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La zoothérapie, la présence d'animaux sur les lieux d'intervention, la thérapie, l'équithérapie voilà bien des sujets nouveaux et pourtant d'importance. Vous pourrez découvrir sur cette page l'excellent travail de Fabienne Zufferey sur le chien dans l'institution.

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Le chien d'institution :

Contribution de l'animal dans la prise en charge éducative en institution

Si vous avez une question ou une remarque n'hésitez pas à nous contacter à bientôt, Pierre-Alain Luthi

 Le chien d'institution :

Contribution de l'animal dans la prise en charge éducative en institution

 Travail écrit de réflexion approfondie   lié à l'activité professionnelle

(Formation Adaptée)

 présenté par

  FABIENNE ZUFFEREY    

Je remercie, pour leur participation active dans l'élaboration de ce travail, pour les discussions fructueuses ainsi que pour les observations que j'ai pu réaliser, les filles de La Pommeraie, Madame Christiane Bolanz Favre, directrice du foyer ainsi que mon praticien-formateur Michel Schaer.

Je remercie pour son soutien dans les moments de doute et de découragement ainsi que pour ses remarques critiques mon ami Eric Mariaux, psychologue et assistant social au SPJ (service de protection de la jeunesse) à Lausanne.  

Je remercie également mon père, Georges Zufferey, actuellement à la retraite et ayant mis généreusement du temps à disposition pour une relecture minutieuse de ce travail, ce qui a permis la reddition d'un  ouvrage exempt, je crois, de fautes d'orthographe.

Ainsi qu'un merci chaleureux à toutes celles et tous ceux qui m'ont permis, directement ou indirectement, de développer un intérêt croissant et encore bien actuel pour ce sujet et dont l'énumération ici serait trop longue à réaliser.

 

 

Table des matières

Introduction                                                                            P. 4

Première partie : Observation                                              P. 6

Chapitre premier : L'animal dans l'existence humaine     P.  6

Chapitre II : Première hypothèse : Les quatre fonctions              principales du chien  de compagnie                                                        P.  8

Chapitre III : Deuxième hypothèse : Le chien comme objet de                           décentration  ou comme "moi en miroir"                                     P. 13

Chapitre IV :Troisème hypothèse : L'animal comme occasion de rencontre avec les drames fondamentaux de la vie                                                          P.16

Chapitre V : Quatrième hypothèse : L'animal comme moyen de                       réassurance                                                                                                P. 18

Deuxième partie : Opérationnalité de ce travail : L'introduction d'un chien d'institution à La Pommeraie                                      P. 21

                        Introduction                                                                            P. 21

Annexes       

Introduction

 

Je travaille depuis le 19 avril 1999 à La Pommeraie, un foyer éducatif accueillant des jeunes filles mineures, âgées de 15 à 18 ans, en difficultés psycho-sociales. Les éducateurs, dont je fais partie, ont pour mission de les aider à s'intégrer ou, parfois, à se réintégrer dans le monde socio-professionnel. Pour ce faire, il faut souvent commencer par s'occuper de leurs carences développementales s'exprimant fréquemment par des troubles affectifs ou divers troubles du comportement plus ou moins handicapants. L'environnement chaleureux que nous, équipe éducative épaulée par un homme de maison, nous efforçons de maintenir, notamment par l'entretien d'un jardin potager et fruitier, d'une pelouse, d'un étang et d'un espace intérieur convivial, ainsi que par notre présence bienveillante, devrait leur permettre de se sentir tout d'abord en sécurité mais aussi accueillies et attendues après chaque journée de travail.

 

Participent à cet accueil, bien que je ne l'ai constaté que tardivement, les animaux de la maison. En effet, le foyer a deux chats, Tic-Tac et Dready (rebaptisé par quelques éducateurs Sweety...) et j'amène à chacun de mes services, ou presque, ma chienne Scotie et ce depuis trois ans et demi maintenant. Scotie est une chienne de petite taille, écossaise d'origine, âgée aujourd'hui de quatre ans. Elle occupe une réelle place à La Pommeraie, au point que souvent elle est saluée et accueillie par les filles bien avant moi et parfois bien mieux que moi. Tic-Tac a dû subir récemment une intervention chirurgicale au flanc droit et nécessite des soins quotidiens. Les filles de La Pommeraie, et plus particulièrement deux d'entre elles (sur un groupe de sept  actuellement), nous demandent quotidiennement si les médicaments lui ont été donnés et les soins dispensés. En cas de réponse négative, elles prennent les devants et nous aident dans cette tâche.

 

Ces observations, et d'autres réalisées depuis que j'emmène ma chienne à La Pommeraie, m'ont incitée à me poser des questions sur les bénéfices que peut apporter l'animal, et plus particulièrement dans la suite de cet ouvrage le chien,  à des jeunes parfois si destructurés qu'ils ne parviennent  plus à établir de liens de confiance avec les adultes, voire même de lien tout simplement. Je souhaite, par ce travail, m'interroger d'une part sur la nature du lien humain/animal et la pertinence d'introduire des animaux, et plus particulièrement un chien, dans une institution éducative s'occupant de jeunes filles mineures en difficultés psycho-sociales ainsi que, d'autre part, sur la construction d'un projet d'introduction du chien institutionnel à La Pommeraie.

Pour ce faire, j'envisage, dans une première partie, de réfléchir à la signification implicite ou explicite de 7 observations réalisées depuis le départ de ce travail ainsi qu'à une éventuelle possibilité d'utiliser un chien comme le mien dans la relation éducative. Peut-il réellement apporter une aide à l'éducateur? Et comment? Peut-il  favoriser l'émergence d'émotions enfouies ou étouffées ? A quoi peut-il bien servir dans une institution éducative? Telles sont les principales questions auxquelles devra répondre cette première partie. Elle sera structurée autour des quatre hypothèses découlant des observations sur le terrain que sont : les quatre fonctions principales du chien de compagnie, le chien comme objet de décentration ou comme "moi en miroir", l'animal comme occasion de rencontre avec les drames fondamentaux de la vie et, l'animal comme moyen de réassurance.

 

Une deuxième partie, découlant de ces observations, se consacrera plus spécifiquement à la construction d'un projet d'introduction de chien d'institution à La Pommeraie. En effet, et à la lumière de la première partie, cette deuxième partie devra permettre de se rendre compte très clairement des principales étapes de  ce projet ainsi que des difficultés de parcours. La construction de ce projet permettra de rendre visible le coût effectif de l'animal, tant financier qu'en terme d'investissement humain.

 

Une troisième et dernière partie, qui servira de conclusion, aura comme mission de discuter la pertinence ou non d'introduire un tel chien au foyer. Elle se donnera également comme mission d'expliquer en quoi mon regard sur cette question a changé et quelles autres perspectives ce travail peut ouvrir dans l'exercice du métier d'éducateur spécialisé étant en charge d'une population adolescente en difficultés psycho-sociales.

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Première partie :

Observations

 

Chapitre premier :

L'animal dans l'existence humaine

 

Il est intéressant de relever, en guise d'ouverture à ce travail, que l'animal a existé presque de tous temps aux côtés de l'homme. En effet, les recherches scientifiques ont démontré que la première approche entre le loup (ancêtre du chien) et l'homme remontait à plus de 100'000 ans. Ce dernier, alors appelé Homo sapiens sapiens, se nourrissait déjà de viande grillée. Lui et le loup ont alors passé l'alliance informelle suivante : le loup bénéficie d'une source stable de nourriture constituée par les restes de viande grillée dont se nourrissait l'homme; quant à ce dernier, il bénéficie des compétences du loup pour la chasse et d'un service d'hygiène satisfaisant (en mangeant les restes de viande grillée, il évite leur décomposition et le développement de maladies). Ainsi est née le début de la domestication du loup qui, au cours du développement, a engendré les multiples races de chiens domestiques que nous connaissons aujourd'hui.

 

L'attrait et l'intérêt ancestraux de l'homme pour l'animal se constatent encore aujourd'hui en visitant les grottes de Chauvet, dans l'Ardèche, où des fresques laissées par ces hommes préhistoriques représentent des fusions  entre lui et l'animal.

La revue Nature, 276, 1978, p.608, révèle que les archéologues ont mis à jour, sur un site israélien vieux de 12'000 ans, une sépulture dans laquelle était enterré un enfant entourant de ses bras un chiot.

On peut également lire sur les restes archéologiques des portes de Pompéi l'inscription "Cave canem" ("Attention au chien") qui semble prouver l'existence du chien de garde à cette époque-là. La poésie et la mythologie gréco-romaine regorgent aussi d'illustrations tendant à prouver l'existence du chien dans la vie quotidienne humaine.

Les historiens du Moyen Age ont montré que l'encyclopédie médiévale d'histoire natuelle décrit le chien comme "un animal fidèle, que son amour des humains pousse parfois à donner sa vie pour sauver celle de son maître" (Albert le Grand, L'Homme et les Animaux, De Animalibus in Gail Melson, Les animaux dans la vie des enfants p. 49).

Cependant, du 15ème au 17ème siècle, posséder des animaux de compagnie était considéré comme un culte païen et la personne en possession de tels animaux était condamnée pour sorcellerie. Il fallut attendre le 18ème siècle et ses Lumières pour que l'animal de compagnie soit réhabilité. Ce n'est qu'au siècle suivant qu'il devient le symbole d'une consommation bourgeoise affichée. Si dans un premier temps, le chien avait un statut d'aide aux travaux de la ferme et de la campagne, la révolution industrielle l'a modifié et actuellement, la plupart de nos chiens ont acquis un statut de compagnon, voire de gardien.

 

Actuellement, et d'après les recherches effectuées par Gail Melson dans son ouvrage intitulé "Les animaux dans la vie des enfants", un foyer sur deux en France partage sa vie avec un animal domestique. Selon des observations citées par le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik, neuf millions de chiens seraient dénombrés en France. L'omniprésence des animaux de compagnie dans notre quotidien nous en fait presque oublier leur existence. Si l'importance de l'environnement immédiat est reconnu par (presque) tous les spécialistes du développement de l'enfant, aucun n'a étudié plus en détail leur présence auprès des enfants et leur éventuel impact sur le développement de ceux-ci. Tout au plus s'est-on contenté, comme Freud ou Jung (au travers des tests projectifs), de constater la fréquence d'apparitions des animaux dans les rêves ou les représentations des enfants.

