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Famille d'accueil Genève les nourissons trinquent !

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Famille d'accueil Genève les nourissons trinquent !


 
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GenèveSOCIAL - Répondant mal aux besoins psychologiques des nourrissons, le système genevois de placement met leur développement en danger, selon une recherche.

Lorsque l'enfant paraît... Toutes les naissances ne sont, hélas, pas suivies d'un retour triomphant au foyer familial. Certains nouveau-nés, dont la vie et le développement pourraient être menacés par un rôle parental inadéquat, nécessitent un placement extra-familial. A Genève, on ne rencontre chaque année «que» cinq à six cas de bébés séparés de leurs parents dès la naissance pour des raisons de sécurité. Si la situation reste stable, la problématique du placement n'en demeure pas moins lourde. Elle a fait l'objet d'un travail de recherche dans le cadre de l'Ecole supérieure de travail social (IES/ESTS), récemment soutenu par Jocelyne Leone[1].
Centrée sur l'enfant, cette recherche met volontairement de côté les difficultés des parents et des professionnels dans le processus du placement. L'auteure a sondé le système genevois de prise en charge, au fil des étapes juridiques et sociales, à l'aune du concept psychologique du «besoin d'attachement» du nourrisson à une figure parentale. Ciblant, pour ce faire, les bébés de 0 à 1an. Elle aboutit au constat d'une prise en charge «non satisfaisante». Faute de moyens. Et, plus précisément, d'une réflexion globale autour du placement. Dans un contexte où «il n'existe de toute façon pas de bonnes solutions, mais des 'moins pires', l'organisation des lieux de vie est à remettre en question en fonction du besoin d'attachement de l'enfant», conclut Jocelyne Leone.
Pour étayer ses travaux, elle s'est appuyée sur sept entretiens semi-directifs réalisés auprès de professionnels des domaines psycho-médical, social et juridique concernés. Lesquels reconnaissent que si les besoins vitaux de l'enfant sont respectés dans le processus de placement, il n'en va pas de même pour ses besoins psychologiques. A cause du manque de structures adéquates, de la succession des lieux de vie dans l'attente d'une famille d'accueil. Mais aussi du paradoxe lié au concept même du placement. Comme le relève une assistante sociale interrogée par Jocelyne Leone: «On travaille toujours dans la perspective du lien, de renforcer les liens parents-enfants, mais en même temps, on sépare les enfants des mères...»[2] Des doutes et des scrupules qui, pour légitimes qu'ils soient chez les professionnels, pèsent sur la procédure, et retardent d'autant la possible création d'un lien stable et durable avec une personne de référence dont le nourrisson a tellement besoin.


A chaque lieu sa logique

Il n'empêche. Dans la situation genevoise actuelle, lorsqu'un retour dans la famille d'origine n'est pas envisageable, les bébés se retrouvent confrontés à de multiples embûches d'ordre juridique et social: longueur de la procédure judiciaire, changements d'institutions, pénurie de familles d'accueil. Ainsi, avant de pouvoir être confiés à des parents nourriciers, ces enfants doivent parfois patienter jusqu'à une année (lire ci-dessous). Ils auront ainsi, au cours de leurs premiers mois de vie, transité entre les bras d'une trentaine de personnes. «Aucun système de référence n'est mis en place dans la continuité», relève Jocelyne Leone.
Par ailleurs, à chaque lieu de vie sa logique. Ainsi, pour les nouveau-nés, «il y a toujours un choc au passage de l'Unité de développement [de pédiatrie des Hôpitaux universitaires] au foyer Piccolo», pointe l'auteure. En effet, à l'hôpital, où le maintien du lien parent-enfant est favorisé, les parents peuvent visiter leur bébé comme ils le souhaitent, de 7h à 22h. Alors qu'au foyer d'accueil d'urgence, les visites, à horaire fixe, sont programmées une ou deux fois par semaine. En vue d'un placement en famille d'accueil, l'institution se doit d'entamer un travail sur la séparation...


Pour un accueil mère-enfant

Face à ces lacunes, Jocelyne Leone avance des pistes. En accord avec tous les professionnels rencontrés, elle considère que la mise sur pied d'une structure d'accueil à moyen et long terme pour les enfants en dessous de 3ans, et plus précisément la création d'un lieu d'accueil mère-enfant, est une priorité absolue. «Ce qui permettrait aux mères de trouver leurs marques, de favoriser l'attachement et d'évaluer plus rapidement les situations.» Par ailleurs, le type de placement, institutionnel ou familial, doit être davantage en adéquation avec la durée envisagée. La famille d'accueil serait à privilégier en prévision d'un placement à long terme. Pour cela, il faudrait plus de ressources dans leur recrutement et leur accompagnement. Ainsi que des moyens supplémentaires pour les services évaluateurs. I

Note :
[1]Itinéraire des bébés placés. Réflexion autour des nouveau-nés séparés de leurs parents dès la naissance pour des raisons de sécurité, J. Leone, IES, 2006. [2]Les nécessités de placement sont généralement associées à des situations de mères seules, jeunes, souffrant d'addiction, de troubles psychiques, en grande précarité économique et sociale, voire en rupture avec leur propre famille.

 
 
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Un an de tribulations


 
   CORINNE AUBLANC   
 
 
Les situations à «haut risque psychosocial» détectées à la maternité conduisent à une prise en charge du nouveau-né par l'Unité de développement de la Clinique de pédiatrie. La structure procède à une première évaluation, sur une durée de trois à cinq semaines. En cas de retour au foyer non envisageable, le Tribunal tutélaire est saisi. Ce dernier mandate alors le service de protection de la jeunesse (PDJ) pour une évaluation complémentaire portant sur la situation familiale.
La PDJ dispose de sept semaines environ –parfois plus– pour rendre son rapport au Tribunal tutélaire. Si l'enquête conclut à l'impossibilité d'un encadrement à domicile, le Tribunal convoque les parents en audience. A l'issue de laquelle seront instaurées des mesures provisoires –les parents ont dix jours pour recourir– ou définitives, telles que retrait de garde et curatelle[1]. Au bout du compte, la procédure peut durer six mois, voire une année, en cas d'opposition parentale.
Pendant ce temps, l'hospitalisation du bébé à l'Unité de développement, rarement inférieure à deux mois, se prolonge souvent jusqu'à quatre mois, voire plus, en fonction des disponibilités en foyer d'accueil. En théorie, le bébé peut, à ce stade, également être placé chez une famille agréée ou chez un membre de sa propre famille. Mais dans les faits, «il est rare qu'une famille d'accueil soit disponible si rapidement et un placement familial nécessite une évaluation approfondie», relativise Jocelyne Leone.
Quant au foyer Piccolo, la seule structure genevoise à accueillir des nouveau-nés, il est conçu pour l'accueil d'urgence et de courte durée (trois mois maximum) et dispose de douze places. Dans les faits, un nourrisson peut y séjourner jusqu'à six mois, voire une année, avant de rejoindre une famille susceptible de l'accueillir. CAC

Note : [1]Les mesures de protection de l'enfant passent, proportionnellement au déficit de parentalité constaté, par l'exercice du droit de regard et d'information (en l'occurrence par le service de protection de la jeunesse), la curatelle, le retrait de garde (sachant qu'en dehors du pouvoir de décider de la résidence de leur enfant, les parents conservent l'autorité parentale, le droit d'entretenir des relations personnelles ainsi que l'obligation d'entretien). Le retrait de l'autorité parentale, mesure la plus forte, soumet l'enfant à la tutelle.
 

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Protection de l'enfance site web : www.lecourrier.ch/

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