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POURQUOI FAUDRAIT-IL AIDER LES ENFANTS SURDOUES?
Myriam Goldwasser
psychologue clinicienne
Tél: 0688590870
adresse mail
yentl@live.fr

      

Les enfants à haut potentiel avec difficultés instrumentales associées


Résumé :

La précocité intellectuelle commence à être connue et reconnue en France. Pas encore l’existence et les besoins spécifiques de ceux parmi ces enfants à haut potentiel qui présentent des troubles instrumentaux associés. Tout ou presque en ce domaine reste à faire : tests spécifiques , affinement du diagnostic clinique, formation des enseignants, adaptation de l’enseignement…Travaillant dans ce domaine depuis quatorze ans, je m’attache dans cet article à développer une clinique précise et bien différenciée permettant un repérage spécifique des indices à relever et de la dynamique dialogique à analyser lors de l’examen psychologique et orthophonique de ces enfants particuliers.

The problematic of gifted children has lately become familiar in France, with some official recognition of its specific means and needs. Not yet the problematic of gifted children with disabilities. A little is done on this matter. There is still a lack of specific testing ,clinic description, teachers training, specific teaching…
I have been working in this field for fourteen years.
This article aims to describe and start defining precisely what to notice and  how to qualify the complex interaction during the examination of gifted children with disabilities in Psychology and Language Therapy .


Mots clé
Haut potentiel , surdouement, précocité, hypersensibilité, blocage, dyslexie, langage et QI.



Mis en face d’une difficulté que les autres ne semblent pas partager, l’enfant à haut potentiel avec difficultés instrumentales associées, s’il n’est pas dépisté comme tel, va construire une image de lui-même défaillante, en exagérant ses difficultés comme seuls les surdoués savent le faire, du fait de leur hypersensibilité et de leur manque d’estime de soi.
On sait déjà que le danger de trouble psychologique associé à un fort surdouement (au-dessus de 141) existe.
La méconnaissance de troubles associés de type dyslexique peut  aussi engendrer une réaction négative globale touchant autant l’estime de soi que la capacité à exprimer son intelligence.
Ce qui conduit le psychologue averti à une indispensable démarche clinique pour moduler les tests selon la disponibilité réelle de l’enfant testé.
Il se peut  que l’enfant bloqué ne soit plus testable, ou que ses tests soient bloqués à la moyenne comme ce fut le cas pour L. dont je vais parler, pour lequel j’ai dû attendre une année  avant de pouvoir faire un test WPPSI III objectivant un Quotient Intellectuel à 144 …

1 Ce n’est pas toujours facile de mesurer l’intelligence, surtout si elle se cache…
L’association  Douance, introduisant pour un public naïf  la question des enfants à Haut Potentiel, précise qu’on peut reconnaitre un surdoué davantage à son comportement qu’à ses résultats au test de QI.
Que ressent un enfant de six ans à qui l’on présente un demi –pamplemousse (la vraie question est analogue) en lui demandant ce qui manque, et qui comprend intuitivement quand il répond « l’autre moitié » que le psychologue cote « zéro » sa réponse ?
Que ressent un enfant de huit ans devant un test qui présente des dessins de vrai bébé et de vrai fruit puis un canard dont on est supposé comprendre qu’il est en plastique à sa petite valve dessinée s’il pense que ce sont tous seulement des dessins colorés ?
Le haut surdouement engendre des inadaptations qui peuvent aller jusqu’à l’échec dans le cadre rigide d’un test.
De ce fait je pense comme Douance que sans entretien clinique et vraie relation, l’enfant Hautement Surdoué peut parfois disparaitre comme fumée dans la grille objective des tests.
Il faut tenir compte de la relation et pour pouvoir le faire établir une réelle communication avec l’enfant, avec la volonté claire de le comprendre et de l’aider.
C’est seulement ensuite qu’on peut le tester.

J’aimerais maintenant rentrer dans la pratique pour développer ce point de vue clinique .
 Le petit L. est venu me voir à 4 ans 5 mois pour des troubles de l’attention en classe .
Le père qui parle en grec à son fils a des réactions émotives trop fortes aussi qui peuvent bloquer l'enfant et ne le voit pas du tout comme précoce mais au contraire comme un peu lent...
Il me dit que L. a des difficultés d'adaptation à la nouveauté et qu'il faut lui répéter plusieurs fois quelque chose avant qu'il ne le comprenne.
Il a remarqué que L. a des réactions parfois brutales comme lui-même, s'énerve et abandonne ce qu'il n'arrive pas à faire facilement, souffre de la séparation , a souvent peur d'échouer et s'énerve à cause de çà.
La compréhension du langage se révèle en avance sur son âge.
L. montre parfaitement l'épaule, le coude, le menton. (acquis par la majorité des enfants entre quatre et cinq ans) ainsi que les couleurs intermédiaires (violet rose marron etc...)
Il me montre aussi qu'il comprend des phrases d'explication très complexes et je commence à lui parler comme à un enfant de six ans ce qui le rassure;
Au niveau de l’expression, L. réutilise spontanément les subjonctifs que j'utilise en changeant correctement la personne qui parle:
"Il vaut mieux que tu le prennes et le mettes dehors" (le chat, qui lui fait un peu peur)
ce qui est d'un niveau plus de sept ans.
Il est capable en répétition de répéter facilement les phrases quatre cinq six et sept ans , commence à se tromper sur le niveau 8 ans
Il articule parfaitement les phonèmes cinq ans stra cra etc... et tout aussi parfaitement sans que je répète "absatrask"
Il est certain que son langage est très en avance.
L’intelligence logique est abordée avec les matrices du Wisc IV, normalement utilisées seulement à partir de six ans, L. obtient un score de 10/20 sur la cotation six ans, en dépit de l'immaturité normale de ses repères spatiaux ( il a quatre ans et cinq mois)
L'instabilité diminue quand l'intérêt intellectuel  de l’activité que je lui propose augmente, ce qui permet d’exclure tout trouble primaire de l’attention malgré l’instabilité motrice en classe.
Quand je demande à L. de se dessiner , il dessine une forme jaune qui ressemble à une fusée et dit que c'est TOROBO qui est pas heureux qui veut sauver la terre mais il y a la guerre alors y tape et y coupe mais il arrive pas à tuer les méchants alors quand il fait çà il est méchant aussi.
Sur ma demande il dessine aussi un enfant, qu’on estime au  test  du Bonhomme d’un niveau trois ans, dessin régressé donc, mais avec un mouvement dans la jambe... ce qui dévoile la maturité masquée le mouvement étant absent des représentations du Bonhomme avant six ans ; pour me faire plaisir il rajoute un corps entre la tête et les jambes, mais les bras sont au milieu du corps, il n'y a pas de cou, ni de mains, ni de pieds. le dessin est spontanément un dessin de souffrance psychologique . Il y a un détail intéressant , deux grandes oreilles...
J’écris alors au médecin qui me l’avait adressé :
Il s'agit d'un enfant probablement précoce, anxieux et instable,  (sans instabilité primaire)qui ne sait pas bien où il en est, et cache son intelligence dans ses graphismes pour exprimer une souffrance.
Je vais essayer de l'aider à évoluer vers une expression plus libre de son intelligence et une meilleure connaissance de lui-même.
Durant l’année suivante, L. se bloque à l’école, car la maitresse l’a adressé à l’institutrice spécialisée qui le reçoit en groupe de soutien avec des enfants plus faibles et plus lents que la moyenne ; Cela produit chez L. un décalage tellement important entre lui et les autres qu’il s’y perd et se met à agir comme un enfant plus jeune. Il devient alors intestable ,disant « c’est trop difficile » dès qu’il doit faire le moindre effort et équilibrant ses performances un peu en dessous de la moyenne de son âge chronologique non seulement en classe mais aussi aux items de la WPPSI que je tente de lui faire passer.
Il me fait comprendre qu’il souffre , qu’il a besoin de moi pour en parler et non pour le faire travailler « comme à l’école » généralisant aux tests son blocage scolaire.
Sur ma demande transmise par les parents la prise en charge en petit groupe de soutien à l’école est suspendue en mai 2011.
Parallèlement le travail avec les deux parents améliore sensiblement leur relation et leur confiance en eux, et une relation de confiance solide se développe aussi entre nous tous.
En juin 2011, je réussis à sentir chez L. une petite ouverture, et il m’explique qu’il voudrait un appareil photo comme Papa.(numérique) Je conviens alors avec sa mère que si L. accepte de passer mes tests et révèle un surdouement, il aura un appareil photo. Ce coup de dé ne tient que sur mon expérience clinique, je suis sûre du surdouement caché de L, sûre aussi que le seul problème est de lui permettre de le montrer. C’était le bon moment , L. se prend au jeu et accepte enfin de faire de son mieux.
J’obtiens alors le résultat suivant :
Test de Quotient Intellectuel Wippsi 3
T. L.
Le 28 06 2011
âge de l'enfant: 5 ans 8 mois
Résultats généraux du test:
Avec un score de 144, le quotient intellectuel de L. se situe dans les 2 pour mille supérieurs de la population .
Profil:
Compréhension verbale QIV hautement surdouée à 146
rang percentile 99,9
Performances QIP à117 rang percentile 87
Bien qu’il se pense nul L.est déjà dans les 13% supérieurs de sa classe d’âge sur ce plan.
Vitesse de traitement à 109 rang percentile 73
L’hétérogénéité de développement est provisoire, la main qui écrit murissant moins vite que l’esprit et la conscience de Léo ; il n’y a là rien d’inquiétant ( sauf de son point de vue)
Analyse par subtest :
Cubes  11  
Information 15
Matrices 12
Vocabulaire 19
Identification de concepts 15
Symboles 15
Raisonnement verbal 18
Code 8
Compréhension de situations 16
Complètement d’images 18
Similitudes 19
Assemblage d’objets 11
Ces résultats ont valu à L. en plus de l’appareil photo numérique, un grand soulagement, car il était enfin capable de me et de se montrer sa valeur. Il venait de passer six mois dans sa nouvelle école à cacher soigneusement son intelligence sous un comportement régressif. L’accompagnement en Psychologie lui a permis de dépasser le blocage et de s’ouvrir .