 

L'importance de cette présence justifie à mon avis qu'on s'y arrête un peu plus longuement. La suite de ce travail se propose d'examiner plus en détail les hypothèses énoncées en introduction en se basant  presque qu'exclusivement sur les observations réalisées sur mon lieu de travail entre les filles du foyer et ma chienne Scotie.

Comme énoncé préalablement, ma chienne est de petite taille, très sociable et bien intégrée à La Pommeraie. Je pense qu'il faut garder cela présent à l'esprit pour la suite de la lecture de ce travail. C'est pourquoi je me permets en conclusion à ce chapitre premier d'y introduire une photo de ma chienne.   

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Chapitre II :

Première hypothèse :

Les quatre fonctions principales

du chien de compagnie

 

 

Je me propose de m'arrêter, dans ce chapitre, aux principales fonctions offertes par Scotie dans mon intervention éducative à La Pommeraie. Constatant depuis bientôt quatre ans d'activité dans ce foyer un apport relationnel secourable lorsque la situation semble bloquée ou inattendue, je souhaite, dans ce deuxième chapitre, m'arrêter sur quatre récentes observations afin d'en analyser les bénéfices retirés.

 

"Etre en interaction"

 

Observation : En rentrant de week-end un dimanche de juin 03, Aline est sombre, le visage renfermé, ses yeux évitant mon regard. Elle me salue du bout des lèvres et part dans sa chambre. Je la laisse un moment, puis, inquiète de par son silence prolongé, je me rends vers elle, suivie de Scotie. Elle se trouve dans la petite salle de séjour de la partie réservée aux filles dans la seconde maison du foyer, étendue sur un divan, les yeux au plafond, l'avant-bras gauche replié à moitié sur ses yeux. Elle ne change pas de position à mon arrivée, se contente de me dire d'une voix à la tonalité particulièrement grave qu'elle ne veut voir personne. Scotie pose ses deux pattes avant sur le rebord du  canapé et renifle bruyamment. Aline, alors émue, lui gratouille la tête en disant "Oh, mais c'est Scotie! Comme tu es gentille...", elle l'invite à monter sur le lit, et restant toujours couchée, à venir se coucher sur son ventre. Elle retire alors son bras de ses yeux, et, des deux mains, câline la chienne. Je garde le silence durant toute cette interaction. Aline se met alors à parler à la chienne. lui avouant, les yeux embués de larmes retenues, que parfois elle aimerait bien être à sa place. Scotie lui lèche alors les mains. Aline me parle de son week-end difficile en raison d'une décompensation en cours de sa mère psychotique.

 

Discussion : Les premiers psychosociologues, comme George Herbert Mead (1863-1931) et Charles H. Cooley (1864-1924) ont insisté sur l'importance de l'interaction dans la construction du sentiment de soi de l'enfant ainsi que dans toute la pensée humaine. Ils ne font ici référence bien entendu qu'à l'interaction avec d'autres êtres humains. S'il n'y a pas d'interaction, l'enfant n'apprend pas qu'il existe en tant qu'individu et le sentiment de soi n'émerge par conséquent pas. Si un tel développement n'est fort heureusement guère fréquent dans les premières années de vie, il peut cependant intervenir plus tard. En effet, la personne continue, tout au long de son développement, d'avoir besoin d'interactions pour maintenir le sentiment ainsi que l'envie de continuer d'exister. Parfois, le besoin de se déconnecter avec ce sentiment et cette envie peut survenir si la personne se trouve confrontée à des expériences de vie trop douloureuses. La dépression et le suicide peuvent alors se trouver au bout du chemin. Au regard de son histoire familiale, de son énorme culpabilité à ce propos et de ses mutilations durant son parcours à La Pommeraie, je craignais pour cette jeune fille une telle déconnexion. Mais ma seule présence n'a pas suffi à faire sortir Aline de sa profonde tristesse. Quelque chose d'autre s'est passée entre elle et la chienne, qui lui a permis de sortir de son état de mal-être dans un premier temps, puis d'y mettre par la suite des mots.

Si l'utilisation du chien dans de telles situations n'est pas la panacée, je ne peux, dans le cas présent et au regard d'autres situations similaires,  que constater qu'il peut, dans certains contextes, servir d'intermédiaire secourable à des personnes en détresse. Peut-être que le chien, contrairement à l'adulte humain, arrive libre de toute arrière-pensée ou de "savoir" voire même du jugement au sujet du vécu de la personne, ce qui peut faciliter son acceptation. Il en va de même, et par la force des choses, avec la non divulgation à tout vent de ce que la personne peut lui confier. Le  lien avec l'animal semble par conséquent plus facile, moins compliqué, et répondant, par sa présence intéressée, au désir le plus ardent de toute personne: celui d'un amour pur, inconditionnel, mutuel et permanent. Dans la situation décrite ci-dessus, Aline connaît Scotie depuis trois ans, l'apprécie beaucoup. Et, ce qui a facilité son acceptation, elle se montre extrêmement sociable, allant indifféremment vers tout le monde à la recherche de caresses et d'interactions. Et Aline lui répond habituellement et très régulièrement par moult caresses, bisous et paroles douces. Scotie a permis a Aline de sortir d'une souffrance omniprésente et envahissante à notre arrivée ce qui a provoqué la libération de la parole d'Aline: le lien avec moi a ainsi pu se réactualiser.    

 

 

"Prendre soin de"

 

Observation : Ce jeudi 17 juillet 2003 a été pour moi une journée riche en événements et en émotions, puisque j'ai accompagné Bénédicte et Agnès au poste de police pour une déposition pour agression physique dont elles avaient été victimes aux abords du Montreux Jazz Festival. Leurs dépositions n'en finissaient plus, surtout celle de Bénédicte, souffrant de troubles d'ordre psychotique. Nous avons dû rester plus de quatre heures au poste. Le temps a passé si vite que le soir, au repas, Scotie n'avait toujours pas reçu sa dose quotidienne de croquettes. J'étais si fatiguée que je ne m'en suis pas rendue compte. Florence, jeune fille arrivée à La Pommeraie il y a 8 mois,  me fait alors remarquer que Scotie n'a pas mangé de la journée et me demande si elle est au régime. Il n'y avait plus d'eau non plus dans sa gamelle. Je réponds que j'ai oublié, car cette journée a été trop riche en événements et le temps a passé particulièrement vite. Florence, en me disant qu'elle l'a remarqué, se lève et va remplir les gamelles de Scotie. Puis elle observe que la chienne a particulièrement faim, car elle se jette littéralement sur la nourriture. Une fois son repas terminé, Florence la caresse et se met à lui expliquer que je l'ai un peu oubliée, mais que ce n'est pas comme çà tous les jours. Elle lui demande de me pardonner.

 

Discussion : Selon les éthologues, la néotonie, c'est-à-dire la conservation des caractères physiques et des comportements juvéniles dans l'âge adulte de nos animaux de compagnie, serait un mécanisme apporté par l'évolution et destiné à exciter nos pulsions de protection et de soins. Cette néotonie s'observe, chez le chien, par d'une part la conservation à l'âge adulte des caractères physiques juvéniles suivant: une tête plus grosse et plus ronde par rapport au corps, des yeux plus proéminents, une mâchoire plus courte et des dents plus petites que chez le loup, ancêtre de nos chiens domestiques; ainsi que, d'autre part, par la conservation, à l'âge adulte, des comportements juvéniles de soumission et des demandes d'attention fréquentes. Ces traits s'observent également chez les bébés humains et disparaissent au cours du développement, comme l'a constaté Konrad Lorenz. C'est en se basant sur ces observations et ces similitudes que la biophilie en est venue à émettre l'hypothèse selon laquelle les humains et plus particulièrement les enfants sont intrinsèquement intéressés par les animaux.

 

Ces traits de néotonie s'observent chez Scotie et sont mis encore plus fortement en exergue par sa petite taille ainsi que les toilettages trimestriels nécessaires à son hygiène et accentuant la rondeur de sa tête.

 

L'animal est souvent, au cours de l'enfance et de l'adolescence, le seul objet de soins accepté par notre culture occidentale. Il est en effet jugé intolérable qu'un enfant ou qu'un adolescent puisse prendre en charge, c'est-à-dire être responsable des soins concernant un adulte ou un enfant quant à son hygiène, sa santé, sa nourriture et sa sécurité. Par contre, prodigués à un animal, ces soins deviennent tolérables et parfois même "très bien vus". Si ces soins ne doivent pas être attribués exclusivement à l'enfant, une prise en charge par lui de son animal, sous le regard bienveillant d'un adulte, peut lui offrir l'occasion de s'ouvrir à un autre être vivant ayant des besoins différents des siens.

 

Toutes ces raisons peuvent expliquer l'attention de Florence à l'égard de Scotie, sa bienveillance et les soins qu'elle lui a alors prodigués. Mais également bien plus : en effet, par son comportement à ce moment-là, Florence, en parvenant à remarquer les besoins d'un autre qu'elle-même, me montre qu'elle parvient à sortir de sa souffrance d'enfant maltraitée. De ce fait, elle me montre un début de mieux être personnel.

 

"Apprendre"

 

Observation : Souvent, en arrivant à La Pommeraie, Scotie se précipite sur Dready et s'en suit une longue période de jeux entre les deux animaux. Habituée à ce genre d'ébats et sachant qu'ils ne vont se faire aucun mal, je laisse faire et vaque à mes occupations habituelles. Cependant, ce 18 juin, la scène attire les regards inquiets de trois jeunes filles, Elise, Martine et Esther, qui, ne sachant trop que faire, m'appellent. Je les rassure, mais elles ne sont pas trop convaincues. Nous les regardons faire, la directrice du foyer nous rejoint et nous commentons la scène en direct, relevant minutieusement les indices prouvant qu'il s'agit bien d'un jeu et non d'une agression de Scotie sur Dready : le chat est couché sur le dos, sa queue remue, il en vient même à ronronner (de plaisir). Lui et Scotie s'envoient de petits coups de pattes, se tournent autour, puis le chat sur le dos recommence à jouer de ses pattes avec Scotie, qui essaie d'en prendre une dans sa gueule. Mais ils ne se mordent pas et quand Scotie parvient à saisir la patte du chat, elle y va doucement et relâche aussitôt. Dready pourrait la griffer mais ne le fait pas non plus: ses coups de pattes sont ludiques, car les griffes ne sont jamais sorties. Etc, etc... Et tout le groupe observe avec étonnement. Au bout d'une vingtaine de minutes, Dready se lève, quitte le lieu de jeu et va se percher sur une tablette  de rangement dans le couloir. Scotie s'en va au bureau, sur "sa"  chaise, pour une sieste.

