Les exclus du Banquet par Frédéric Fappani

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Les exclus du Banquet par Frédéric  Fappani

Les exclus du Banquet par Frédéric Fappani

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1.) La bonne éducation commence par l'"Educateur luimême.

Les exclus du «Banquet».

Socrate cherchait un Homme vertueux, dénonçant sur son chemin les

discours touts faits tant dans la forme que dans le fond,

dénonçant aussi les élites, les cadres, les éducateurs qui

prétendaient avoir les techniques, les méthodes permettant à

l'Homme d'advenir un peu plus luimême,

sur ce chemin que nous

menons tous, et qui va de notre naissance jusqu'à notre mort.

Ainsi il dénonçait, non pas le fait que cela existe car cela est

bien nécessaire, mais les personnes non authentiques, non

sincères, leurs discours galvaudés, ainsi que leurs actions

qu'elles ne comprenaient pas ellesmêmes.

La société occidentale, qui n'a retenu de Socrate que la raison

(le plus souvent vu comme plan intellectuel loin de tout sentiment

, ce que n'est pas Socrate. Il compose avec, car il ne se fait

pas croire que cela n'existe pas.) et qui s'est égarée

paradoxalement dans un sentimentalisme de la raison a telle

tant

progressé que cela , dans son éducation auprès de la jeunesse ?

A vouloir tant reléguer les sentiments, les sensations à la porte

de luimême,

et à ne pas vouloir l'articuler avec la raison,

l'Homme (fut il une femme), se déséquilibre.

Il en va, d'ailleurs, de même pour ceux, qui, découvrant ce fait,

inversent le procédé et se lancent dans la quête éperdue du

sensible, de la méditation, du zen, du bouddhisme, ... de

consommation, allant jusqu'à se déséquilibrer, à vouloir tant bien

traiter leur féminité, presque paradoxalement par la «force».

Pour ainsi dire, L'Homme et sa société, sont en crise, pas

étonnant dès lors, que sa finance aille mal, que sa planète aille

mal ... et que même son Éducation et sa Jeunesse, souffrent aussi.

Fappani Frédéric, Les exclus du «Banquet», Paris, 2009.

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7 Combien

sontils

les individus authentiques et sincères,

articulant inconscient et conscient, féminin et masculin,

sensibilité et plan intellectuel, action et ressenti, se

questionnant sur euxmêmes,

sur leurs discours et sur leurs actes

et ainsi advenant un peu plus euxmêmes

et agissant en conformité

avec euxmêmes

chaque jour, sontils

légion dans notre société ?

Et pourtant, pour se saisir de la question de l'éducation, la

penser, développer des politiques publiques, et évidemment mener

sur le terrain des accompagnements psychoéducatifs

auprès d'un

jeune ou des groupes de jeunes, il faut tout de même s'être posé

quelques questions sur soimême,

les autres et le monde.

Sinon à faire cette économie apparente de soi, il y a de grandes

chance que l'éducation, ses discours, ses méthodes et ses

politiques publiques, ne restent qu'un jeu de dupe puisque l'on

ne sait pas ni de quoi on parle ni ce que l'on fait.

Combien sontils

à prétendre faire face à la question douloureuse

du sens de la vie pour les êtres et qui ne sont jamais entré dans

un questionnement sincère, ne serait déjà que pour euxmêmes

?

Combien ont fait face à leur douleur de vivre en y donnant du

sens? Combien sontils

a avoir dépasser leurs conflits par le haut

et être entré en vrai créativité, raisonnement et amour ? Depuis

Socrate les gens auraientils

tant changés qu'ils seraient devenus

tous vertueux ?

Mon «combien sontils

?» concernent les politiques, les cadres

socioéducatifs, les éducateurs, les penseurs de l'éducation

(sociologues, psychologues et philosophes), et même les parents.

Et ce n'est que fort de cela, que nous pouvons aller à la

rencontre de notre jeunesse.