2 Comment pourrait-elle être dyslexique, elle n’est pas au-dessous de la moyenne !

Encore aujourd’hui, pour l’enseignant moyen, un enfant ne peut pas être à la fois être surdoué et avoir des difficultés instrumentales. Ainsi, on posera facilement un diagnostic erroné de trouble de l’attention ou de problème de comportement sur un enfant à haut potentiel dont le développement hétérogène masque des difficultés dyslexiques spécifiques. Et l’enfant «  mal dit » devient malade et perd peu à peu la confiance en soi déjà fragile qui lui permettait de gérer tant bien que mal son  énorme hétérogénéité de développement.
Impossible de mesurer par rapport à la moyenne la dyslexie d’un enfant surdoué car elle est compensée en partie par son intelligence, en écrivant mal pour écrire des lettres ambiguës qui masquent les fautes possibles, en lisant «  le » pour « de » pour éviter le «  d », plus tard en brodant avec toute son intelligence sur ce qu’il sait par ailleurs pour éviter de monter qu’il n’a pas lu le texte dont on parle,ou qu’il l’a lu seulement très approximativement. Il y a pour un surdoué mille et une façons de cacher ce qu’il ne sait pas, ce qui ne lui permet pas de trouver de l’aide.
Ainsi A., aux deux parents dyslexiques, vient me voir en orthophonie contre l’avis de son maître qui est certain qu’elle n’a rien, sauf parfois une mauvaise volonté flagrante…
Voici ce que montre son bilan :
Patient examiné : M. A.
Née le 22/5/2003
Le 26/03/2010
1 Lecture
Elle lit à voix haute très lentement en syllabant les mots pour auto-compenser sa tendance dyslexique.
Alors que le déchiffrage isolé d'un texte sans signification arrive à la moyenne de son âge, il y a, sur un petit texte signifiant, des erreurs liées au déchiffrage défaillant, le rythme et la qualité du déchiffrage étant d'environ trois mois au-dessous de la moyenne, ce qui apparemment n’est pas grand-chose.
Dans « Poule noire », A. n'arrive pas à lire « porte » qu'elle inverse "prote " et place de ce fait le chat au hasard et non devant la porte. Elle n'arrive pas à déchiffrer « trois » qu'elle lit "pour" et choisit de ce fait quatre poussins au lieu de trois pour accompagner la poule noire.
La tendance aux inversions est forte et gène sa lecture.
A l'Alouette elle fait 17 fautes de déchiffrage, p/b sont souvent confondus, au/ou aussi, il y a aussi des fautes par surgénéralisation comme ant lu e du ent lu e dans les verbes.
On pressent bien là qu'il s'agit d'une enfant à la fois très vive d'esprit et gênée en lecture par un terrain pré-dyslexique.
2 Ecriture
Bonne maturation du geste graphique, dans la bonne moyenne de son âge.
Copie encore lettre par lettre, mais assez rapide pour qu'on ne le remarque pas.
A. porte aussi des lunettes.
3 Langage oral
A Compréhension
Epreuve de compréhension du Wisc IV: 18/20 score surdoué.
Ce décalage entre un item de compréhension verbale orale surdoué et les scores de lecture à trois mois en dessous de la moyenne montrent la réalité du terrain pré-dyslexique car avec une intelligence aussi vive A. ne devrait pas lire au rythme moyen de sa classe d’âge mais beaucoup plus vite.
Néanmoins A. a aussi un vocabulaire juste moyen ce qui complique encore un peu le diagnostic.
Le raisonnement logique d’A. est gêné dans son expression par un vocabulaire non au-dessous de la moyenne, mais au-dessous des besoins de sa pensée:
Par exemple, pour répondre à la question :« Un scarabée et une libellule, tous les deux c’est quoi ? », elle ne répond pas, comme la moyenne des enfants de six ans, " des animaux", parce qu'elle cherche un mot plus précis, saisit parfaitement qu'il s'agit d'une catégorie spécifique, mais ne dispose pas dans son stock lexical appris, du mot "insecte ",qu'elle cherche en me disant "Comment on dit...?"
Pour répondre à la question  « La peur, le bonheur tous les deux c’est quoi ? »
qu'un enfant de son âge n'est pas supposé comprendre, elle cherche "Comment on appelle çà, des é..." C'est le mot émotion qu'elle cherche,  qu'elle reconnaît comme exact quand je le lui propose.
Il y a un contraste important entre la précision potentielle de sa pensée logique, peut-être aussi surdouée, et la pauvreté du vocabulaire disponible.
Il est toujours difficile de qualifier la finesse de la pensée mais c’est bien dans ce décalage entre pensée et parole que se mesure l’aide que l’on peut apporter pour enrichir le vocabulaire d’un enfant , vis-à-vis de ses propres besoins, et non seulement par rapport à une moyenne.
C Vocabulaire
Epreuve de vocabulaire du Wisc IV: 9/20
Le score  confirme un petit déficit en vocabulaire, légèrement au-dessous de la moyenne de son âge. De nouveau, ce score est à confronter au 18 en compréhension et à la précision de l’interaction dialogique, pour comprendre en quoi A. est gênée pour s’exprimer, inhibée.
4 Dessin
Le dessin est mature avec des personnages coiffés, avec cou et chaussures.
Elle dessine trois paires de mains à trois doigts et me dit qu'elle a le même problème que maman et papa.
Elle a probablement raison, puisque son père disait qu'il se pensait dyslexique et croyait que sa femme l'était un peu aussi.
5 Orientation spatiale
Il y a des troubles de l'orientation spatiale avec forte tendance aux inversions.                              

A.    entame une rééducation orthophonique pas du tout comprise par son maître de CE1, qui ne voit pas où est le problème, car A. est au-dessus de la moyenne de la classe.
Un an plus tard, A. a 8 ans et passe au CE2. Les résultats complets au test BELO montrent une dyslexie bien réelle que l’intelligence vive avait masquée.
 .
Bilan orthophonique, test Belo

Syllabes complexes percentile 4
Graphies complexes percentile 57

Lecture encore déficitaire pour les syllabes complexes et un peu faible pour les graphies complexes isolées.

Répétition de chiffres à l'endroit percentile 79
Répétition de chiffres à l'envers  percentile 100

Lecture de mots réguliers percentile 100
Lecture de mots irréguliers percentile 10

Définition de mots réguliers percentile 52
Définition de mots irréguliers percentile 20
Temps de lecture mots réguliers percentile10
Temps de lecture mots irréguliers percentile inférieur au minimum prévu par le test niveau 3ème trimestre CP

A. n'a pas pu enregistrer  automatiquement comme un enfant non dyslexique les mots irréguliers.
L'absence d'automatisme de lecture dû à la dyslexie engendre un temps supplémentaire nécessaire au déchiffrage
Lecture de texte erreurs de déchiffrage percentile 7
Lecture de texte temps percentile 10
Lecture de texte compréhension percentile 58
Lecture de texte qualité percentile 17
Lecture de texte compréhension percentile 58
La lecture déchiffrage n'est pas encore assez sûre pour permettre une bonne compréhension du texte lu, malgré l'intelligence vive d'A.

Conscience phonologique percentile 10
Orthographe syllabes percentile 16
Orthographe mots percentile 11
Orthographe phrases percentile 21

La tendance dysorthographique s’annonce déjà avec, du fait de l'intelligence, des résultats meilleurs en orthographe grammaticale que lexicale.