 

Discussion : Pour l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, "les animaux sont bons pour la pensée". L'anthropologue français signifiait par là que les animaux et leurs comportements fonctionnent pour les hommes comme un système symbolique permettant d'identifier les actions et les émotions humaines et de les rendre intelligibles. En regardant Dready et Scotie "se battre", Elise, Martine et Esther donnent du sens au comportement des deux animaux en fonction de leur compréhension humaine de la situation. Puis, avec l'aide des deux éducatrices, elles apprennent à décoder les mouvements corporels, les gestes et les sons des deux animaux pour finalement aboutir à la conclusion que ces deux-là ne se battent pas, mais qu'ils jouent. Les trois jeunes filles font, par l'observation de cette scène, l'apprentissage de la communication non-verbale. Si cet apprentissage se fait correctement au cours du développement, l'adolescent parvient de lui-même à faire une interprétation correcte de cette observation. Mais on peut imaginer qu'un enfant ayant connu un développement perturbé par des difficultés familiales notamment n'ait pas pu faire de manière convenable cet apprentissage. L'observer sur des animaux permettra peut-être d'en affiner également l'observation sur les humains, si on se permet de penser que l'expression des émotions de base que sont la peur, la joie, la surprise et la colère est grosso modo identique chez les animaux et chez les hommes. Gail Melson nous apprend que 10 % des enfants américains ne savent pas décoder correctement le langage non-verbal (Gail Melson, Les animaux dans la vie des enfants, p. 78).

 

Cette observation nous montre également que les trois jeunes filles ont retiré de cette expérience et par leur "ne sachant pas trop que faire" un sens de la responsabilité: faut-il intervenir ou pas pour séparer les deux animaux? Imaginons qu'il eut fallu les séparer. Scotie ayant reçu les bases d'une éducation canine adéquate, les filles auraient appris comment donner un ordre clair et pertinent à la chienne pour que cette dernière obéisse (ce qu'elles ont appris à faire pour quelques-unes dans d'autres circonstances). Elles auraient appris comment agir en pareilles circonstances autrement que par des coups ou des cris. L'animal peut servir de moyen pour apprendre qu'il est possible d'obtenir ce que l'on désire autrement que par la force physique ou par des éclats de voix trop bruyants ou agressifs. En donnant des ordres clairs et appropriés à l'animal, elles apprennent également à réguler les pulsions de pouvoir et de domination habitant toute personne.

 

 

Bien d'autres apprentissages peuvent être faits par l'intermédiaire de l'animal et de sa prise en charge, comme par exemple l'apprentissage du respect de l'animal (ne pas le prendre dans ses bras à la moindre occasion et de façon soudaine), de la responsabilité (le nourrir, le protéger, le soigner, ...), mais nous sortons ici de l'observation décrite ci-dessus, c'est pourquoi nous n'entrerons pas plus loin dans ces autres apprentissages découlant de la possession d'un animal domestique.

 

"Former du lien social"

 

Observation : Le lundi 21 juillet, Esther se propose pour préparer le souper et me demande un coup de main. Nous étions à la cuisine alors qu'arrive Julia. Esther et Julia n'ont pas trouvé de point commun entre elles et s'ignorent pour ainsi dire. Scotie s'amuse avec son copain Dready comme décrit ci-dessus. Julia, croyant bien faire, s'approche vivement des deux animaux et en battant des mains crie "Cà suffit, vous deux! Arrêtez de vous chamailler comme çà". Esther pose son couteau et demande à Julia d'arrêter immédiatement, car ils ne se font aucun mal, ils jouent. S'en suit alors une discussion entre les deux filles sur ce sujet. Esther tente d'expliquer à Julia les signes montrant qu'ils jouent et qu'ils ne se battent pas. J'approuve. La discussion continue un moment sur le sujet, puis Julia s'excuse et invite les deux animaux à recommencer à jouer. Puis elle quitte la cuisine pour aller faire sa lessive.

 

Discussion : Cette observation montre combien Scotie  peut aider deux personnes qui n'ont pas grand chose en commun à entrer en communication et former par là-même du lien social. Julia et Esther n'entraient que rarement en interaction, et  jamais longuement. De plus, Julia considérait Esther comme "bizarre" en raison de ses comportements à dérive psychotique qu'elle ne comprenait pas. Scotie et Dready leur ont donné l'occasion d'échanger à leurs sujets quelques paroles bienveillantes et à former un lien entre elles, aussi bref fut-il.

L'animal, et en particulier le chien de compagnie, a, comme le montre l'observation ci-dessus, un don particulier pour faire se rencontrer deux personnes que rien ne rapproche vraiment. Ne serait-ce qu'autour des soins à lui donner, ou d'une négociation autour d'un comportement ou d'une sortie à lui offrir. Le chien offre également, lors d'une sortie, de multiples occasions de rencontre. En effet, quel(le) propriétaire n'a pas fait l'expérience de se promener seul avec son chien et d'entamer une discussion avec un autre propriétaire de chien? L'animal sert ici de facilitateur social permettant à deux inconnus de se rencontrer ou, dans un groupe comme celui constitué par les jeunes filles de La Pommeraie, permettant à deux filles sans "atomes crochus" d'entrer en interaction à son sujet et peut être de se découvrir des passions communes. Le chien sert de médiateur dans la relation; il permet en effet un échange d'avoir lieu. Ceci s'observe également dans la première observation décrite en ouverture à ce chapitre: Scotie permet à Aline de raconter son week-end et ce qui s'est mal passé pour elle en s'adressant à la chienne tout en sachant que je suis là et que c'est à moi que ces propos s'adressent; grâce à l'animal, le mal-être d'Aline peut s'exprimer et la relation entre elle et moi peut s'établir. Certains auteurs parlent à ce propos de "lubrificateur social" pour qualifier ce rôle de facilitateur de la relation entre deux individus rendu plus aisé par la présence de l'animal. Reste néanmoins que ce rôle de médiateur de la relation peut intervenir de manière tout à fait positive et bénéfique dans la relation éducative, comme le montre ces deux observations.

Chapitre III :

Deuxième hypothèse :

Le chien comme objet de décentration

ou

comme "moi en miroir"

 

Observation

 

Rose est une jeune fille de 18 ans, arrivée à La Pommeraie il y a tout juste 6 mois, et qui a souffert d'énormes carences affectives qui l'ont, suite à de multiples formes de maltraitance, conduite à la rue à 16 ans. Elle a lentement sombré dans diverses drogues et la désinsertion sociale, avant, affirme t-elle, de décider de s'en sortir. Elle a aujourd'hui retrouvé un stage qui va peut-être  l'amener à un apprentissage. Rose réapprend gentiment à La Pommeraie à refaire confiance aux adultes et à réexprimer ses émotions autrement que par des agressions verbales.

Il est 8 heures ce matin du 22 mai 03 quand j'arrive au foyer, dans un état physique défaillant. En effet, légèrement enrhumée et passablement fatiguée,  je tombe dans les pommes sans crier gare depuis trois jours. Rose est à la cuisine avec notre stagiaire, notre homme de maison et une autre jeune fille sur le point de partir à son travail. J'entre à la cuisine, Scotie sur les talons. A peine le seuil de la porte passé que je dois regagner les toilettes jouxtant la cuisine, en proie à de nouveaux vertiges. D'habitude, Scotie fonce vers Rose pour recevoir des caresses et dispenser quelques "lapouilles" (langage adopté par le foyer et caractérisant les coups de langue amicaux de Scotie)  à la jeune fille qui apprécie ce rituel et lui fait moult compliments. Mais ce matin, Scotie ne va pas vers elle, elle me suit et monte la garde devant la porte des toilettes, ignorant les appels de Rose.

Je reviens à la cuisine, encourage la chienne à aller dire bonjour à Rose, ce qu'elle finit par faire après cependant plusieurs nouveaux encouragements de ma part. Rose l'accueille d'un "Ah! Quand même! C'est pas trop tôt!", puis le rituel des caresses et des lapouilles se met en place. Scotie fixe Rose du regard, qui parle alors à la chienne en lui disant qu'elle croyait qu'elle ne l'aimait plus, puis "Ah! Tu aimes çà, les caresses, hein?", suivi de "Tu en as de la chance, toi, de recevoir autant de caresses...", "Mais, oui, tu es gentille!". Elle descend ensuite de sa chaise, se met à quattre pattes, joue un moment avec Scotie. Puis après avoir reçu quelques coups de langue sur le nez, elle part à son travail, un sourire naissant au coin des lèvres.  

