Neuroscience et jugement moral

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Neuroscience et jugement moral

Michael Gazzaniga: le libre arbitre en question

 

 
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Pour sa leçon d’ouverture du semestre de printemps, l’Université de Genève a accueilli, luindi 18 février, Michael Gazzaniga, Directeur du SAGE ("Center for the Study of the Mind") de l’Université de Californie à Santa Barbara et chef de file d’un des domaines les plus en vue de l’étude du vivant: les neurosciences cognitives. Sa conférence était intitulée «Libre? Neurosciences et mécanique de la décision». Elle a attriré plus de mille personnes aux auditoires Piaget et Rouiller d'Uni Dufour.

A la frontière entre la recherche sur le fonctionnement moléculaire du cerveau et celle sur les comportements humains, les avancées des neurosciences cognitives pourraient bien, dans les années à venir, autoriser l’identification d’une posture éthique de base, «naturelle» et commune à toute l’espèce humaine. L’étude des neurones et de leur connectivité permet aujourd’hui en effet d’offrir une meilleure compréhension de la première fonction du cerveau: la manière dont il prend des décisions.

Parce que je le veux bien?
Au cours du siècle à venir, ces recherches vont à l’évidence favoriser l’abord de questions fondamentales restées jusqu’ici insolubles: comment le cerveau se construit-il? Comment répond-il dans un contexte social donné? Comment produit-il des comportements à valeur morale ou encore des jugements relatifs aux intentions des autres? Autant d’interrogations qui, d’après les scientifiques, pourraient bientôt mener à l’identification d’une posture éthique de base, «naturelle» et commune à toute l’espèce humaine.

Ces travaux devraient aussi permettre de réévaluer les conceptions traditionnelles du libre-arbitre, de l’éthique, de la morale ou du jugement, ceci à la lumière de faits neurobiologiques nouveaux. Outre le lot de connaissances inédites qu’elles apportent, ces recherches intéressent par l’influence déterminante qu’elles pourraient exercer sur les pratiques législatives, judiciaires et juridiques de nos sociétés modernes, ainsi que sur nos habitudes, nos normes sociales et la conception que nous avons de nous-même.

 

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Membre de la Commission américaine de bioéthique, Michael Gazzaniga est professeur de psychologie et directeur du SAGE Center for the Study of Mind de l'Université de la Californie à Santa Barbara, où il supervise un ambitieux programme de recherche sur la manière dont le cerveau «génère» de la pensée. Dans les années 70 et 80, ses travaux portaient sur les expériences de split-brain, c’est-à-dire l’étude de patients, fréquemment épileptiques, ayant subi une chirurgie qui visait à déconnecter les deux hémisphères du cerveau par le sectionnement de leur interface (le corps calleux). Si ces travaux ont permis de mieux comprendre la spécialisation fonctionnelle des hémisphères cérébraux, c’est à leur suite que Michael Gazzaniga crée, en 1991, la Société des neurosciences cognitives (CNS), socle de cette discipline novatrice située à l’intersection de la neurobiologie et de l’analyse des comportements humains.
 


Pôle d’excellence en neuroscience

La venue de Michael Gazzaniga a été l'occasion d'inaugurer le Centre interfacultaire de neuroscience de l’UNIGE, concrétisation d’un des six pôles d’excellence annoncés par le rectorat de Jean-Dominique Vassalli en septembre dernier. Fédérant plus de 40 groupes de recherche issus des facultés de médecine, de sciences et de psychologie de l’UNIGE, ainsi que des départements de psychiatrie et de neurologie des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), ce centre propose d’ores et déjà le premier master interdisciplinaire en neurosciences de Suisse. Constitué d’un cursus de 18 mois, ce master est partagé entre de la recherche en laboratoire et une formation de base dans les différents domaines des neurosciences.

Dirigé par le prof. Patrik Vuilleumier, le centre compte plusieurs axes d’investigation privilégiés. Parmi ces derniers, on peut citer les questions relatives à la neurobiologie et à la plasticité (comment les neurones se forment ou créent des synapses), au développement (formation et maturation du cerveau), aux neurosciences cognitives et à l’imagerie fonctionnelle (étude des relations entre cerveau et comportement), à la psychologie cognitive (architecture de l’esprit et fonctionnement mental), à la neuroscience clinique (causes et mécanismes des maladies neurologiques et psychiatriques), aux neurosciences computationnelles (modélisation informatique du cerveau, intelligence artificielle) et à la neurogénétique.
 

 

Centre interfacultaire de neuroscience 

Voir la conférence cliquez sur http://www.unige.ch/presse/archives/2008.html

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