'Le corporate broking est en pleine ébullition en ce moment. On assiste à
des surenchères des employeurs au niveau des salaires et des bonus garantis
pour retenir leurs salariés', témoigne Guy Davies, managing director du
cabinet de recrutement Hogarth, Davies Lloyd. 'Ce n'est pas une activité
qu'on peut créer du jour au lendemain, il faut au moins deux ou trois ans'.
La rémunération des corporate brokers expérimentés atteint souvent le
million de dollars d'après les chasseurs de têtes. Selon la rumeur, Paul
Baker, l'ancien co-responsable du corporate broking de
Merrill Lynch qui a rejoint Morgan Stanley
en mai, bénéficierait d'un bonus annuel garanti de 2 millions de dollars sur
deux ans. Morgan Stanley a décliné tout commentaire.
Le nombre limité de spécialistes, alors que la demande augmente, provoque
l'inflation des salaires. La vague de recrutement actuelle intervient après
deux ans de suppression de postes dans ce métier, explique Hugo Eddis,
chasseur de têtes chez Whitehead Mann. En avril, Morgan Stanley a monté une
nouvelle équipe de 13 courtiers en quatre semaines seulement. Sept viennent
de
Merrill Lynch, deux du Credit Suisse First
Boston, deux d'UBS, et deux autres ont été recrutés en interne.
Le même mois, Merrill a perdu deux de ses courtiers partis chez Goldman
Sachs. Chris Snoxall a alors été débauché de Morgan Stanley ainsi qu'un
autre courtier d'UBS. UBS a à son tour renforcé son équipe en nommant à la
présidence du corporate broking Jim Renwick, qui était jusqu'alors
responsable des marchés actions européens.
Toute cette agitation autour de ces recrutements tranche avec la discrétion
des contacts entretenus sur le long terme qui est le fondement même de ce
métier.
Citigroup a débauché trois collaborateurs
de l'équipe corporate broking du CSFB en 2002 puis a depuis recruté
discrètement, mais mis à part quelques déferlantes, le corporate broking
fait rarement de vagues.
Le corporate broking n'est pas un concept familier pour les banquiers en
dehors du Royaume Uni. Les entreprises cotées de la Bourse de Londres
engagent généralement de façon permanente un corporate broker qui leur
fournit des conseils et une expertise sur les conditions du marché ainsi que
la performance de leur titre. Un corporate broker peut ainsi être amené à
expliquer à ses clients pourquoi le prix de l'action monte ou encore donner
des conseils sur le moment opportun pour émettre de nouvelles actions.
Ailleurs en Europe cette fonction de corporate broker n'existe pas ou est
imbriquée aux fonctions corporate finance. La volonté des banques d'asseoir
leur assise sur le marché britannique du corporate finance explique leur
appétit actuel pour cette activité. Les relations devenant de plus en plus
importantes, le corporate broking devient de plus en plus exigeant, explique
Charlie Foreman, le co-directeur du corporate broking chez Deutsche Bank,
qui, selon la rumeur, était sur le point de partir chez Morgan Stanley en
avril dernier. 'Les gens ont vite compris que le corporate broking permet de
tisser des liens étroits avec les grandes entreprises britanniques, ce qui
peut déboucher sur des introductions en Bourse ou des mandats de fusions
acquisitions.'
On cherche surtout des brokers expérimentés qui viennent avec leur
portefeuille de clients mais on cherche également des juniors.
Citigroup a publié une annonce il y a
quelques semaines pour un poste d'analyste junior en corporate broking. Les
candidats doivent justifier de deux ans d'expérience sur les marchés ou en
corporate finance, indique l'annonce.
Les corporate brokers doivent combiner plusieurs compétences rarement
associées, indique Eddis: 'ils ont une position atypique dans la mesure où
ils sont chargés d'entretenir et de développer des relations mais aussi de
générer des revenus sur des transactions.'