 

Discussion : "Dans leur "conquête" du milieu humain, ..., les animaux ont dû avoir la capacité de stimuler et libérer les émotions, affects et phantasmes de l'Homme "en lui faisant croire" qu'ils y adhéraient, c'est-à-dire en déployant des comportements qui touchaient sa sensibilité, ses émotions, son affectivité et ses rêves les plus fous" ( L'enfant et l'animal, les émotions qui libèrent l'intelligence, Hubert Montagner, p. 26). "A contrario, les espèces animales dont les comportements spécifiques ou acquis n'ont pu éveiller et stimuler l'adhésion émotionnelle et affective de l'Homme n'ont pas trouvé la même place auprès de lui" (Op.ci. p. 28). Nous avons vu ci-dessus (chapitre II) et avec l'éthologie que la néotonie pouvait expliquer tout ou partie de l'intérêt que l'être humain apporte au chien. Cela peut une fois de plus s'observer dans la description du cas ci-dessus. Mais ce qui est surtout intéressant de relever ici est l'occasion que donne Scotie à Rose de vivre ce que le psychosociologue Charles H. Cooley a appelé des expériences de "moi en miroir". Il entendait par là que l'enfant construit son identité personnelle, son moi, à partir des qualités reflétées par les yeux des autres. Ces autres étant, pour les psychosociologues de cette génération, des êtres humains exclusivement. Puis les psychologues de la relation d'objet et du moi reprennent cette idée, notamment Heinz Kohut, qui parle des  "expériences d'auto-objet", au nombre de sept, que l'enfant peut faire en vivant une interaction avec d'autres êtres humains. Chacune de ces expériences a une fonction importante dans la construction du moi. Il s'agit donc, pour Heinz Kohut, d'expériences nécessaires à toute personne et plus particulièrement à l'enfant pour qu'il puisse établir et préserver un sens du moi cohésif et équilibré. Je ne citerai ici que trois de ces fonctions qu'il me semble envisageable de transposer dans les relations que l'enfant peut établir avec son chien familier :

 

Il s'agit tout d'abord de la fonction de miroir: la personne se sent reconnue et affirmée dans son existence par le regard porté par autrui. Selon Hubert Montagner (op.ci. p. 118), "les chiens sont en quête permanente du regard des humains. Ils initient et acceptent des contacts oeil à oeil de longue durée, montrent et "démontrent" à tout moment une attention visuelle très soutenue". Si ceci dépend de la race et de l'éducation du chien, c'est particulièrement vrai pour Scotie, qui semble capter le regard dès qu'on lui en offre l'occasion. Toujours selon Hubert Montagner, "Il est en effet fréquent que, dans les interactions oeil à oeil, l'animal ait un regard "agrandi" et "aimanté". Il paraît alors marquer son adhésion aux comportements, émotions, affects, paroles, pensées de l'enfant en développant des comportements affiliatifs lisibles, renouvelés et durables. Par exemple, il lèche le visage ou les mains de l'enfant ... Il peut enchaîner en se mettant sur le flanc ou le dos ..." (op ci. p.119), ce qui s'observe dans la description du cas reporté ci-dessus. "Comme dans la relation avec la ou les personnes d'attachement (père, mère), l'attention visuelle soutenue vis-à-vis des yeux du chien familier fournit aux enfants un "cadre" relationnel, temporel et spatial de repères familiers, a priori sécurisants, en tous cas non insécurisants. ... Il (l'enfant)  a le temps de donner une signification et un sens aux regards et comportements du chien, en tout cas de les interpréter par rapport à ses émotions, à ses affects, à ses pensées dans une interaction non brouillée par les paroles et gesticulations. Son discours montre qu'il se sent considéré comme une personne unique. Il libère son comportement et ses productions langagières" (op.ci. p. 120). En effet, dès que Scotie s'approche de Rose, cette dernière l'accueille avec bienveillance, la caresse, se met à lui parler pour lui exprimer son soulagement d'être aimée par elle. Ses paroles trahissent alors son besoin d'être reconnue, aimée et également son besoin d'attention. Son contentement quand Scotie lui donne enfin son attention se libère alors dans le jeu. Son plaisir est alors évident et elle peut partir travailler avec le sourire.

Les émotions que toute personne peut identifier chez son animal et vivre avec lui sont à mon avis les suivantes : la joie, le plaisir, la surprise, la peur, la colère, la tristesse, le dégoût, la détresse, l'intérêt, la culpabilité, la honte et l'amour. En identifiant ces émotions chez soi et chez l'autre ainsi qu'en les verbalisant ou en apprenant à le faire, la personne développe ce que Daniel Golemann a appelé l'intelligence émotionnelle, qui englobe une perception de la vie intérieure des autres créatures. En projetant sur Scotie des émotions et des sentiments, Rose s'exprime en réalité sur ses propres émotions et ses propres sentiments.  Daniel Golemann a entre  autre montré que dans la communication entre humains, le mode de communication des émotions est non verbal. L'apprentissage de leur identification et leur verbalisation par l'intermédiaire des animaux pourrait faciliter sa transposition sur les êtres-humains, peut-être surtout si l'enfant n'a pas appris à le faire ou n'a pas pu le faire correctement dans son milieu d'origine. Néanmoins, il ne semble pas exister à ce jour d'étude empirique qui se soit penchée sur ce sujet.

 

La deuxième fonction retenue est celle de l'efficacité, c'est-à-dire de se sentir capable de susciter une réaction de la part de l'autre. Nous pouvons constater la satisfaction de Rose quand Scotie répond à ses appels : elle le câline, lui parle, puis quitte sa chaise pour jouer avec elle. Elle s'est probablement sentie valorisée, gratifiée, d'avoir réussi dans son désir de susciter l'intérêt de la chienne. Peut-être même que cela lui a donné un peu plus confiance en elle.

 

Puis finalement, la fonction de vitalisation, c'est-à-dire de sentir que l'autre est en phase avec ses propres émotions. La scène finale, avant le départ au travail, peut nous laisser supposer que ce sentiment-là a été vécu par Rose, ce qui l'a peut-être amenée à modifier son état émotionnel sur le moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre IV :

Troisième hypothèse :

L'animal comme occasion de rencontre

avec les drames fondamentaux de la vie

 

Observation

L'observation décrite ci-dessous a été réalisée il y a une année environ avec la chatte en gestation de La Pommeraie, Tic Tac, animal également interactif par excellence. J'émets l'hypothèse qu'une telle observation peut être réalisée également avec une chienne, ce que je n'ai pas encore pu faire avec Scotie.

Nous étions, un collègue éducateur, la directrice et moi-même en montagne avec une fille et sa famille pour fêter son aniversaire. C'était un dimanche après-midi. Seules deux filles, Adrienne et Lucie, étaient au foyer, avec Tic Tac en fin de gestation. Nous avions emmené le natel de garde de La Pommeraie, pour maintenir un lien sécurisant pour les jeunes filles restées au foyer et pour pouvoir intervenir en cas de besoin. Nous en étions au café quand le téléphone de garde sonne. Au bout du fil, Adrienne, tout excitée et paniquée aussi, car la chatte était en train de mettre bas et elle et Lucie ne savaient comment réagir en pareille circonstance. La directrice les a rassurées : elles ne pouvaient rien faire, si ce n'est laisser la chatte tranquille, lui offrir un climat calme et paisible et lui laisser à proximité une gamelle remplie d'eau fraîche. Puis elle leur a fait raconter dans le détail le déroulement des événements, et elle nous répétait les paroles des filles. C'est ainsi que nous avons vécu en direct malgré la distance qui nous séparait et avec beaucoup d'émotions partagées la naissance des  huit chatons de Tic Tac. Tout s'était déroulé au mieux, et nous avons terminé notre repas d'anniversaire dans le bonheur de retrouver au retour les nouveaux-nés.

Une fois rentrés au foyer, nous avons chaleureusement félicité les filles pour leur assistance bienveillante et leur téléphone qui nous a permis de partager cette naissance avec elles. En regardant les chatons, nous avons remarqué que deux petits avaient l'air plus maigrelets que les autres. Ils sont morts deux jours plus tard. Les six autres ont fait le bonheur du foyer durant trois mois, puis nous les avons donnés en adoption.

 

 

 

 

 

 

 

Discussion

 

Cette observation nous permet de constater que, dans le partage de la vie quotidienne avec un animal de compagnie tel que le chat ou le chien, se présentent souvent, et parfois même sans que nous ne l'ayons choisi, des morceaux de vie sélectionnés par nos compagnons à quatre pattes et destinés à nous offrir des occasions de partage émotionnel, plus rares à vivre sans eux. Il s'agit des moments marquants  de la vie animale et de la vie humaine que sont la naissance, la maladie et la mort.

 

La gestation de Tic Tac a été l'occasion de nombreuses discussions autour de la reproduction, de la paternité, des difficultés liées à l'âge de la future mère, etc. Tout le groupe attendait la venue des chatons et cela a suscité de nombreux témoignages de filles qui avaient déjà eu l'occasion d'avoir des chats dans leur famille. Quand la naissance des petits de Tic Tac a eu lieu, les adultes étaient absents du foyer et les jeunes ont dû alors réagir de la façon dont elles jugeaient la plus appropriée. Expérience responsabilisante qu'elles ont vécu d'abord dans le stress, l'inquiétude et une certaine peur que les naissances se passent mal. Elles ont finalement trouvé les ressources suffisantes pour gérer au mieux une situation nouvelle. Expérience valorisante également, puisqu'à notre retour, elles ont été félicitées pour l'accueil bienveillant et non stressant qu'elles ont réservé aux petits et les gamelles propres et pleines déposées au chevet de la chatte. La dynamique de groupe déclenchée par ces naissances a contribué à rendre une ambiance chaleureuse et protectrice dans la maison pour quelques temps encore, l'attention étant plus portée sur les petits que sur les conflits inter-personnels habituels.

 

Puis le décès des deux chatons malingres ont lancé des débats sur la vie et la mort, l'injustice de cette dernière ainsi que les raisons de ces brutales disparitions. Gail Melson parle à ce propos de l'opportunité que donnent les animaux aux personnes vivant avec eux d'une rencontre avec les drames fondamentaux de la vie. S'il est vrai que ces drames que sont la naissance, la maladie et la mort se rencontrent également hors la présence des animaux, il est plus fréquent pour les enfants d'assister leur animal dans la naissance, la maladie ou la mort que d'assister un parent malade, naissant ou mourant. De plus, il peut être plus facile pour les adultes de parler  des ces drames fondamentaux avec les enfants quand ils concernent des animaux plutôt que des proches. Peut être parce que le climat émotionnel à leur sujet est moins chargé ou moins complexe qu'au sujet des humains, parce que justement moins conditionné par des normes sociales implicites régissant ce qu'il convient de dire ou de taire au sujet de ces expériences de vie.

 

Quoi qu'il en soit et comme nous l'avons déjà vu dans le chapitre II de ce travail, le lien avec l'animal étant plus spontané et moins compliqué vu leur absence de langage et par conséquent de jugement à leur sujet, il peut s'avérer un outil pédagogique de première qualité dans l'apprentissage des moments de vie significatifs du quotidien de tout être vivant, humain ou animal. 