Dénomination, erreurs, percentile 100
Dénomination temps percentile 25

Diagnostic
Confirmation du diagnostic du premier bilan, dyslexie chez une enfant probablement à fort potentiel intellectuel.
Le quotient intellectuel réalisé six mois plus tard confirmera le diagnostic, avec un QIT de 132.

L’intérêt de cette observation est de démontrer qu’on peut passer facilement « à côté » d’un dépistage précoce de terrain pré-dyslexique chez une enfant à haut potentiel.
Tout reste à faire pour informer, éduquer le regard, et permettre une prise en compte intelligente de ces enfants différents.
Il faut savoir que souvent encore le surdouement engendre non une réussite mais un blocage scolaire parce que l’enfant n’arrive pas à s’identifier à ce qu’on dit de lui qui est trop différent de son ressenti intérieur.
Quand un diagnostic exact est posé, on déclenche un soulagement, une libération, qui permet à l’enfant de se retrouver, de se remettre en contact avec sa force intérieure. C’est pourquoi un Quotient Intellectuel bien fait a des vertus thérapeutiques pour l’enfant à Haut Potentiel.
L’accompagnement va ensuite aider l’enfant à accepter son hétérogénéité de développement sans abandonner les secteurs moins surdoués et sans se sentir coupable d’être un peu différent.

3 Surdoué et dyslexique dans une famille de surdoués normaux c’est pas facile non plus

C. est  en 2010 un petit garçon de 8 ans né le 19/09/02 scolarisé en CE2.
Sa mère qui l'accompagne m'explique que de nombreux examens ont été faits sans qu'on arrive véritablement à lui expliquer de quoi ressort le malaise de son fils.
Un QI de 129 a été établi. Il est communément admis que les enfants soient dits précoces dès 128, le seuil de surdouement adulte étant à 132.


C. manque de confiance en lui.
Je lui propose d'abord un petit texte à lire sur une encyclopédie scientifique. Il choisit un texte sur les papillons qui l'intéresse.
Je lui dis de lire ce qui est écrit en gros sur la page, puis l'encadré, qui correspond à la légende d'une image. Ce faisant ,je ne remarque pas que le dernier paragraphe continue sur la page suivante.
C., sans s'en rendre compte, modifie ma consigne pour la rendre plus logique, lit seulement jusqu'à la fin du dernier paragraphe complet, puis passe à l'encadré sous l'image et enchaîne avec le dernier paragraphe et la page suivante.
Il est très surpris que je le félicite pour son autonomie de lecture.
J'observe des erreurs en petit nombre, une contradiction forte entre son rythme de pensée et sa lecture déchiffrage.
Par exemple il lit " écailles" pour "ailes" parce que "écailles" est le dernier mot du paragraphe lu par anticipation alors qu'il n'en est encore qu'au mot "ailes" vers le milieu du paragraphe.
Ce type de fautes évoque une compensation par une intelligence très forte d'une difficulté dyslexique devenue invisible de ce fait.
Les mots inconnus sont annonés comme di...ur...nes. cha...cun. ju...di....cieu...se.... ment.
Il y a aussi un contraste entre cette lenteur et son aisance quand il connait le mot, comme si l'on voyait tout à coup un déchiffrage plus lent qu'on ne pourrait le croire.
Quand je lui dis que j'aimerais savoir ce qu'il a compris de sa lecture, C. me répond, désabusé:
"Je me rappelle presque jamais ce que j'ai lu."

Puis il écrit "Les papillons", et veut rayer ce qu'il a écrit.
 Il est suffisamment perdu dans l'orthographe pour me demander " Déroul, çà s'écrit comme çà?"
"Déroul" écrit sans aucune terminaison grammaticale, celà ne correspond pas à l'écriture normale d'un enfant de 8 ans avec un QI de 129.
A chaque mot C. hésite, craignant de mal l'écrire.
L'écriture spontanée est juste dans la moyenne d'un CE2 avec des erreurs . Il peut donc s'agir d'un enfant surdoué avec dyslexie en grande partie auto-compensée par l'intelligence.

Je décide d'examiner les performances visuo spatiales et nous refaisons les cubes du Wisc IV qu'il a déjà vus une fois.  Une inversion perceptive du triangle à former survient dès la cinquième figure, qu'il corrige après un instant de panique, les figures 9 et 10 (4 cubes) montrent de nombreuses inversions auto-corrigées.
La perception visuelle est marquée par des inversions.
Il semble que s'associe une vision globale de la forme brillante ou surdouée et une incapacité à prévoir le détail correctement orienté dans ses assemblages, ce qui l'amène à essayer toutes les positions au hasard quand il doit corriger une erreur dans un puzzle.
Alors que les inversions freinent ses performances , la vision  globale est assez bonne pour que la dernière figure, si difficile parce qu'abstraite du cadre, soit réussie. Mais elle n'est pas prise en compte dans le score car la réalisation en 3mn36 a dépassé le temps imposé.
La passation est atypique et suggère l'existence conjointe d'un surdouement et de difficultés perceptives discrètes.
Le dessin du Bonhomme est atypique avec une tête mature avec coiffure, mais un corps niveau 6/7 ans sans épaules, sans articulations, sans mouvement, C. se dessine les mains en comptant à voix haute comme un petit "un deux trois quatre cinq doigts", il y a un malaise qu'il exprime vis à vis de ses mains.
La présomption de trouble instrumental masqué par le surdouement m'amène à recommander pour continuer l'examen, un bilan orthophonique.


Dans le bilan orthophonique,au test Logator lecture:
la lecture de logatomes (mots sans signification) révèle l'existence d'un traitement dyslexique de l'information lue, en grande partie compensé, mais pas complètement, par l'intelligence.
Il y a 13 fautes non autocorrigées:
des confusions de sons proches f/v
des inversions de syllabes complexes comme folton lu floton
des assimilations comme mensa lu mensan
des simplifications comme psi lu si
des sons complexes confondus comme euil, eil, ail, ouille, gui
des confusions p/b dans boyau lu poyau
Parmi les autocorrection on note beaucoup d'inversions autocorrigées comme crobragi lu crobarbragi à toute vitesse.
Bien que le résultat soit dans la limite inférieure de la moyenne de son âge, il y a un contraste important entre la puissance de l'intelligence et les difficultés de déchiffrage, et d'autre part des signes cliniques de dyslexie (sons proches f/v, lettres visuellement proches p/b/d/q, inversions) sont là malgré la forte capacité d'auto-correction.

A l'Alouette, la lecture est rapide mais comprend 21 fautes de déchiffrage non auto corrigées et autant corrigées dont de nombreuses inversions comme fééries lu fréries, perfide lu préfide, garnie lu grani puis autocorrigé, des assimilations rétrogrades comme s'aligner lu l'aligner, des erreurs de phonèmes complexes comme poison lu poisson, gn non déchiffré, iaille lu èle, et des lectures globales erronées sans vérification comme pompe lu pomme.
Bien que la dyslexie reste invisible au score final (niveau octobre CE2 en novembre CE2) le type de fautes montre l'existence d'un terrain dyslexique et une auto-compensation par l'intelligence secondairement.

Au test Chronodictée A les résultats de C. le situent à un écart type seulement au-dessous de la moyenne de son âge en orthographe grammaticale.(Petit retard par rapport à la moyenne, plus grand quand on tient compte du fait qu'il s'agit d'un enfant au QI de 129.)
Par contre l'orthographe lexicale est bonne ce qui est atypique  dans une dyslexie.

Il existe donc un petit trouble instrumental s'apparentant à une dyslexie chez un enfant assez intelligent pour compenser en grande partie le trouble.

L'analyse des fautes dans notre entretien après la dictée montre des surgissements de fantasme bloquant l'écriture comme dans "De sombres cavernes" écrit " de sont beaux cavernes" C.m'explique qu'il pensait à la cave à vin de son cousin dans laquelle il n'a pas le droit d'entrer, plus précisément à la porte d'entrée de cette cave toute noire, pendant qu'il écrivait...

Il n'y a pas d'avance en compréhension de la lecture, C. n'est pas capable de comprendre un texte lu au-dessus de son âge.
L' association du surdouement aux petites difficultés instrumentales empèche d'envisager un saut de classe et conduit à un fort danger de décrochage de l'attention en classe quand il y a des répétitions de choses qu'il a déjà comprises.

Il est probable que de l'angoisse est générée par les difficultés instrumentales dans la lecture et dans l'écriture qui conduit aux décrochages et blocages éventuels.
Plus un enfant est intelligent, plus il a tendance à exagérer ses difficultés instrumentales et à en souffrir.
La guidance parentale devrait permettre aussi à sa mère de minorer l'angoisse en évitant de dramatiser les difficultés.
C. a besoin de reconnaitre ses petites difficultés sans les exagérer, de clarifier en orthophonie ses quelques carences de déchiffrage et d'accords grammaticaux.

