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Enfance : le rôle délicat des familles d'accueil

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Enfance : le rôle délicat des familles d'accueil

Enfance : le rôle délicat des familles d'accueil AIDE SOCIALE L'affaire d'Outreau a mis en lumière la mission des familles d'accueil, chargées de protéger les enfants victimes de violences. Delphine Chayet [19 décembre 2005] Fabien, 5 ans à l'époque, n'oubliera jamais, non plus, à quel point l'accueil des deux martyrs semblait important pour sa mère. En prenant sous son aile deux nouveaux petits, Yvonne Milon réalisait un rêve : TOUTE SA VIE, Fabien se sou viendra du jour où Thomas et Mélissa (1) sont arrivés. A 3 ans et 18 mois, les deux enfants placés par l'aide sociale à l'enfance ne pouvaient ni parler, ni manger, ni dormir. Quelque 45 000 foyers français, semblables à la famille Milon, ont ainsi fait de leur maison un refuge pour enfants en danger ou pour adolescents délinquants. Les familles d'accueil vivent une révolution. En février dernier, une loi a consacré le rôle des assistantes familiales – leur nouvelle appellation. «L'objectif est de faire de l'accueil des enfants en danger une profession à part entière», indique Pascal Goulfier, directeur de l'action sociale au conseil général de la Manche. A première vue, le métier se réduit à peu de choses : recueillir sans juger, donner un cadre et des repères, incarner l'autorité bienveillante. «Nous recrutons des experts en humanité», résume Jean-Louis Daumas, directeur régional de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Il faut aussi entourer de tendresse, être à l'écoute et se montrer aimant... sans outrepasser le sacro-saint devoir de neutralité afin de maintenir des liens avec la famille biologique. Blessures profondes «Nous ne sommes pas leurs parents : il faut avoir ce principe à l'esprit à tout moment», souligne Yvonne Milon, 49 ans, qui a vu partir, parfois avec déchirement, une dizaine d'enfants et d'adolescents depuis qu'elle est assistante familiale. Les tablées du dimanche, dans la maison de Mortefontaine-en-Thelle, un village de l'Oise de quatre cents âmes, sont autant d'occasions de retrouvailles. Souvent, d'anciens pensionnaires devenus grands reviennent pour donner de leurs nouvelles et retrouver une ambiance familiale unique. Yvonne et Bernard Milon ont aujourd'hui trois grands enfants, deux petits-enfants et deux pensionnaires à plein temps. Mais aussi dix chats, trois chiens, deux poneys et des poules... «Il est parfois difficile de faire comprendre un mode de vie qui peut sembler atypique», racontent les Milon, parfois blessés par les remarques de certains voisins. Comme jadis, la grande majorité des assistantes familiales vivent à la campagne, dans des maisons suffisamment grandes pour accueillir jusqu'à trois enfants. C'est alors toute la famille qui se trouve embarquée dans l'aventure. Au milieu des années 80, Yvonne Milon a ainsi choisi d'attendre que son fils aîné soit en âge d'accepter les nouveaux venus : «Il faut que tout le monde soit impliqué. Sinon, c'est le clash.» Car les familles sont en première ligne face à des enfants traumatisés, profondément blessés, parfois violents. «Les jeunes ont des hauts et des bas, confirme l'opulente Bretonne désormais sous contrat avec la PJJ. Les convocations chez le juge, des dates anniversaires, un week-end pénible chez leurs parents... Dans ces moments douloureux, ils vont sombrer dans la dépression, se renfermer ou, au contraire, devenir agressifs. Mon rôle est alors de les aider à en sortir.» Suivi régulier Parfois, il faut faire face à une fugue ou une tentative de suicide. Et ne pas juger leurs actes passés, si effrayants soient-ils. Dans l'Oise, 70% des adolescents sont placés par la PJJ pour des agressions sexuelles sur d'autres enfants, le plus souvent au sein de leur propre famille. Pour éviter tous ces écueils, les conseils généraux et la PJJ organisent un suivi régulier des assistantes familiales. «Alors qu'il y a trente ans un inspecteur passait tous les six mois, aujourd'hui, des psychologues et des éducateurs sont mobilisés en permanence», souligne Jean-Paul Bischwiller, au conseil général de Meurthe-et- Moselle. Une manière aussi de leur rappeler le devoir de neutralité – à Outreau, certaines assistantes familiales qui avaient accueilli des enfants victimes présumées d'agressions sexuelles ont ainsi été soupçonnées d'avoir suscité des accusations fantaisistes, par souci de libérer leur parole. Au cours des vingt dernières années, Yvonne Milon a eu bien des occasions de mesurer la difficulté de maintenir la bonne distance. La famille entière a ainsi vécu une tragédie lorsque Thomas et Mélissa, leurs premiers «protégés», ont brusquement été retirés. «Ils avaient atteint l'âge limite de 14 ans et nous n'avions pas pu les adopter», se rappelle Fabien. Trois ans se sont ensuite écoulés avant que la famille s'aventure de nouveau à accueillir d'autres enfants. (1) Les prénoms des mineurs ont été changés.

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