 

Chapitre V :

Quatrième hypothèse :

L'animal

comme moyen de réassurance

 

Observation

 

Joëlle est une jeune zaïroise de 17 ans, qui a vécu des traumatismes de guerre dans son pays. Elle y a également perdu sa mère, et la description faite par elle sur ces moments de son histoire de vie m'a plus d'une fois donné des sueurs froides. Elle n'a fait qu'un passage de quelques mois dans notre foyer. Elle est ensuite partie en studio, tout en continuant de bénéficier d'un appui éducatif de La Pommeraie, afin de mener à bien un apprentissage dans l'hôtellerie. A son arrivée au foyer, elle avait un peu peur de Scotie. Elle m'a dit que dans sa culture, les animaux étaient considérés comme des choses sales. Mais Joëlle a très vite trouvé une utilité à Scotie. Le soir, pour regagner sa chambre, elle devait traverser une petite pelouse particulièrement sombre en hiver. Elle me demandait alors, lorsque j'étais de service, de lui "prêter" Scotie, à qui je devais mettre préalablement sa laisse, pour regagner sa chambre dans la deuxième maison de l'institution. Nos deux maisons sont séparées l'une de l'autre par une pelouse et un étang. En hiver, il fait sombre dès 20 heures et nous n'avons pas de lumière extérieure éclairant le petit chemin menant de l'une à l'autre maison. Et Joëlle avait sa chambre dans la deuxième maison, baptisée communément "maison du bas". Une fois de l'autre côté, elle détachait la laisse et Scotie regagnait la "maison du haut", aboyant devant la porte d'entrée pour que je lui ouvre. Le matin, au petit déjeuner, Joëlle me rapportait la laisse de la chienne. Ce petit manège a duré trois mois, puis Joëlle a arrêté de m'en faire la demande et a regagné sa chambre par elle-même.

 

Discussion

 

Le psychiatre britannique et théoricien de l'attachement John Bowlby a montré comment les jeunes enfants peuvent s'appuyer sur un gardien qui les rassurent quand ils sont stressés ou inquiets en tirant de cette relation un sentiment de sécurité et de bien-être essentiel à leur capacité à survivre. Il se référait également à un gardien humain, en premier lieu la mère en tant que première figure d'attachement de l'enfant. Bowlby a baptisé cette forme d'attachement "attachement primaire". Viennent ensuite les autres acteurs présents dans la vie de l'enfant, comme par exemple le père, les frères et soeurs plus âgés, mais il n'a jamais cité les animaux.

 

 

Actuellement, cette hiérarchie dans l'attachement est remise en cause par les psychologues, qui ont montré que l'enfant développe simultanément des attachements multiples. Mais les chiens n'ont jamais été cités ici non plus comme figure d'attachement, malgré leur présence parfois constante auprès de l'enfant et leur capacité évidente d'interagir avec lui ainsi que, notamment, de protéger leur maître.

 

Quand cet attachement peut se dérouler normalement, l'enfant développe ce que Bowlby a appelé un attachement secure: l'enfant apprend alors que ses besoins vont être satisfaits, et, progressivement, il apprend la confiance et il se développera ainsi de façon adéquate.

 

Mais lorsque cet attachement secure ne peut être vécu par l'enfant, il ne pourra pas apprendre à avoir confiance en son environnement pour combler ses besoins et différents troubles vont alors se mettre en place. La Pommeraie accueille souvent des jeunes filles avec des troubles de ce type-là. Un travail important doit alors se faire rapidement pour qu'elle puisse "rattraper" ce retard et reprendre un développement adéquat.

 

Dans la situation décrite ci-dessus, Joëlle montre une peur de la nuit et un besoin d'être sécurisée. Au regard de son histoire de vie, je peux en déduire que sa confiance dans un environnement stable et sécurisant a probablement été perturbé, notamment en raison de la guerre dans son pays lorsqu'elle était enfant. Le décès de sa mère ainsi que son placement en foyer, rajoutés à cela, peuvent sûrement être des indices révélant l'existence de différents traumatismes ou en tous les cas révélant l'existence d'un fort sentiment d'insécurité. Sa demande d'être accompagnée de Scotie pour traverser une obscurité lourde de traumatismes vécus et ne demandant qu'à rejaillir du plus profond d'une enfance déjà lointaine pourtant, si elle n'est pas suffisante pour permettre à cette jeune fille l'accès à un sentiment de confiance envers les autres, peut néanmoins être utile à son apprentissage, comme nous le montre l'observation ci-dessus. La chienne sert ici de béquille de réassurance pour Joëlle. En effet, se sentant protégée par les aboiements de Scotie en cas de danger et après une expérience de trois mois, la jeune fille a acquis la certitude que rien ne peut lui arriver la nuit en traversant le jardin de La Pommeraie, et, au bout de trois mois, elle peut lâcher sa béquille et traverser toute seule les maisons.

Elle fait en plus l'expérience d'une confiance accordée à un animal présent et disponible malgré son sentiment culturel d'objet sale. Une certaine complicité s'établira dès lors entre elle et la chienne qui l'attend le soir pour accomplir sa mission.

 

Les sciences sociales ont mis en évidence le concept de pourvoyeurs de soutien social pour parler de l'aide que peuvent donner d'autres êtres humains à leurs semblables en souffrance. En effet, les personnes  bénéficiant de soutien de la part de leurs semblables en cas de difficultés s'en sortent mieux et plus facilement que celles ne pouvant compter que sur elles-mêmes. J'émets ici l'hypothèse que dans le cas décrit ci-dessus Scotie a rempli cette fonction de pourvoyeuse de soutien social, en parallèle avec les éducateurs et les autres personnes entourant Joëlle. Je pense en effet que Scotie a donné à cette jeune fille une aide qu'elle n'a pas pu ou pas su trouver auprès des adultes. Scotie s'est montrée ici un complément fort utile à mes propos d'éducatrice tendant à raisonner verbalement Joëlle afin de dissiper sa peur de la nuit. Je pense que Joëlle a pu m'entendre, mais elle a ensuite eu besoin de tester mes propos à sa manière et probablement sans le support verbal. Scotie lui a permis de mettre en place ce test et d'en prouver par ses propres moyens la véracité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deuxième partie :

Opérationnalité de ce travail :

L'introduction d'un chien d'institution

à

La Pommeraie

 

Introduction

 

En me basant sur les observations décrites et discutées dans la première partie de ce travail, je vais brosser ci-après les grandes lignes du projet permettant à mon institution de faire l'acquisition d'un chien dit institutionnel, si les conclusions de ce travail s'avèrent positives et si tel est le choix de l'équipe éducative de La Pommeraie.

 

En effet, ayant constaté dans la première partie de ce travail le support que peut offrir le chien dans l'intervention éducative auprès de jeunes filles en difficultés psycho-sociales, je souhaiterais pouvoir en introduire un à La Pommeraie, qui soit continuellement présent auprès des jeunes filles et pas uniquement lors de mes présences éducatives, comme cela est le cas actuellement avec Scotie.

 

L'appellation "chien institutionnel" m'appartient et sert à désigner un chien particulièrement éduqué pour pouvoir vivre en institution avec des personnes en difficultés psycho-sociales. Je me suis inspirée de ce qui existe déjà dans le monde du handicap physique et plus particulièrement de l'association française A.N.E.C.A.H. (Association Nationale d'Education de Chiens d'Aide pour personnes Handicapées), qui forme et remet des chiens d'assistance aux personnes souffrant d'un handicap moteur pour les assister dans les gestes de la vie quotidienne. L'A.N.E.C.A.H. a inspiré l'association suisse Le Copain, qui forme à Granges, en Valais, des golden retrivers et des labradors pour assister les personnes à mobilité réduite dans toute la Suisse. Le modèle de référence pour la formation de ces chiens existe depuis plus de 25 ans et a été mis au point aux Etats-Unis par la C.C.I. (Canine Companions for Independance). Si les chiens peuvent recevoir une formation pour aider des personnes souffrant d'un handicap physique, je pense qu'ils pourraient également recevoir une instruction spécifique pour vivre en institution éducative et répondre à leur manière aux carences affectives ou aux différents troubles psycho-sociaux de nos jeunes. Reste à voir comment et dans quelles conditions. C'est ce que se propose d'examiner la deuxième partie de cet ouvrage.  

 

Problématique

 

En quatre ans de travail à La Pommeraie, j'ai constaté avec récurrence, comme souligné dans la première partie de ce travail, les problématiques du déficit affectif et des troubles du développement auprès des jeunes filles que le foyer accueille. L'aide de ma chienne dans certaines situations, comme mentionné précédemment, pour maintenir ou créer un lien qui a été perturbé ou difficilement existant m'a été plus d'une fois d'un secours indéniable. Je ne m'étendrai pas plus ici quant à la problématique, car elle a été largement développée et discutée dans la première partie de ce travail.  

 

 

Hypothèses de compréhension

                             

A l'adolescence, d'un point de vue psychodynamique, toute carence dans le développement peut se rattraper si les conditions dans lesquelles vivent les jeunes leur permettent de le faire. Mais il faut agir rapidement, car l'adolescence est une période de vie courte, chargée actuellement par la société de bien d'autres tâches que de rattraper un retard développemental. Une (trop) grande place est actuellement  occupée  pendant cette période de la vie par un souci d'insertion professionnelle. Mais faire l'économie d'essayer de combler un retard dans le développement serait néanmoins charger la personne d'un handicap important et bien souvent destructeur pour sa vie future d'adulte. La présence d'un chien institutionnel dans un foyer éducatif comme La Pommeraie, pour peu que l'éducateur soit attentif et un peu formé, contribue à lui offrir des occasions d'interventions rapides, multiples et diversifiées quand il ne sert pas de médiateur à une relation momentanément difficile. Les possibilités de vivre ce qui n'a pu l'être préalablement peut alors s'avérer, selon l'appréciation du chien par l'adolescente et le caractère de l'animal, plus grandes et plus spontanées que si un tel chien était absent. Au service de la personne en souffrance pour la faire grandir, pour mettre des mots sur ce qu'elle peut vivre de problématique dans l'ici et le maintenant et pour lui permettre de rattraper ses retards de développement, le chien institutionnel peut être pour l'éducateur un outil facilitateur de sa tâche quotidienne auprès des jeunes. Forte de mes quatre ans d'intervention auprès de la population adolescente en difficultés psycho-sociales et de mes trois ans et demi de travail accompagnée par ma chienne, je me sens aujourd'hui motivée à poursuivre de façon encore plus réfléchie mon intervention éducative en étant secondée par un chien d'institution susceptible de remplir cette tâche.