Il faut aussi qu'il arrive à se construire en thérapie une meilleure image de lui-même . Il confond l'expression de son désir inconscient avec un handicap, pense qu'il "entend mal par moment" et non qu'il ferme ses oreilles pour penser à autre chose, croit qu'il n'a aucune imagination et qu'il ne retient rien de ce qu'il lit.
Il a besoin de faire confiance et de se faire confiance
Pendant sa prise en charge, C.me parle des souffrances qu’engendrent ses difficultés de communication orale dans sa famille parce que ses idées sont claires mais ses mots encore confus, pas aussi rapides que ceux de sa mère, de son père, de sa sœur. Ecoutons-le décrire cette souffrance :
« Je regardais le gravier, j’avais remarqué que le gravier sous la roue à l’oreille, il cognait, contre le chassis, je voulais montrer à maman que c’était marrant parce qu’avec la boue çà fabriquait du ciment sous le chassis j’ai dit « ya quoi au-dessus de la roue ? » C’était ce mot chassis que j’avais besoin. Maman m’a dit « je sais pas » j’ai dit «Au-dessus de la roue et du pneu » Elle a répondu « La jante » alors là j’ai su qu’elle m’écoutait pas, que c’était pas la peine d’essayer de lui parler. »
Ce qui se passe entre C. et sa mère est lié aux difficultés d’expression de C. dans une famille où tout le monde parle vite et précisément. Parce que C. est moins verbal, la communication s’interrompt.
C’est pour çà que C. a « besoin de se défouler » souvent…Ce trouble du langage musèle parfois la pensée pourtant riche, précise, créative.

En conclusion, il existe un champ spécifique de recherche et d’action ,encore peu exploré aujourd’hui en France ,qui est celui des enfants à Haut Potentiel, présentant conjointement des difficultés instrumentales.
Les enfants qui sont dans ce cas, présentent plus de risques que les autres de développer secondairement des troubles psychologiques, si on ne diagnostique pas précisément leurs points forts et leurs difficultés. Le travail qui reste à faire est énorme pour faire reconnaitre à ces enfants un droit égal à celui des autres à une écoute et à une aide réellement adaptées.


Membre de MENSA France – Ancienne élève de l’Ecole Normale de Paris
                       Lewinson97@]bezeqint.net 0097236290321 téléphone et fax

 
Introduction
 
Comme le précise Jean Charles Terrassier (ANPEIP) dans son livre "Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante"ESF95 (1), "La question des enfants surdoués est l'un de ces secteurs de la réalité qui, trop dérangeants, subissent un déni. Celle des enfants surdoués en échec scolaire, un double déni. Terrassier cite un attaché de cabinet au ministère de l'éducation qui lui disait en 73 :"Si un enfant est véritablement surdoué,il s'en sortira toujours, même dans un mauvais systême éducatif " Or l'observation de la réalité montre que ceci est faux."
 
Si l'on en croit Arielle Adda, psychologue de Mensa France et auteur du livre "de l'enfant doué" chez Solar(3), il y a bien corrélation entre supériorité intellectuelle évaluée au WISCIII et échec scolaire pour de nombreux enfants.Ceux-ci présenteraient des difficultés d'intégration liées au surdouement.
 
L'étude de l'AFEP citée par Sophie Côte dans son article extrait de "La précocité intellectuelle" (4) p181, va dans le même sens :
 
 
......


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pourquoi faudrait-il aider les enfants surdoués?

Myriam GOLDWASSER  - orthophoniste DE– psychologueDESS

                                    DEA de Linguistique générale et appliquée.

Membre de MENSA France – Ancienne élève de l’Ecole Normale de Paris

                           Lewinson97@]bezeqint.net     0097236290321 téléphone et fax 

    

 

Introduction

 

Comme le précise Jean Charles Terrassier (ANPEIP) dans son livre "Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante"ESF95 (1), "La question des enfants surdoués est l'un de ces secteurs de la réalité qui, trop dérangeants, subissent un déni. Celle des enfants surdoués en échec scolaire, un double déni. Terrassier cite un attaché de cabinet au ministère de l'éducation qui lui disait en 73 :"Si un enfant est véritablement surdoué,il s'en sortira toujours, même dans un mauvais systême éducatif " Or l'observation de la réalité montre que ceci est faux."

 

Si l'on en croit Arielle Adda, psychologue de Mensa France et auteur du livre "de l'enfant doué" chez Solar(3), il y a bien corrélation entre supériorité intellectuelle évaluée au WISCIII et échec scolaire pour de nombreux enfants.Ceux-ci présenteraient des difficultés d'intégration liées au surdouement.

 

L'étude de l'AFEP citée par Sophie Côte dans son article extrait de "La précocité intellectuelle"  (4) p181, va dans le même sens :

 

 

TAUX DE REUSSITE ET D'ECHEC DES ENFANTS PRECOCES

 

 

EXCELLENTS/BONS

MOYENS/MEDIOCRES

EN DIFFICULTE

MATERNELLE

100%

 

 

PRIMAIRE

75/85%

13%

2  %

SECONDAIRE 5ème

60%

25%

15%

SECOND 4ème

40%

32%

28%

SECONDAIRE 3ème

33%

34%

33%

 

Ä         Statistique sur 300 parents.

 

 

Il s'agit là seulement d'enfants testés et dépistés dont les familles étaient suffisamment disponibles pour consulter à l'AFEP.

 

Il est évident que ce phénomène d'échec scolaire risque de toucher davantage des enfants non dépistés, assimilés à des enfants en retard, ou invisibles dans la moyenne, et de milieu socio-culturellement défavorisé. Selon Pierre Morin ce sont “400.000 enfants en France, qui, parce que non reconnus, sont marginalisés, parfois maltraités, exclus”. (extrait de la brochure I.S.F.E.R.).

 

Ces difficultés semblent être relationnelles, liées à une communication inadéquate. Elles conditionnent dans les cas les plus graves un repli sur soi avec étouffement des capacités par mécanisme de défense.


 

Pierre Morin, Directeur de l'Institut du Surdouement, chercheur actif et organisateur de stages pour enfants surdoués , me citait le cas d'un enfant à 119 de Q. I. repéré par lui comme surdoué caché(inhibé) sur des critères cliniques liés à son expérience, qui retesté un an après, sans avoir bénéficié entretemps d'une aide adaptée, arrivait à un 95 de Q. I. (à courbe semblable). Comme le montre Terrassier dans son livre(1) le fait que le surdoué soit une fille, que les parents ne soient pas surdoués, ou encore que le milieu soit socio-culturellement défavorisé, et à plus forte raison la conjonction de deux ou trois de ces facteurs, entraine une probabilité importante de repli sur soi, pour apparaître comme on doit être, c'est à dire semblable aux autres, et non comme on est.

 

Dans ce cas on trouve des enfants brillants qui (Terrassier 1) "bloquent leur potentiel". Cela peut donc se traduire soit par un échec scolaire flagrant, soit par le fait d'être et de rester à la moyenne, chez un enfant qui masque plus ou moins bien des compétences bien supérieures.

 

Cela peut aussi se traduire par un échec au QI ou/et par un échec d'intégration sociale.La fiabilité prédictive des tests de QI a des limites liées à l'inégalité des chances d'expression de l'intelligence dans notre société. Comme le rappellent Christiane Charlemaine et Catherine Huber dans leur article" surdoué et mathématiques, une analyse par race, sexe, et classe sociale" dans "La précocité intellectuelle"p159:

 

"Abergel et Hostyn ont constaté en 95 que les QI des élèves de l'école polytechnique se situaient tous entre 140 et 150. (...) Or qui sont ces élèves? En écrasante majorité des hommes, 98% contre 2% de femmes.D'où viennent-ils ? d'un milieu de cadres pour 46% médical pour 11% enseignant pour 8% agriculteur pour 6% . 0% commerçants O% ouvriers.O% employés."

 

Cette étude met en évidence l'inégalité actuelle de l'accès aux grandes écoles indépendamment de l'intelligence , en fonction du sexe et du milieu d'origine.

Il est difficile de comprendre de l'extérieur ce que peut ètre la difficulté ordinaire de communication d'un enfant surdoué. Par exemple Michel 9 ans 1/2, inventant un jeu de l'oie avec des cartes - devinettes, me pose: -Quel est le cri de la fourmi?- ...? - cronde -...?? - Mais si, écoute, cronde! Et finalement je comprends enfin - Tu dis microonde, four micro onde-Ben bien sur! Michel ne voit pas qu'il pense plus vite, il ne sait pas s'adapter à l'autre qu'il suppose aussi rapide que lui.

 

Ce type de communication provoque souvent l'énervement de sa mère, de son maître, et même de ses camarades, tous consciemment ou inconsciemment frustrés de ne pas comprendre . Pour l'enfant lui-même, il y a souffrance si personne ne comprend ce qu'il dit. Cela peut aller jusqu'au doute sur ses capacités et sur sa raison.

