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Des souriceaux confortent une piste dans l'autisme

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Des souriceaux confortent une piste dans l

Des souriceaux confortent une piste dans l'autisme

Un défaut opioïde endogène

En étudiant des souriceaux privés génétiquement du récepteur opioïde μ, une équipe a observé des déficits dans le comportement d'attachement à la mère. Cela confirme qu'un mauvais fonctionnement du système opioïde endogène pourrait être impliqué dans les troubles de l'attachement, comme l'autisme.

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Les souriceaux ne préfèrent pas forcément leur mère à une autre mère, leur nid à un autre nid(Photo S Toubon/"le Quotidien")

De notre correspondante
à New York

LE SYSTEME opioïde du cerveau, reposant en partie sur les récepteurs opioïde μ, contrôle la perception de la douleur et le comportement de dépendance. Il a été proposé également que la fixation des opiacés endogènes aux récepteurs μ pourrait médier des récompenses naturelles et sous-tendre en partie le comportement d'attachement du nourrisson à la mère.
Afin d'examiner cette dernière hypothèse, l'équipe de Francesca D'Amato (Institut de neuroscience à Rome) et Brigitte Kieffer (Cnrs/Inserm/université Louis-Pasteur à Illkirch) a étudié la souris knock-out privée génétiquement du récepteur opioïde μ (Orpm-/-).
Tandis que les mères knock-out ont un comportement tout à fait normal envers leurs petits, les souriceaux knock-out montrent un étonnant détachement vis-à-vis de leur mère. Ainsi, lorsqu'ils sont séparés de leur mère ou de l'odeur du nid familier, ils émettent bien moins d'appels de détresse que les souriceaux normaux. Le récepteur opioïde μ est bien en cause dans cette différence, puisque l'administration d'un opiacé (morphine) atténue nettement les appels de détresse des souriceaux normaux, mais n'a pas d'effet sur les appels des souriceaux déficients en récepteurs-μ.
Or les deux groupes de souriceaux ne diffèrent pas dans leurs appels de détresse lorsqu'ils sont confrontés au froid ou à l'odeur de rats mâles inconnus, ce qui montre bien que les souriceaux mutants sont tout à fait capables d'émettre des appels de détresse et de sentir les odeurs et la chaleur.
Les chercheuses ont également observé que les souriceaux knock-out ne préfèrent pas forcément leur mère ou leur nid familier à une autre mère inconnue ou un autre nid.
De plus, la séparation de leur mère, après une brève exposition, ne déclenche pas les appels de détresse renforcés qui surviennent normalement ; cela suggère, selon l'équipe, que le récepteur-μ joue un rôle dans l'état affectif positif (ou le plaisir) provoqué par les stimuli maternels.
« Le système de récompense dopaminergique mésocorticolimbique a été impliqué dans l'attachement social, par lequel les peptides ocytocine et vasopressine jouent un rôle essentiel dans l'association entre les stimuli sociaux et les circuits de récompense du cerveau », rappellent les chercheuses.

Les effets réconfortant du contact social.
« Nos données étayent l'hypothèse selon laquelle le système opioïde-μ est un élément crucial des voies de renforcement social modulant les états affectifs positifs associés aux stimuli maternels, expliquent-elles. Panksepp et coll. ont élaboré un modèle dans lequel le contact social procure des effets réconfortants, en partie médié par les opioïdes, et ont proposé que la séparation sociale détermine une détresse analogue au sevrage des opiacés. Les souriceaux knock-out ne ressentent aucun de ces deux états du fait de l'absence des récepteurs qui sous-tendent la réponse à l'isolement social ou le confort social. »
Ces résultats, concluent les chercheuses, étayent l'hypothèse de Panksepp et coll. selon laquelle un mauvais fonctionnement du système opioïde endogène pourrait être impliqué dans l'indifférence sociale des enfants autistes ou des enfants qui souffrent du trouble réactif de l'attachement.

> Dr VERONIQUE NGUYEN

« Science », 25 juin 2004, p. 1983.

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