 

 

 

Hypothèses d'action

 

Introduire un chien ayant reçu de solides bases d'éducation canine à La Pommeraie constituerait un occasion supplémentaire pour les jeunes filles de l'institution de rattraper plus rapidement  un retard dans leurs compétences sociales afin de pouvoir s'insérer dans le monde socio-professionnel. La mission de notre foyer reste d'insérer socio-professionnellement les adolescentes qui nous sont confiées. Les éducateurs constatent souvent un retard ou un déficit de ces compétences, freinant voire empêchant une bonne insertion socio-professionnelle. En utilisant le chien comme facilitateur de la relation, la jeune fille bénéficiera d'une occasion supplémentaire d'apprendre, comme décrit dans la première partie de cet ouvrage, à verbaliser avec l'éducateur de service des expériences de vie difficiles ou inattendues pour elle. Ainsi, un apprentissage plus rapide de leurs compétences pourra peut-être s'accomplir, pour peu que l'éducateur soit vigilant, la jeune fille prête et intéressée par le chien et ce dernier suffisamment équilibré et rassuré quant à sa sécurité dans le foyer.

 

J'envisage dans un premier temps de faire apprécier le nouveau chien institutionnel par chaque jeune fille. Jusqu'à présent, je n'ai rencontré aucune  adolescente ayant peur de la chienne, ou ne la supportant pas. Au pire, c'était de l'indifférence. Mais si tel devait être le cas, un travail sur cette peur pourrait s'amorcer dès que la jeune fille se trouve face au chien, qui ne devrait en aucun cas constituer une menace. De plus, une présence affectueuse, quotidienne et joueuse du nouveau chien d'institution s'avère indispensable pour que des liens puissent se former avec les adolescentes du foyer. Les bénéfices découlant de cette présence protectrice nouvelle devraient être une conséquence immédiate de ce lien, chaque éducateur veillant à établir une relation amicale et de confiance entre  la jeune fille et le chien.

 

Dans un deuxième temps, la présence du chien devra permettre à l'adolescente de vivre, comme mentionné dans la première partie de ce travail, des émotions et des expériences de vie nouvelles et non ou mal expérimentées jusqu'ici. Avec l'aide des éducateurs, les jeunes filles apprendront peut-être plus facilement et plus rapidement à mettre des mots constructifs sur ces nouvelles tranches de vie vécues avec le nouveau compagnon à quatre pattes du foyer.

 

De plus, en intégrant les adolescentes dans l'éducation et la prise en charge du chien, les liens devraient se former naturellement et les bénéfices éducatifs mentionnés dans la première partie de ce travail apparaître rapidement.  

 

Objectifs

 

Loin de charger les éducateurs d'une tâche supplémentaire si elle peut être partagée, le chien assurera une présence affective et protectrice continue auprès des adolescentes. Cette continuité devrait contribuer à permettre aux jeunes filles, chacune à son rythme et selon ses besoins, de vivre des expériences émotionnelles et éducatives nouvelles sous l'oeil vigilant de l'éducateur de service. Facilitant comme mentionné ci-dessus le ressenti émotionnel et libérant la parole, le chien devrait ainsi permettre une verbalisation plus aisée à ce sujet, offrant aux éducateurs des ponts leur permettant de rejoindre plus facilement les souffrances ou les questionnements de la personne prise en charge. Cet objectif peut déjà être atteint à court terme, c'est-à-dire quelques heures déjà après l'arrivée du nouvel animal.

 

Un deuxième objectif du chien institutionnel consistera à permettre d'expérimenter des moments de vie peu présents dans le quotidien institutionnel habituel (naissance, maladie, mort, prendre soin d'un autre être vivant dépendant de soi) avec la possibilité d'y mettre des mots constructifs.  Cet objectif sera atteint à plus ou moins long terme en fonction des circonstances de la vie.

 

Un troisième et dernier objectif non négligeable consistera à permettre de vivre une tierce relation offrant à chacun, jeune fille comme éducateur, des instants de plaisir, voire de bonheur partagés. Cette possibilité de partage est souvent trop peu présente à mon goût dans le quotidien éducatif institutionnel; cela devrait permettre à la jeune fille de vivre parfois des expériences égalitaires avec ses éducateurs, c'est-à-dire des expériences de vie dans lesquelles chacune des parties partage des instants privilégiés et positifs à être ensemble. Je pense ici surtout aux balades avec l'animal. Cet objectif sera atteint à court terme déjà et sera maintenu tout au long de l'existence du chien dans le foyer.

 

Si ces objectifs ne pouvaient être atteints après 8 à 12 mois, ce que je ne peux concevoir après mes expériences avec Scotie, je pense que le chien devrait être pris en charge plus intensément par un membre de l'équipe éducative. Ce dernier devrait continuer à l'emmener avec lui au travail et je pense qu'à court terme, le chien retrouverait sa place de chien institutionnel au sein de La Pommeraie.

 

Moyens

 

Il convient en préambule que chacun des membres de l'équipe éducative soit d'accord avec ce projet et qu'une majorité (je pense quatre éducateurs au moins sur six) s'en sente investi pour que ce projet soit réalisable de façon convenable. Si tel est le cas, il faudra choisir ensemble une race de chien qui soit à même d'apprendre à interagir dans un groupe d'adolescentes en difficultés. Le chien doit être acquis à son quatrième mois de vie, afin de pouvoir le former de manière adéquate et l'habituer dès son plus jeune âge à son nouveau lieu de vie. Petite ou grande race sera une question à débattre en équipe. L'équipe devra également suivre ensemble ou individuellement une sensibilisation au dressage canin, afin de se faire obéir du chien, de comprendre et de prévoir ses réactions dans les différentes circonstances qui peuvent se rencontrer. Dans ce sens et pour également sensibiliser, dans une démarche éducative, les filles aux comportements propres du chien, j'envisage dans un premier temps une collaboration avec la SPA, puis dans un second temps une spécialisation d'un ou deux membres de l'équipe pour un dressage plus spécifique avec transmission aux autres membres de l'équipe. Mais je reviendrai sur ce sujet, ci-après, dans l'analyse de l'organisation.

 

Une fois le chien présent dans l'institution et pour que les objectifs décrits ci-dessus soient rapidement atteignables, je pense que la relation à l'animal ne doit pas être imposée à la jeune fille: l'éducateur attendra qu'elle se fasse spontanément. D'expérience avec Scotie, je pense que cela ne posera pas de problème.

Pour ce faire, ce sera cependant à l'éducateur de service de veiller à la sécurité et d'utiliser à des fins éducatives quand il le juge opportun les relations qu'il peut observer entre le chien et une ou plusieurs jeunes filles. Les soins et l'alimentation du chien seront également de la responsabilité de l'éducateur, qui veillera à les partager avec les adolescentes. La balade journalière, le soir après le souper, sera effectuée par l'éducateur de service accompagné d'une ou de plusieurs jeunes filles.

 

Pour le confort du chien et peut-être un soulagement de l'équipe lors de périodes plus difficiles pouvant exister parfois dans la vie d'un foyer, je pense qu'il convient de prévoir deux personnes ressources dans l'équipe prêtes à prendre le chien chez elle(s) au moins un jour et demi complet par semaine pour lui assurer un repos hors institution ainsi qu'un suivi sur la première année, surtout pour un dressage plus intensif. Le chien ayant une durée de vie moyenne de quinze ans, les éducateurs restant d'une manière générale moins longtemps dans un même lieu de travail, je pense qu'il est important pour l'équilibre du chien, animal de meute ayant besoin d'avoir un, voire deux maîtres clairement identifiables (en tous les cas durant ses jeunes années), que la direction (censée rester en fonction plus longtemps que les éducateurs, selon le bon sens) et la personne responsable de ce projet puisse s'investir un peu plus.

 

Quant au financement de ce projet, je pense qu'il convient de planifier une dépense d'environ 1800 francs pour l'acquisition d'un chien sans trouble du comportement, sain et capable d'apprendre à se comporter de manière adéquate, environ 100 francs pour le collier, la laisse et quelques jouets ainsi qu'une cinquantaine de francs pour l'acquisition d'une médaille. Ce montant approximatif, variant entre 1500 et 2000 francs, représente une dépense unique à prévoir au budget de l'institution.

Les autres dépenses, annuelles et à prévoir également au budget, sont celles occasionnées par l'impôt sur le chien (env. 150 francs), les frais vétérinaires de routine (env. 100 francs représentant les rappels de vaccins ainsi que le rappel chaque deux ans du vaccin contre la rage), les frais de croquettes (env. 200 francs) et des frais divers de  santé (ex. protections contre les tiques, éventuellement frais de toilettage) pour un montant de 100 francs, ce qui représente une dépense annuelle approximative de 550 francs.

Une autre dépense, unique également mais plus difficile à définir avec exactitude en raison des investissements possibles des humains et de la capacité d'apprentissage du chien,  à prévoir dans un budget à part et à long terme serait celui inhérent aux cours de dressage du chien (cf. ci-dessous). Je n'ai pas de chiffre exact à mentionner à ce stade, mais je pense qu'un montant de 500 francs permettrait déjà de prendre quelques leçons (pour les membres de la SPA, dont je  fais partie, le cours d'une heure revient à 10 francs).

 

Une dépense de dix heures éducatives sera également à envisager, afin que les éducateurs puissent, à tour de rôle, se rendre sur leur temps de service, à deux cours de dressage, accompagnés d'une ou deux jeunes filles, comme mentionné ci-dessous.