 

Chez Michel, cela ne se traduit heureusement que par un bégaiement et une inhibition scolaire avant la prise en charge, qui levée par celle-ci, lui a permis de passer de 10 à 17 de moyenne et 19/20 en maths très rapidement. Mais pour d'autres enfants il peut y avoir une inhibition plus tenace.

 

Terrassier(p38) explique le danger : "La situation est difficile pour les enfants surdoués qui apparaissent dans des familles de niveau socio-culturel faible .Ne pas comprendre l'enfant est alors très dommageable, mais le fait que l'enfant comprenne qu'on ne le comprend pas l'est encore plus.(...)Il sera alors devant une cruelle alternative: ou bien choisir de rester solidaire de sa famille en renonçant à être brillant, ou bien continuer à se développer en développant un sentiment de culpabilité.


 

"On peut donc parler d'un complexe particulier de l'enfant doué fille ou/et de parents non surdoués ou/et de milieu défavorisé, qu'on pourrait appeler le complexe d'Eve, tentée par la pomme du savoir et menacée à cause d'elle de se faire chasser du paradis, et traiter comme une paria, condamnée à la souffrance.

 

L'école non plus ne comprend pas l'enfant surdoué :

Comme l'avait déjà relevé Albert Jacquard, et comme le répète Sophie Cote, "Dans un système scolaire trop rigide et trop uniformisé, la précocité peut devenir un handicap." Elle l'explique très clairement (p180) : pour l'enfant en difficulté d'adaptation, toutes ses qualités se retournent contre lui: l'imagination devient distraction, la soif d'avaler le monde dilettantisme, l'amour du travail bien fait perfectionnisme, il a un vocabulaire riche, on le dit pédant, il veut poser des questions, il est impatient de répondre au professeur, on le dit perturbateur, égoïste,cherchant à attirer l'attention sur lui. Il travaille vite, on le dit bacleur et superficiel.

 

L'enseignant donc peut se défendre contre une différence qui lui demanderait trop d'attention et de présence en attaquant l'identité de l'enfant et en négativisant ses traits psychologiques pour l'exclure ou le réduire au silence. Il y a aussi une fragilité plus grande des enfants surdoués face au système scolaire et aux incohérences de leur éducation. Nous faisions l'hypothèse, avec Jean-Pierre Chatenet, coordinateur provisoire à l'époque des recherches sur les précoces à Mensa France , d'une hypersensibilité associée à l'hyperréactivité intellectuelle.

 

Pierre Morin m'a confirmée dans cette hypothèse en me parlant de ses recherches en ce sens. Il trouve en effet chez une majorité d'enfants surdoués une hypersensibilité à la lumière, aux sons, au toucher, aux odeurs, aux gouts, parfois mème à tous ces facteurs à la fois, pouvant entrainer et expliquer des difficultés relationnelles. Son explication est neurologique: il y aurait chez les enfants surdoués probablement du fait de l'existence de connections interneuronales plus nombreuses, un traitement plus intensif des informations perçues amenant l'enfant à réagir rapidement et précisément à des stimulis que les autres, enfants et adultes, n'ont pas perçus

 

L'idée se retrouve dans les travaux expérimentaux de Jean-Claude Grubar (4) chercheur à Lille III. Selon lui, les travaux d'Eysenc en 1982 sur les potentiels évoqués au niveau auditif permettent de conclure que la latence est corrélée inversement au Q. I. Il y a donc réduction du temps de latence dans la transmission auditive des informations chez les enfants précoces. Dans un même laps de temps le cerveau d'un enfant surdoué recevrait donc davantage d'informations sensorielles. Cette hypersensibilité est associée à une immense capacité de concentration sur ce qui intéresse l'enfant. Grubar hésite entre deux hypothèses expliquant neurologiquement cette puissance de conduction et de traitement de l'information : selon lui on ne sait pas encore si cette accélération de la transmission est due à une vitesse de conduction plus rapide des influx nerveux ou à une transmission plus rapide synaptique. En tout cas il semble certain que le cerveau des surdoués leur permet de recueillir plus d'informations sensorielles plus vite.

 

Mais cette force extrême qui peut permettre des acquisitions prodigieuses quand le désir est dirigé vers les apprentissages, peut aussi être retournée contre soi, et l'enfant peut se saboter avec une grande violence. Rappelons le thème évoqué au colloque d'Eurotalent en 1994 et repris au colloque de l'ANPEIP NORD en octobre 98 : “les adultes, anciens enfants surdoués, accusent un taux de mortalité plus élevé, des tendances dépressives plus importantes, plus de troubles du sommeil, plus de risques d'usage de drogues et d'alcool, de suicide et de passages à l'acte délinquants, le risque étant statistiquement deux à trois fois supérieur à la moyenne de la population globale." Il s'agit donc aussi d'un travail de prévention de ces risques majeurs par l'aide aux enfants surdoués.


 

Le plus rageant, n'est-ce pas ce risque de suicide de l'adolescent surdoué par manque de communication et de relation affective adaptée à ses besoins particuliers ?

 

Comme le rappelle Terrassier dans le premier chapitre de son livre(1) : "Saura-t-on jamais combien de génies potentiels ont été perdus, aussi bien pour eux-même que pour l'humanité, à cause de circonstances d'éducation défavorables ?"(...)"

 

Comment aider l'enfant surdoué ? D'abord en le connaissant et en le reconnaissant" pour lui permettre en exprimant son potentiel de mieux se connaître, de retrouver une meilleure image de soi, de déculpabiliser sa réussite, de retrouver le plaisir d'apprendre et de découvrir qui est chez ce type d'enfants un moteur fondamental du désir de vivre.

 

 

 

 

 

Dyssynchronie, signes annexes, prise en charge holistique

 

Tous les auteurs s'accordent pour relever une dyssynchronie typique chez l'enfant doué. En fait celle-ci est aussi le miroir de nos attentes, car c'est nous qui postulons qu'un enfant "normal" doit avoir des résultats homogènes dans tous les domaines.

 

Comme le rappelle Terrassier (p95) "Selon les conclusions du département de l'Instruction publique de Genève en 1978: "La différenciation possible de l'action pédagogique dans l'école actuelle est sans commune mesure avec l'ampleur des différences entre enfants du même âge. Pour fonctionner, l'école ne peut prendre l'enfant tel qu'il est: elle ne pourrait faire face, dans son organisation présente, à la diversité des individus. Elle est donc comdamnée à vivre sur une fiction, autrement dit à traiter tous les enfants pour ce qu'ils devraient être." Comment mieux dire que l'école délire et vit sur une fiction, celle de l'uniformité des enfants ? "

 

Néammoins il y a bien gène, chez nombre d'enfants doués, vis à vis de l'acte de réalisation psychomoteur de l'expression, tant sur le plan de la parole, produisant fréquemment un léger bégaiement, que sur celui de l'écriture, maladroite et irrégulière face au moule impeccable du CP. Il semble que s'objective un décalage entre la vitesse de la pensée en mots et celles de la parole articulée et de l'écriture. Par une prise de conscience anticipatrice, l'enfant freiné dans son expression par les limites de rythme de ses réalisations tremble, redouble, hésite et rage, par la parole bégayée ou par l'écriture. Son image de soi est aussi perturbée par un immense désir de perfection , une tension désirante vers l'absolu qui lui fait ressentir sa réalité comme cruellement limitée.

 

La vision à long terme, l'anticipation du résultat global, est en décalage avec le rythme de la mise en oeuvre, comme si l'on s'applique à conduire une voiture en regardant au bout de l'horizon. De surcroit, l'absence de sens d'une tache proposée, comme la copie répétitive hors contexte de communication, ou la prise de parole face à quelqu'un qui n'est pas pret à écouter ce qu'on veut dire, créent dans l'enfant , avec une prescience aigue du paradoxe, un malaise et un sentiment de décalage encore plus grand.


 

Arriver à tenir ensemble le contexte et l'acte, la pensée et sa réalisation matérielle, demande un apprentissage difficile que les enfants normaux n'aborderont pas avant l'àge de la pensée dite abstraite, à l'entrée dans l'adolescence. Mais pour l'enfant doué, les stades piagétiens ne valent pas, il y a une capacité spontanée et première de pensée globale et abstraite et une réelle difficulté à ne voir qu'un détail en faisant abstraction de l'ensemble.

 

Le programme scolaire en grande partie fondé sur les recherches piagétiennes,mais qui les déforme en les généralisant et en les institutionnalisant, faisant abstraction de l'individu au nom de l'impératif économique, qui conçoit les choses sur le modèle d'un escalier où aucune marche ne peut être sautée et qu'il faut gravir pas à pas, ne correspond pas au rythme naturel de ces enfants capables de plonger très profond et de pirouetter dans toutes les directions. Pour que leur parole et leur écriture se forment, il faut qu'elles puissent exprimer ce qu'ils sont et être entendues.

