistrate écrit, en 2001 : "Pour ma part, j'ai toujours considéré qu'une récidive était fortement à craindre sans me douter qu'il pourrait s'en prendre à un bébé." Etrange aveuglement : Eric J. avait déjà été condamné en 1997 pour des attouchements sur dix enfants, dont le sien, et le tribunal avait noté qu'il "n'avait pas hésité à meurtrir de très jeunes enfants dont certains présentent désormais des troubles profonds" .

C'est que le viol de ses propres enfants, même pour des professionnels, est a priori inimaginab! le. Les services sociaux, c'est leur vocation, cherchent à reconstruire la cellule familiale. "Plus qu'avec les autres, on a voulu contractualiser avec la famille V., a expliqué Mme Hamy. C'est un travail laborieux, oui, mais il y avait un semblant de collaboration avec nous. On souhaite que la famille collabore pour éviter le pire, le placement de leur enfant. Ils ont mis tout en oeuvre pour donner le change." Le pire n'est pourtant pas le placement des enfants, mais leur viol. Mais c'est bien le pire pour les accusés, car il signifie cyniquement, dans le cas d'Angers, une perte de jouissance et une perte de revenu, outre la stigmatisation sociale.

Mais tant qu'il reste un espoir, les services sociaux s'y accrochent. Le petit Paul a été placé en famille d'accueil en mai 1997, les visites des parents étaient encadrées dans un lieu neutre. Comme ça se passait bien, ils ont obtenu un droit d'hébergement en novembre, et à partir de janvier 1998, le petit de! 4 ans allait seul passer le week-end chez eux. Il a été violé! ou agressé par quatre personnes, dont ses deux parents.

C'est que chacun travaille dans sa sphère. "Il me semble qu'il n'est pas dans mes fonctions de contrôler les autres institutions" , a indiqué Mme Hamy. Gérard Lefebvre, directeur de l'Association angevine de parents d'enfants inadaptés (AAPEI), a écrit que la petite Anne "devait être tenue à distance de sa famille" . Il n'a pas été suivi. "Notre responsabilité, c'est de dire les choses, ce qui nous paraît grave, a indiqué M. Lefebvre. Après, il y a des services très compétents qui prennent les choses en main." La fillette a été abusée par neuf personnes.

"DÉRESPONSABILISATION"

"Absence de politique commune, de coordination des hommes et des moyens, manque de stratégies et de perspectives à long terme, morcellement des compétences territoriales, écrivent Pascal Vivet et Samuel Luret (L'Enfant proie, Le Seuil). Dans certains cas,! l'écart semble un abîme, avec comme conséquence une déresponsabilisation croissante des différents acteurs de la protection de l'enfance."

Le directeur d'assistance éducative en milieu ouvert, dont le service est mandaté pour enquêter sur les enfants en danger, a expliqué que chacun de ses six permanents était chargé de 27 mineurs. "Si on dépasse ce chiffre, a dit Alain Dagnet, nous ne sommes plus sûrs de la qualité du travail. A partir de la trentième mesure ordonnée par le juge, on met en attente." Pendant des mois, le juge des enfants et le service qui a fait le signalement sont prévenus que le dossier n'est pas instruit, même si l'enfant est abusé pendant ce temps. "La responsabilité de la collectivité se tient dans les moyens financiers qu'elle dégage" , a philosophiquement conclu le directeur.


F. J.
Article paru dans l'édition du 06.05.05


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