Organisation

 

Dès l'acceptation de ce projet par l'équipe éducative, il convient de s'entendre sur la race du chien que l'on souhaite acquérir, en tenant compte de sa taille et de son "éducabilité" en demandant notamment l'avis de spécialiste(s). Je pense ici demander l'avis du vétérinaire avec lequel l'institution a l'habitude de collaborer pour soigner ses deux chats,  ainsi que l'avis d'un dresseur professionnel qui pour l'instant m'est inconnu, mais qui pourrait appartenir à l'association valaisanne Le Copain mentionné ci-dessus. Les jeunes filles seront informées sur le résultat de ces consultations et leur avis sera entendu, mais la décision finale du choix de la race reviendra à l'équipe éducative. La raison principale est que les jeunes filles restent en moyenne 2 ans dans notre institution, l'équipe éducative (dans laquelle est comprise la direction, qui effectue concrètement aussi des heures éducatives) est censée rester plus longtemps et elle, comme mentionné ci-dessus, sera principalement responsable du chien, qui, quant à lui, est censé vivre une quinzaine d'année.

 

Une fois ce choix arrêté, il conviendra de fixer deux ou trois séances d'information à La Pommeraie avec le groupe des jeunes filles sur le comportement du chien et les réactions à avoir ou pas face à lui dans le quotidien. Une séance sera consacrée à l'accueil du nouveau chiot à la maison et aux gestes qu'il convient de faire pour que le chiot apprenne à devenir  rapidement propre (faire ses besoins à l'extérieur) et progressivement autonome (capable d'attendre (la balade, les croquettes), de comprendre les ordres et de réagir en adéquation avec eux). Je pense demander à la SPA de pouvoir venir donner ces séances informatives à La Pommeraie.

Le groupe réclamant actuellement la présence quotidienne d'un chien au foyer, je ne prévois aucune difficulté particulière quant à la présence des adolescentes à ces séances. Quant aux éducateurs, seront présents ceux qui sont en service. Les autres seront les bienvenus et leur présence souhaitée, mais, dans un souci d'économie, leurs heures ne seront pas comptabilisées.

 

Une fois tout le monde sensibilisé, nous pourrons démarrer la phase de recherche et d'acquisition du chiot. Le choix d'un nom pour le nouvel animal sera alors à chercher ensemble.  Lorsque le moment sera venu, je pense qu'il sera important, si possible, d'emmener une ou deux filles avec nous pour aller chercher le nouveau chiot. Le foyer aura au préalable fait l'acquisition d'un panier pour l'intérieur, des gamelles et des croquettes. Il se sera aussi prononcé sur le lieu, intérieur ou extérieur, ainsi que l'endroit exact, où le chien passera la nuit. Ce choix dépendra de la taille du chien, mais la décision finale sera prise au colloque des éducateurs. Sera alors envisagé l'acquisition d'une niche extérieure semblable à celle laissée dans le jardin par la directrice et destinée à son précédant chien.

 

 

Une fois l'animal arrivé à La Pommeraie, il sera important de démarrer au plus vite une classe de dressage à la SPA pour apprendre au chiot l'obéissance, la propreté ainsi que les interactions avec les humains et également les autres animaux. La participation à ces classes doit être un moment éducatif privilégié intégrant les jeunes filles. C'est pourquoi je pense que, s'il est important que chaque éducateur puisse y participer avec la personne responsable du projet ou la direction de l'institution en alternance et selon les disponibilités de chacun, deux filles au maximum doivent y être intégrées à chaque fois. Je suis persuadée que ce n'est qu'ainsi qu'une logique pourra se dégager dans le dressage et que le chien pourra se développer de façon adéquate en répondant  au mieux aux attentes exprimées ci-dessus. Ces cours seront à planifier à la quinzaine pour un coût de 100 francs. Il en coûtera à l'institution dix heures éducatives à raison de deux heures par éducateurs sauf le responsable du projet et la direction, qui offriront trois heures chacun de leur temps non professionnel. Une fois les bases du dressage acquises, le chien sera propre, répondra au rappel, aura appris à se déplacer à la laisse et répondra aux ordres de base que sont le "non", "assis", "couché", "plus bouger" et "viens". Les humains auront  ainsi appris à interagir avec leur nouveau compagnon et à vivre en harmonie avec lui. Les cours pourront s'interrompre et la vie quotidienne continuer avec le nouvel animal de l'institution.

 

Cependant et comme mentionné ci-dessus dans la partie consacrée à l'étude des moyens, si le chien peut obéir à tous les humains partageant sa vie quotidienne, les éthologues et autres spécialistes du chien ont insisté à plusieurs reprises sur l'importance pour cet animal d'avoir néanmoins une ou deux personnes au maximum de référence, communément appelés maîtres. C'est pourquoi je propose que la personne porteuse de ce projet accompagnée par la direction, censée rester dans la maison plus longtemps qu'un éducateur, puissent jouer ce rôle auprès du chien, en étant présentes plus souvent aux cours de la SPA et en le prenant au moins un jour et demi par semaine chez elles afin de développer un lien privilégié avec cet animal qui le ou les reconnaîtra plus spécifiquement comme maîtres. Ce seront elles qui par la suite continueront un dressage plus spécifique  du chien d'institution et qui seront responsables d'en transmettre l'essentiel aux collègues de l'équipe éducative.

 

Evaluation des objectifs

 

L'évaluation de ce projet doit se faire en deux temps distincts.

 

Tout d'abord, une évaluation continue permettant de mesurer l'avancée du projet et le rapprochement ou l'éloignement des objectifs mentionnés ci-dessus. Pour ce faire, il convient de tenir un carnet de bord dans lequel seront consignées les informations mentionnant avec précision chaque étape du projet décrit ci-dessus dans la partie Organisation. La personne responsable du projet et la direction participeront en alternance et selon leur disponibilité aux séances d'information de la SPA avec le groupe de jeunes filles ainsi qu'aux classes de dressage. Elles tiendront en quelque sorte le fil conducteur de ce projet. Elles noteront lors de chacune des classes le nom des participants ainsi que les principales nouvelles connaissances que le dresseur a dispensé aux participants, ceci pour pouvoir le transmettre à ses collègues lors du prochain colloque. Les personnes de service auront alors charge de le transmettre au groupe; si tel n'a pas pu être fait, la personne responsable du projet le transmettra à son prochain service. Ce journal de bord servira également à noter les questions ou difficultés pouvant surgir lors de la vie quotidienne avec l'animal pour les traiter à la prochaine heure de dressage. Cette évaluation continue permettra au projet de se mettre en place.

 

 

Puis des évaluations plus ponctuelles seront alors à définir, je pense  à la quinzaine. Elles seront faites en deux temps:

 

Tout d'abord en colloque par l'équipe éducative, chacune de ces évaluations se basera sur les observations des éducateurs et sera consignée également dans le carnet de bord. Elle répondra succinctement aux quatre questions suivantes :

1. Le chien se développe t-il de façon équilibrée? (absence d'agressivité, de menace voire de morsure; chien joyeux, serein, confiant  envers les humains et les autres animaux).

2. Son bien-être est-il assuré? (nourriture et balade adéquates; lien privilégié à un, voire deux éducateurs, assuré)   

3.Quels bénéfices pour les jeunes filles avez-vous remarqué quant à la présence du chien?

Le chien a t-il permis ou facilité un échange éducatif avec une jeune fille? Si oui, l'expliquer brièvement. (deuxième objectif).

4. L'animal a t-il gêné d'une quelconque manière votre travail éducatif? Si oui, l'expliquer brièvement. (premier objectif).

5. Les adolescentes vous ont-elles aidé dans la prise en charge du chien? (nourriture, balade, soin).

Si oui, qui? à faire quoi? (premier objectif).

6. Avez-vous pu partager des moments de plaisir ou de bonheur avec les jeunes filles autour du chien? Si oui, lesquels? (brève description). (troisième objectif).

 

Ces évaluations ponctuelles seront complétées par la personne responsable du projet en posant les questions suivantes aux jeunes filles de La Pommeraie, par écrit de préférence :

1. Sur une échelle d'1 à 6 (1 signifiant "je l'aime pas" et 6 "je l'aime énormément"), comment dirais-tu que tu aimes le nouveau chien de La Pommeraie?

2. Quel(s) bon(s) moment(s) as-tu vécu avec lui?

3. Quel(s) moment(s) moins agréable(s) as-tu vécu avec lui?

4. As-tu déjà participé à la balade du soir?

Comment l'apprécies-tu sur une échelle d'1 à six?

5. Penses-tu que le chien se sente bien à La Pommeraie? En sécurité?

 

Ces évaluations ponctuelles, qui pourront s'espacer jusqu'à une tous les deux ou trois moins une fois la première année écoulée, serviront à mesurer le rapprochement ou l'éloignement des objectifs décrits ci-dessus afin d'adapter le projet au besoin, comme explicité ci-dessus dans les parties Objectifs et Moyens.

S'il devait être constaté que le chien ne peut se développer de manière adéquate dans le foyer, car ne s'y sentant pas en sécurité, une possibilité d'adoption à plus ou moins long terme par la direction ou la personne responsable du projet doit être prévu, comme mentionné ci-dessus.

 

 

Troisième partie

Conclusions

 

Comme explicité et illustré dans la première partie de ce travail, Scotie m'a permis de vivre des relations éducatives riches et peut-être même, pour certaines, qui n'auraient pas existé sans son intermédiaire. Je pense ici surtout à ma première observation avec Aline. En effet, peut-être que sans la chienne, Aline serait restée murée dans sa tristesse plus longtemps. Peut-être également qu'Esther n'aurait pas eu l'occasion d'entrer en discussion avec Julia. Rien en l'état ne nous permet non plus d'affirmer le contraire. Ce travail ne se veut pas une recherche scientifique, le nombre des observations et sa durée ne le permettent évidemment pas. Il s'agit surtout d'un constat, celui de l'existence d'un lien affectif entre des jeunes filles en difficulté psycho-sociales et un animal débouchant sur des échanges significatifs intéressants. Néanmoins, il est vrai que toutes mes observations ont un caractère positif, ceci pour la simple raison que je n'ai pas eu l'occasion d'en observer de négatives. Je fais ici l'hypothèse qu'il en a été ainsi parce que Scotie a pu développer un attachement suffisamment sécurisant avec moi, sa maîtresse, pour qu'il ose maintenant, à quatre ans, aller avec confiance vers les autres. Les expériences de vie majoritairement positives qu'elle a ensuite faites en quatre ans d'existence ainsi qu'un dressage adéquat durant sa première année peuvent également expliquer son bien-être actuel ainsi que son bon comportement et justifier son acceptation par le groupe des adolescentes du foyer.   Tout resterait à construire dans ce sens avec le nouveau chien d'institution, avec des risques augmentés de vivre des expériences difficiles favorisant un comportement ultérieur inadéquat. Ces difficultés d'apprentissage du chien peuvent s'amincir si les règles sont clairement définies dès le départ, comme mentionné dans la deuxième partie de ce travail. En effet, son comportement étant directement dépendant de son environnement, le chien a besoin d'une part d'identifier clairement un ou deux maîtres et d'autre part de revevoir des ordres clairs et affirmés de manière identique par tous les humains vivants en sa présence. Difficulté supplémentaire pour une institution, mais pas insurmontable néanmoins.