 

 

 

Renversement du rapport enseignant/enseigné

 

 

Je suis d'accord avec Grubar quand il transforme astucieusement la théorie piagétienne d'équilibre entre accommodation (adaptation de la personne au milieu) et assimilation (adaptation par la personne du milieu) pour recommander une meilleure adaptation du milieu éducatif aux enfants surdoués plutôt que l'inverse. En effet l'accommodation a souvent atteint un point limite et l'enfant différent contraint de se mouler à une norme inadéquate se retrouve en échec scolaire. "Il y a déséquilibre parce qu'on ne sollicite pas d'eux ce qu'ils sont capables de réaliser."

 

On ne trouve pas de différence de structure entre les besoins de l'enfant normal et ceux de l'enfant surdoué. Ce qui existe est une différence d'intensité dans l'expression de ces besoins et une différence de radicalité dans le refus de participer à un système inadéquat.

Ce que nous mettons en place grâce aux enfants surdoués correspond à une anticipation des besoins de la société en devenir, si celle-ci devient ce qu'elle peut être de mieux, et non une société de clones et de robots. Le champ psychopédagogique d'expérience ouvert en interaction avec des enfants surdoués est pour nous un laboratoire du futur, une occasion d'ouvrir les rigidités encore opérantes mais déjà dépassées dans la pratique éducative. La première de ces rigidités est le rapport de pouvoir, où l'adulte, enseignant ou/et spécialiste , seul possesseur du savoir, décide de sa diffusion. Ce rapport de pouvoir existe dans la classe, chez le médecin, chez le psychologue, en psychothérapie, dans tous les cas où la personne n'est pas supposée savoir et s'adresse à celui qui sait.

 

Or la nature même de l'être humain est sa liberté de changement, de découverte de soi et du monde dans un rapport créatif qui dépasse les conditionnements. Le rapport humain est intrinsèquement lié à la conception que nous nous faisons, à travers l'éducation, de notre nature. Les grands pédagogues de la liberté comme Freinet, Montessori, Steiner, nous ont amenés à cette question double:

 

-         Qu'est-ce qu'enseigner ?

-         Qu'est-ce que vivre.?

 


 

Poursuivons le parallèle :

Enseigner :     cela consiste-t-il à véhiculer des normes semblables de génération en génération ou à permettre une recherche vivante capable de tenir en main toute l'information disponible pour la remettre en cause en basculant le point de vue ?

 

Vivre  :           cela consiste-t-il à se mouler à une norme préexistante par un apprentissage, ou à participer à un mouvement de création et d'auto-création de soi et de l'univers ?

 

 

Au colloque de l'A.N.P.E.I.P. Marie-Claude Vallet présentant une étude longitudinale sur le devenir des enfants surdoués, rapporte les résultats d'un dialogue avec ces jeunes adultes au sujet de l'éducation, par l'intermédiaire d'un questionnaire (Terrassier-Gauvrit, Gauvrit étant l'auteur de la thèse dont cette étude rend compte).

 

 

Ces jeunes estiment souhaitable:

1-     qu'on considère l'acquisition des connaissances et la formation de la personne comme un tout.

2-     que l'on tienne compte pour chacun de ses intérets personnels

3-     qu'on valorise dans l'enseignement l'autonomie et la liberté

4-     que l'enfant soit respecté, aimé,et puisse apprendre le respect de l'autre et la tolérance.

 

On trouverait les mêmes souhaits dans la vie active, ces jeunes ont aussi besoin d'y trouver autonomie, liberté, respect.

 

On voit bien qu'il s'agit d'un modèle global et non spécifique. Il faut garder en tête cette dimension globale du problème quand nous proposons, pour un enfant particulier, des déblocages cognitifs puis scolaires liés à la prise de sens des activités.

 

Pierre Morin me parlait du succès rencontré en proposant à des enfants récalcitrants devant l'écriture de faire un roman. Ce n'est un paradoxe qu'en apparence. En fait c'est plutôt de l'ordre de l'évidence: tout linguiste vous dira que l'écriture comme la parole n'existe que pour faire sens, pour communiquer. Or à l'école celle-ci (l'écriture) devient le véhicule d'une norme dénuée de tout pouvoir de communication. La page d'écriture, puis la dictée, font de l'écrit un pensum au nom de la progressivité des acquisitions. Pierre Morin constate qu'en levant dans un premier temps l'exigence orthographique et en impulsant l'expression, libre et personnelle, on débloque l'écriture. Il redécouvre ce que Freinet avait mis en pratique dès la première année d'apprentissage de la lecture et de l'écriture , par l'usage libre d'une imprimerie et la confection d'un journal.

 

On trouve dans les livres de Freinet plusieurs exemples de dyslexiques rééduqués par cette pratique globale orientée vers l'acte de communication. J'ai moi-même mis en place dans la rééducation orthophonique des troubles de l'écriture et de l'orthographe un "réseau petits mots" dans lequel chaque enfant dispose d'une boite à lettre et communique par courrier avec les correspondants de son choix. Il est totalement évident que la réinscription de l'acte d'écrire dans une dimension de communication véritable facilite l'acquisition des bases de l'orthographe.


 

De la même manière, lire pour comprendre, et pour chercher des informations permet de rééduquer une lecture morte-née dans l'insignifiance. Ces techniques ne sont en aucun cas spécifiques aux enfants doués, elles répondent à un besoin de tous les enfants. Ce qui est spécifique, c'est la rapidité de changement de l'enfant doué, capable à une vitesse prodigieuse de se transformer quand il renait au désir d'apprendre. Spécifique aussi , le questionnement constant par ces enfants sur la logique de ce qu'on leur dit, questionnement angoissé parce qu'il y a eu souffrance face à une perte de sens et à une absence de reconnaissance.

 

Chez les petits, on peut aisément relever des fautes spécifiques aussi, dues et liées à une intelligence plus large et globalisante que le cadre proposé. Il suffit de bien connaitre le programme officiel de l'école primaire pour repérer ces fautes qui sont des questions non-dites inconscientes débordant l'enseignement proposé : ainsi un enfant qui à la fin du CP écrira des D ou des T à la fin des verbes en Er au présent, alors que les bases élémentaires de la grammaire ne sont découvertes qu'au CE1, un enfant qui au début du CP lira OU le U et bu le bus, témoignant d'une conscience ou préconscience précoce de la complexité du rapport grapho-phonique et de l'existence de lettres muettes en fin de mots, alors que le programme enseigné s'efforce en début d'année d'assimiler un son à un graphème simple.

 

Ces fautes sont des trésors si l'on y répond intelligemment en élargissant le champ des connaissances de l'enfant. Elles ne sont malheureusement perçues le plus souvent que comme des fautes d'inattention par des enseignants déjà débordés.

 

Il s'agit d'enfants qui généralisent d'emblée, qui cherchent la logique du systême dans et au-delà de ce qui leur est enseigné. Ils voient plus large que l'ensemble qui leur est proposé et cette largeur de point de vue, non explicitée, non maîtrisée, non précisée, devient une gêne pour s'adapter à l'enseignement normalisé.

 

On passe autant de temps, avec un enfant doué, à expliciter la démarche que l'on suit, sa logique, ses préssupposés, au besoin à l'affiner en tenant compte des remarques de l'enfant, qu'à le faire travailler. Mais quand il s'y met, c'est alors avec une très grande facilité. L'exercice (à condition qu'il soit logique) n'est plus que la conséquence logique d'une vision plus globale et de ce fait il ne présente plus pour l'enfant ni piège ni difficulté. Morin me disait assister à l'avènement d'un nouveau rôle de l'adulte, non plus maître du savoir, mais conseiller, accompagnateur.

 

Guide cheminant aux cotés d'un enfant auto-constructeur de sens, à la fois suffisamment cultivé pour lui communiquer des structures logiquement agencées , assez humble pour en connaître et en reconnaître les limites , pour se laisser remettre en cause et même parfois dépasser , assez passionné par la pensée pour apprécier à sa juste valeur la force de celle de l'enfant qui s'affirme et qui se crée.

Il ne s'agit pas seulement de pédagogie car l'enfant se forme globalement, la formation de la personnalité est inséparable de la démarche d'ouverture au monde et de connaissance. Le dialogue avec l'adulte est fondamental.

 

Il ne s'agit pas de psychothérapie basée sur l'évocation du passé. Morin m'a parlé de plusieurs enfants surdoués pour lesquels des années de psychothérapie se sont révélés innefficaces. Arielle Adda cite le cas intéressant d'un enfant provocateur livrant à son thérapeute de telles histoires monstrueuses, curieusement proches des préjugés implicites de l'école psychanalytique du-dit thérapeute, que ce dernier en vient à croire à une psychose là où il n'y a que jeu de dupes.


 

Et pourtant il y a bien psychothérapie. Au sens hébreu du mot, rétablissement de la liberté de circulation du souffle vital, (ruach) de l'énergie de vie à nouveau libre de s'investir dans un rapport désirant au savoir et au monde. La nature de la relation thérapeutique est moins de construire que de déconstruire, déconstruire une censure sur l'expression qui a freiné jusqu'à la pensée, déconstruire un modèle du dialogue fondé sur le pouvoir  et sur la non-communication.

 

On n'a pas besoin d'expliciter les causes de la souffrance. En fait le problème n'est pas en soi l'expérience passée traumatique d'une communication échouée, mais la généralisation spontanée à partir de cette expérience, à l'ensemble des possibles. L'enfant surdoué est extrêmement logique, et lui offrir la possiblité d'une expérience positive suffit souvent à lui permettre de dépasser par lui-même les traumatismes. L'expérience d'un dialogue à égalité, d'une écoute vraie, d'un rapport personnel et créatif à l'acte d'apprendre va devenir l'axiome de son système conceptuel, dans la rubrique. "Ce qu'il est possible et souhaitable de vivre "et permettre la relativisation du reste, perçu comme annexe parce qu'incohérent.

 

Encore une fois, le questionnement doit s'ouvrir, ce dont on parle n'est pas qu'une condition nécessaire à l'épanouissement des enfants surdoués. Il s'agit aussi pour tout le monde d'une éducation à la vie qui ne nous construise pas sur la peur. Comme le disait déjà Krishnamurti en 1953: "L'éducation, telle qu'on la pratique actuellement, n'encourage en aucune façon la compréhension des tendances héréditaires et des influences du milieu qui conditionnent le coeur et l'esprit, et entretiennent la peur. "

 

 

 

 

 

Une pensée d'emblée abstraite

 

 

Dire qu'un enfant est précoce et n'est que précoce revient à lui dénier toute spécificité, à réduire ses dons à une accélération provisoire de certains secteurs de son développement. Dirait-on de Gandhi ou d'Einstein qu'il fut précoce ? C'est peut-être un peu réducteur. Il y a des spécificités qui peuvent perdurer à l'âge adulte chez les personnes surdouées, ou regresser, ou disparaître, selon qu'ils trouvent ou non une voie de développement de leurs dons .

 

En se référant au travail de WEBB publié en 1993 on peut énumérer quelques caractéristiques de l'enfant doué :

 

Ø      acquiert et retient facilement l'information

Ø      grande curiosité intellectuelle

Ø      créatif, inventif, aime les nouvelles façons de faire les choses

Ø      concentration intense, tout entier tendu vers le but, attention de longue durée

Ø      capacité à conceptualiser, synthétiser, construire des structures, systématiser

Sophie Cote (p188) y ajoute :

Ø      l' hypersensibilité

Ø      l'efficacité de la mémoire


 

Morin à qui j'ai posé la question, quelles sont dans votre (large) expérience les caractéristiques cliniques par lesquelles l'on peut reconnaitre un enfant doué, m'a conseillé de distinguer entre QI>135 et QI<135. Avant 135, selon lui, il n'y a guère d'anticonformisme dans les réponses. C'est après 135 que se construit vraiment un portrait spécifique d'enfant atypique, qui aime surprendre l'adulte et bousculer dans ses réponses les cadres de la pensée logique pré-établie. Enfant hypersensible et ultrarapide, aux facultés de concentration extrêmes, cherchant toujours à pousser le raisonnement jusqu'au bout, ayant un sens très développé de la justice, une vision très haute de l'éthique et de l'esthétique, une notion abstraite des choses, une recherche d'absolu rendant très difficile la relativisation des choses vécues, un vécu douloureux et profond de l'échec, un besoin d'explorer les connaissances librement, à sa manière, en se forgeant des méthodes personnelles, souvent par essais et erreurs. L'enfant surdoué ne parle jamais par automatismes, sa parole qui surprend est toujours une création et le fruit d'une réflexion personnelle.Il y a chez cet enfant un désir naturel de recherche , qui quand il est bridé peut le conduire jusqu'à la dépression.

 

Dans la pathologie on va retrouver ces traits caractéristiques, ou certains d'entre eux associés à des comportements inadaptés ou/et à des déficiences sur certains secteurs. C'était le cas d'un enfant de dix ans que j'ai suivi deux ans et que j'appellerai Germain. Germain présentait dès le bilan des caractéristiques d'inadaptation liées à la fois à une réelle puissance de la pensée abstraite et à une pathologie (épileptique). Par exemple, après avoir lu une leçon de géographie extraite d'un manuel scolaire de son âge, sur le relief, à ma question testant la compréhension : quelle différence y-a-t-il entre plaine et plateau ? Il répond : une plaine c'est rond et un plateau plat puis devant ma perplexité précise : parce qu'on regarde de haut, c'est comme un oeuf. et quand je demande quoi ? répond : la terre. Il y a bien là des structures cognitives élaborées organisant les concepts et en même temps il y a défaillance à un autre niveau.

 

Au test de mémorisation et reproduction de signes orientés, la figure /C-CI devient /-C-I .

Là encore, il y a surcodage, structure organisatrice, généralisante, et en même temps, défaillance. Cet enfant au Q. I. global inférieur à 100 se disait gêné par une pensée trop rapide l'amenant à répondre juste à un problème sans arriver correctement ensuite à énumérer les étapes de son raisonnement. Capable de suivre une sixième normale alors que son handicap majeur moteur ne lui permettait d'écrire que grossièrement et très lentement, cet enfant ne rentrait pas dans les normes établies. Son père, lui-même membre de Mensa, se battait pour son intégration dans un système scolaire très peu adapté.

 

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On voit cette superstructure, cette tendance spontanée à la généralisation, déborder le cadre des questions posées aussi chez l'enfant surdoué non déficient. Quand il est très équilibré il aide par sa réponse l'adulte à comprendre, capable de prévoir et de compenser le décalage qu'il va créer par sa réponse avec l'attente de l'autre. Mais parfois il ne le fait pas et répond naturellement en élargissant le cadre proposé, un peu à l'inverse du débile léger qui dissocie les opérations complexes en éléments plus simples. Et tout comme une pédagogie adaptée facilite les acquisitions des enfants déficients intellectuels légers en sériant et en échelonnant les difficultés,

 

 

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une pédagogie adaptée à l'enfant doué est une pédagogie qui explique un énoncé en l'incluant à son tour dans une superstructure plus complexe ·

 

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A – élargissement

B – inclusion

C - implications

Topologie + souple

 

v     cas particuliers

v     limites

v     analogies autres structures

(recherche de rapports)

 

Ainsi Sally, 7 ans, a eu besoin pour lire les centaines d'explorer le système des nombres jusqu'aux milliards, et pour mémoriser sa table de 2 de construire la table de 10 puis la table de 11. En fait ces enfants apprennent par inclusion dans un système plus vaste un peu comme on déduit une propriété d'un théorème. Ils n'ont accès aux bases qu'à travers le plan d'architecture, en quelque sorte.

 

Cette manière d'apprendre est proche de ce que nous connaissons pour les langues étrangères. En effet, pour apprendre une langue, on pratique le bain de langue, une plongée où l'on déduit par la compréhension du contexte le sens probable des énoncés. On n'apprend pas une langue comme une liste de vocabulaire, mot par mot. On apprend par imprégnation, en laissant nos facultés de déduction inconscientes extraire du contexte la conscience de chaque élément de sens. C'est un peu comme quand on pratique un sport. On ne peut pas bouger si on décompose d'abord le mouvement. Il y a d'abord un ensemble, un contexte , par lequel chaque élément prend son sens. C'est aussi comme çà que le petit enfant apprend à comprendre ce qu'on dit, il est d'abord sensible à une mélodie intonative, et les mots s'en extraient comme des notes. L'enfant doué a besoin de travailler la logique, la grammaire, et le reste, comme une symphonie, un ensemble articulé où chaque élément se définit non en soi mais par rapport aux autres. Sa pensée est naturellement holistique, elle préfigure notre conscience à venir d'un monde où tout est relié.

 

Ces enfants sont en avance, non seulement d'un point de vue génétique individuel, mais aussi sur le plan collectif. Ils sont notre chance de penser le futur. Saurons-nous leur créer un monde à leur mesure ?

En attendant, on peut en sourire, comme le disait l'un de mes amis, inventeur, qui a toujours refusé de passer des tests d'intelligence, et reconnaître qu'il a raison quand il dit " Ils ont une sacré veine, ceux qui se font payer à se faire enseigner par ces enfants."