Scotie m'a permis d'intervenir plus aisément sur certaines souffrances cachées des jeunes filles de La Pommeraie. Je pense ici à l'observation faite avec Rose, qui a donné lieu par la suite à de multiples discussions sur la manière de s'occuper d'un autre être vivant, sur l'affection qu'elle n'a pas reçue quand elle était enfant et sur ce qu'elle pourrait donner à ses enfants. Ou encore l'observation réalisée avec Joëlle et sa peur de la nuit; le rituel mis en place avec Scotie qui l'accompagne à la nuit tombée vers la maison du bas et la reddition de la laisse le matin au déjeuner m'a donné l'occasion de parler très fréquemment, mais à petite dose, le temps d'avaler une tasse de café ou un verre de jus de fruit, de cette peur et de son enfance. Je ne veux pas prétendre ici que ces interactions n'auraient jamais eu lieu sans la présence de la chienne, mais je constate qu'elle m'a facilité l'accès à ces échanges  et offert de multiples occasions d'y revenir.

Peut-être s'agit-il, comme l'ont prétendu les critiques de Boris Levinson, d'un état d'esprit de l'intervenant, qui serait plus détendu et plus sécurisé en présence de son chien. Psychanalyste et père de la "psychothérapie assistée par les animaux", Boris Levinson utilisait son chien Jingle comme "co-thérapeute" dans la prise en charge d'enfants souffrant de troubles sévères du comportement et remarquait que l'animal pouvait offrir à certains enfants une présence amicale les mettant suffisamment en confiance pour accepter de parler. Son point faible a été de ne pas collecter ses observations de manière rigoureuse comme le préconise le monde scientifique, et de se contredire sur le fait que cette thérapie pouvait ne pas marcher avec tous les enfants. Ses détracteurs en ont profité pour se faufiler dans cette contradiction et prétendre que finalement l'animal ne servait que le thérapeute, qui, en sa présence, se montrait plus attentif à l'enfant et à sa communication non-verbale. Je n'en suis pas sûre, mais je suis prête à en accepter la critique si, avec l'aide du chien d'institution, la qualité de mon intervention éducative s'avère plus constructive et plus appropriée aux demandes et aux soins exigés par une population adolescente de plus en plus carencée sur le plan affectif.

 

La réalisation de ce travail m'a permis de m'arrêter sur des observations concrètes et de m'interroger sur ce qu'auparavant je ne perçevais qu'au niveau d'un ressenti inexprimé ou partiellement verbalisé. En me penchant sur l'élaboration concrète du projet d'introduction d'un chien d'institution à La Pommeraie, j'ai pu me rendre compte des difficultés pouvant survenir si un tel projet n'était pas suffisamment et correctement réfléchi. Se posent en effet les questions de l'investissement, tant que pour l'équipe éducative que pour le budget de l'institution, avec comme question centrale la suivante: peut-on obtenir la même chose avec moins d'investissement? La question est de taille, et je pense qu'il revient à l'équipe éducative dans son ensemble d'en donner une réponse claire et précise, seule porte d'entrée convenable dans la mise en marche de ce projet ou alors dans son abandon. Pour ma part, je pense que le jeu en vaut la chandelle. Reste en effet présente pour moi l'idée, renforcée par la réalisation de ce travail de fin d'études, que l'intervention éducative auprès de personnes en difficultés ou en voie de désaffilitation sociale peut trouver une aide secourable avec l'utilisation d'un chien formé à cette fin et appartenant à l'institution, avec les réserves exprimées ci-dessus.

 

Je souhaite encore, en guise d'interrogation finale, me demander si l'instrumentalisation qui est faite du chien par ce projet participe à son bien-être et à son bonheur. En effet, le chien est utilisé ici pour obtenir quelque chose de bien défini dans la vie quotidienne des humains, comme tel est le cas avec l'utilisation du chien de police, du chien d'avalanche ou encore du chien pour les mal-voyants. Mais ceci est le thème d'un autre travail d'investigation, c'est pourquoi je n'entrerai pas plus loin dans le débat, si ce n'est pour affirmer ma conviction que cet animal d'institution recevrait beaucoup d'amour et d'attention.

Bibliographie

Ouvrages :

 

Psychologie des émotions et des sentiments, Jacques Cosnier, Paris : Retz, 1994.

 

La plus belle histoire des animaux, Boris Cyrulnik, Jean-Pierre Digard, Pascal Picq et Karine-Lou Matignon, Paris : Seuil, 2000.

 

Les animaux dans la vie des enfants, Gail Melson, Paris : éditions Payot & Rivages, 2002.

 

L'enfant et l'animal. Les émotions qui libèrent l'intelligence, Hubert Montagner, Paris : Odile Jacob, septembre 2002.

 

Le chien. Un loup civilisé, Evelyne Teroni & Jennifer Cattet, mai 2000

 

 

 

Revues :

 

Le journal des psychologues, mensuel No 165, mars 1999, p. 21 à   , Dossier L'animal, un thérapeute pas si bête.

 

Sciences Humaines, mensuel No 119, août-septembre 2001, p.44 à 47, Entretien avec Antonio Damasio: Les émotions, source de la conscience.

 

Sciences Humaines, mensuel No 108, août-septembre 2000, p.21 à 45 Dossier Homme/animal, Des frontières incertaines.

 

Sciences Humaines, mensuel Hors-Série No 30, septembre 2000, p.52-53, La naissance de l'éthologie: de l'animal à l'homme.

 

Sciences Humaines, mensuel No 104, avril 2000, p. 16 à 20, Faut-il parler de ses émotions?

 

Sciences Humaines, mensuel No 98, juillet 1999, p. 34 à 37, Entretien avec Paul Ekman : Le langage naturel des émotions.

 

Sciences Humaines, mensuel No 87, octobre 1998, p.32 à 35, Les animaux pensent-ils?

 

Sciences Humaines, mensuel No 68, janvier 1997, p. 16 à 29, Dossier Les émotions de A à Z

 

 

 

Articles

 

Les enfants violentés et leurs animaux, M. Robin, M.S.W., M.P.H., R.W. ten Bensel, M.D., M.P.H. J. Quigley, D.V.M., & R.K. Anderson, D.V.M., M.P.H., Minneapolis, texte traduit et distribué par la Société de Zoothérapie de Drummondville, Québec.

 

Le lien humain/animal chez les enfants souffrant d'un déficit d'attention, I.L. Gislason, M.D., J. Swanson, Ph.D., E.S. Martinez, B.A., S. Szkupinski Quiroga et R.W., Castillo, Department of Psychiatry, University of California, texte traduit et distribué par la Société de Zoothérapie de Drummondville, Québec.

 

Programme de séjour à la ferme et son effet sur les enfants avec un handicap caractériel, Samuel B. Ross Jr., Ph.D., Martin G. Vigdor, Ph.D., Mary Kohnstamm, M.S.W. Michael DiPaoli, S-A., Barbara Manley, B.A. and Lisa Ross, B.A., Green Chimneys Children's Services, New York, texte traduit et distribué par la Société de Zoothérapie de Drumondville, Québec.

 

Aider les enfants souffrant de déficit d'attention hyperactif et de handicap caractériel par la thérapie assistée par l'animal et l'éducation, Aaron Datcher, M.D., Gregory G. Wilkins, Ph.D., texte traduit et distribué par la Société de Zoothérapie de Drumondville, Québec.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexes

 

Matériel ayant nourri ma réflexion sur le chien d'institution :

 

Qu'est-ce que l'A.N.E.C.A.H.?, site internet:

 www.ac-amiens.fr/college02/wajsfelner_cuffies/anecah.htm

 

Le Copain, site internet:

 www.lecopain.ch/fr/portrf.htm

 

Enquête réalisée par la Fondation 30 Millions d'Amis et envoyée par la fondation par courrier électronique relative à l'insertion des animaux de compagnie dans les maisons de retraite et les hôpitaux en France.

 

Document contenant les articles mentionnés dans la bibliographie, traduit et distribué par la Société de Zoothérapie de Drummondville, Québec.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXES au travail Le chien d'institution : Contribution de l'animal dans la prise en charge éducative en institution présenté par Fabienne Zufferey en vue de l'obtention du diplôme de travail social d'éducatrice spécialisée ESTS

 

Table des matières

 

 

 

Introduction                                                                            P. 4

 

 

Première partie : Observation                                              P. 6

Chapitre premier : L'animal dans l'existence humaine     P.  6

Chapitre II : Première hypothèse : Les quatre fonctions              principales du chien  de compagnie                                                        P.  8

Chapitre III : Deuxième hypothèse : Le chien comme objet de                           décentration  ou comme "moi en miroir"                                     P. 13

Chapitre IV :Troisème hypothèse : L'animal comme occasion de rencontre avec les drames fondamentaux de la vie                                                          P.16

Chapitre V : Quatrième hypothèse : L'animal comme moyen de                       réassurance                                                                                                P. 18

 

 

Deuxième partie : Opérationnalité de ce travail : L'introduction d'un chien d'institution à La Pommeraie                                      P. 21

                        Introduction                                                                            P. 21

                        Problématique                                                                       P. 22

                        Hypothèses de compréhension                                          P. 22

                        Hypothèses d'action                                                             P. 23

                        Objectifs                                                                                 P. 23

                        Moyens                                                                                   P. 24

                        Organisation                                                                          P. 26

                        Evaluation des objectifs                                                       P. 27

 

 

Troisième partie : Conclusion                                              P. 29

 

 

Bibliographie                                                                         P.31                                                      

 

Annexes                                                                                P. 33