 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

 

1.           TERRASSIER JEAN-CHARLES “Les enfants surdoués ou la Précocite embarrassante” ESF 1995

2.           TERRASSIER ET GOUILLOU “Guide pratique de l'Enfant surdoué” ESF1998

3.           ADDA ARIELLE “Le livre de l'Enfant doué” SOLAR 1999

4.           JEAN CLAUDE GRUBAR, MICHEL DUYME, SOPHIE COTE, “La précocite intellectuelle” MARDAGA 1997

5.           REMY CHAUVIN “Les surdoues” MARABOUT 1975

6.           ALICE MILLER “Le drame de l'Enfant doué” PUF LE FIL ROUGE 1983

7.           MERCHAT ET CHAMONT “J'ai dit précoce ?” LACOUR NIMES 1987

8.           JEAN ZURFLUH “Les tests mentaux”, ENCYCLOPEDIE  JPDELARGE ED UNIVERSITAIRES 1976

9.           WEBB J.T “Nurturing social émotionnal dévelopment of gifted children” in K.A HELLER F.J.MONKS et A.H PASSOW INTERNATIONAL HANDBOOK OF RESEARCH AND DEVELOPMENT OF GIFTEDNESS AND TALENTED 1993 P525-538 OXFORD PERGAMON PRESS

 

 


 

Myriam GOLDWASSER

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née le 27 11 60 à Lyon France

1979/80 1ère année d' Orthophonie Paris V ; stage école

1980/81 2ème année d' Orthophonie ; stage de spécialisation enfants sourds, service de Mesdames Métreau et Wallier, Hôpital Necker , Paris 14 ème, éducation au langage oral et à la communication de jeunes enfants sourds profonds de 1 à 4 ans , certains polyhandicapés .

 1981/82 3ème année d' Orthophonie, stage de spécialisation Service de NeuroPsychologie adultes Pierrot Desseiligny Formation Blanche Ducarnes Aphasiologie, apraxie, agnosie, bilan, diagnostic, rééducation de tous les troubles neuro-psychologiques et neuro-linguistiques associés à une lésion cérébrale. Hôpital de la Pitié Salpétrière, Paris 13ème

Vacations à la Sorbonne Paris V comme assistant de l’enseignant pendant les cours de Linguistique de deuxième année d’Orthophonie.

Certificat de Capacité d'Orthophoniste  Mention TB

Soutenance d’un mémoire de recherche psycholinguistique.

Cette recherche, conservée au département de troisième cycle de l’UER de Linguistique Sorbonne Paris V a été utilisée et citée dans l’ouvrage collectif de recherche : « Moi, j’cause Français ! » publié aux Editions La Découverte, Maspéro 1983

1982/83 Orthophoniste, Auxerre, Yonne ;Toutes rééducations 

 2ème année DEUG Psychologie Paris VII

Stage IMP Marie Abadie Paris 14 auprès de Madame Touboul Karine Psychanalyste et Psychologue clinicienne. ( 4 ans, prise en charge d’enfants autistes et psychotiques en bilan et en traitement sous sa supervision)

1983/84 Institutrice spécialisée, classe spécialisée pour enfants dyslexiques, Centre audiométrique, Boulogne.

Licence de Psychologie Clinique et Psychanalytique

1984/85 Institutrice spécialisée , classe spécialisée pour enfants dyslexiques, centre audiométrique, Boulogne.

Projet d’Art Thérapie : réalisation d’un scénario et d’un film vidéo avec les enfants de la classe.

CAP d' Institutrice , privé sous contrat simple.

Maîtrise de Psychologie Clinique et Psychanalytique

1982/1989 Psychanalyse  auprès de Madame Christine Chartier Lombardi.

1985/86 Ecole Normale d'Instituteurs de Paris Batignolles.

DESS de Psychologie Clinique et Psychanalytique.

 TOEFL d'anglais Entrée à MENSA France

Mémoire de découverte de la Chimie à l'école élémentaire, pour l’ E.N .I , en collaboration avec l' Université de Jussieu.

1986/1987 Institutrice, en langue orale, en classe spécialisée pour enfants sourds et malentendants, en collaboration avec un professeur en langue des signes. Initiation à la langue des signes.

Institutrice déléguée pour le suivi d’intégration d’enfants sourds moyens en classe normale, français oral et signé.

CAP  des écoles publiques

1987/88 Psychologue et orthophoniste, Presles Val d'Oise, en collaboration avec l’école de l’immaculée Conception.

1ère année de DEA de Linguistique Générale et Appliquée, Paris V

1988/89  Institutrice  en classe de perfectionnement Paris 10ème

DEA de Linguistique générale et appliquée, Paris V.

1989/90 Institutrice en Français, Ecole Bilingue SFCA USA.

1990/91 California Basic Education Skills Test  Université de SFCA, USA

National Teaching Examination, Califonia USA  : autorisation à enseigner le Français  dans les collèges et lycées publics californiens

1991/92 Institutrice  remplaçante Paris

Certificat de Capacité à l'enseignement de l'Anglais dans les écoles primaires.

1992/96 Institutrice et professeur d’anglais par vacations le soir à l’école primaire

1996/99 Psychologue et orthophoniste libérale , Noisy le Grand.

En psychologie : entretien, Wisc III, et autres tests, diagnostic dynamique et psychopédagogique, introduction dans la communication d’enfants sans communication borderline, psychotiques, autistes, aide aux familles d’enfants handicapés ou surdoués.

En orthophonie : langage oral et écrit, logique verbale et mathématique, compréhension de discours, de texte, de problème,  construction de récit oral et écrit,  parole et articulation.

Surdité, dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dysphasie, troubles de l’attention et de la mémoire, enfants et adolescents.

Aphasiologie, bégaiement adultes.

 

 

1999 Conférence à l'UER de Médecine de Bordeaux, dans le cadre du congrès Enfants Surdoués ANPEIP , sous la direction de Madame Lamotte Corneloup , chargée d’Enseignement à Bordeaux 2 "Spécificités de la prise en charge en Orthophonie des enfants surdoués." Le texte de ma conférence a ensuite été publié sur le site de l’ANPEIP France.

Il est cité dans l’ouvrage « Surdoué mode d’emploi » de Françoise Civeyrel, Editions Prat 2002

1999 Psychologue et Orthophoniste libérale , à Saint Germain en Laye.

1999/2003 En psychologie : entretien, Wisc III, et autres tests, diagnostic dynamique et psychopédagogique, dépistage et suivi psychothérapeutique d’enfants surdoués en difficulté d’adaptation scolaire,  introduction dans la communication d’enfants sans communication borderline, psychotiques, autistes, aide aux familles d’enfants handicapés ou surdoués. Accompagnement de l’intégration scolaire auprès de l’équipe enseignante.

En orthophonie : langage oral et écrit, logique verbale et mathématique, compréhension de discours, de texte, de problème,  construction de récit oral et écrit,  troubles du langage des enfants bilingues et des enfants surdoués.

Surdité,dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dysphasie, troubles de l’attention et de la mémoire, enfants et adolescents.

Enfants bilingues, enfants surdoués à troubles associés dyslexiques dysorthographiques.

Aphasiologie, bégaiement adultes.

 

2003 Novembre Conférence au premier Congrès de Mensa Israël à Tel Aviv, en Anglais, sur le thème « Psychologie des Enfants surdoués »

Nommée coordinateur provisoire bénévole pour les questions d’Education des Enfants Surdoués à Mensa Israël

Collaboratrice bénévole d’André Chouraqui pendant toute l’année.

2003 : soumis pour publication, article de critique littéraire sur « Le Feu de L’Alliance », d’André Chouraqui, Daniel Radford, Bibliophane

2003 Décembre Conférence dans le cadre de Mensa Jérusalem, en Anglais, sur le thème « Difficultés de communication des enfants surdoués. »

 2004 Mai : interview dans le Jérusalem Post en français, à propos des problèmes des enfants surdoués.

Mai : article en français dans le Jérusalem Post « Communiquer avec nos enfants » répondant aux questions des lecteurs .

2004 Livre ‘Souviens-toi du Futur » sur la vie et l’oeuvre d’André Chouraqui entre 1948 et 1969, contenant des inédits d’André Chouraqui et des extraits de sa correspondance ave Malraux, Chagall, et bien d’autres. Présenté pour publication actuellement aux éditeurs français.

2004 , juin

Soumis pour publication dans la revue Sens : article sur le dialogue inter-religieux .

Soumis pour publication dans la revue Continuum : article sur l’universalité dans la pensée d’André Chouraqui

 

Septembre 2004 : acceptée comme Doctorante de l’Université de Bar Ilan Département de Français, en Linguistique générale et appliquée.

Thème : s’exprimer et comprendre dans une langue seconde.

 Invitée à participer au séminaire de recherche francophone du mardi, de l’Université de Tel Aviv, Département de Français.

 

lewinson97@bezeqint.net              0097236290321                  00972506621055