Évidement même ainsi, c'est à dire, quand une personne s'est mise

en route dans une vraie réflexivité, cela ne règle pas le problème

de la question de la crise et du sens, lié au modèle sociétal,

même si cela y répond déjà un peu mieux.

2) Des crises ... une crise de sens ?

Fappani Frédéric, Les exclus du «Banquet», Paris, 2009.

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8 La

crise financière qui nous touche collectivement aujourd'hui

n'estelle

pas la même depuis des années mais s'exprimant de

manière différente ? Lorsque nous parlons de crise de l'identité,

de crise morale ou de crise de l'autorité, ne s'agitil

pas, du

même complexe et du même symptôme, liés à un modèle sociétal

donné : le notre ?

Nous avons fait le choix d'un modèle de réalisation de nous même

par l'action et collectivement cela nous déséquilibre ainsi que

notre environnement. Cela amène même certains à la déviance ...

Même la finance est touchée, certains dévient tellement, qu'ils en

arrivent même à dévier de la loi et à délinquer en col blanc.

Délinquant en col blanc, comme le nommé, déjà dans les années 40,

Edwin Suterland , au travers de son fameux concept de « white

collar crime ».

Ce modèle sociétal de l'action comporte néanmoins ses vertus et il

ne faut pas le mettre cependant totalement «à la poubelle» et

évidemment, je ne prône pas le choix d'un investissement collectif

vers un modèle uniquement ontologique (de l'être) qui nous

donnerait l'impression, d'être suspendus dans le temps, d'être

dans l'inaction, et qui nous ferait tomber dans une absence totale

de créativité nouvelle, une absence de prise de responsabilité et

par exemple une certaine «saleté» ambiante dans nos villes.

D'autres sociétés, en Asie plus particulièrement, s'y sont

essayées, et reviennent fortement de ces modeles ontologiques

sociétaux.

Ne devrionsnous

pas aller, tant individuellement que

collectivement, vers un modèle articulant L'Être et l'Action sauf

à continuer à être secoués collectivement ainsi pendant longtemps

encore ?

En ce qui concerne la question de l'éducation des adolescents dont

ceux des quartiers populaires, nous ne pourrons pas en rester,

encore longtemps non plus, à disserter sur des thématiques de

violences des jeunes, de conflits intrajeunes,

des questions de

douleurs identitaires sans dire qu'il s'agit là, de la même crise,

des mêmes douleurs, et des mêmes symptômes.

La question du modèle et du sens se pose et s'impose à tous.

Pourquoi voudrionsnous,

que les adolescents et les jeunes adultes

arrivent mieux que les élites, les cadres, les éducateurs, les

Fappani Frédéric, Les exclus du «Banquet», Paris, 2009.

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à répondre à ces questions et se mettent à agir avec

plus d'éthique, de sincérité, de respect des règles, d'euxmêmes

et des autres ? Ceux qui d'ailleurs, arrivent parfois ! N'estce

plus, aux adultes de prendre leur responsabilité aussi et avant

toute chose ? Avonsnous

oublié le rapport de dissymétrie et plus

encore le sens que cela a, quand nous sommes face à la jeunesse ?

Les exclus du Banquet

Certains penseront, que penser ainsi comme je le fais, c'est

oublié, les limites sociétales auxquelles se heurtent par exemple

plus encore, les adolescents et les jeunes adultes des quartiers

populaires : peu de possibilité d'accès aux qualifications, surreprésentions

numériques des sorties de l'école sans diplôme en

particulier chez les garçons, sans aucune politique spécifique

menée à leurs égards, difficultés d'accès au logement, ou

difficulté d'accès à l'emploi, souffrance psychique, malêtre

dans des proportions statistiques plus importantes que pour tout

le reste de la population. Mais que l'on ne s'y trompe pas, il

ne s'agit pas d'un oubli de ma part bien au contraire, mais pour

aller vers eux et aux plus près de ce qu'ils vivent, je ne pouvais

pas faire l'économie décemment ni des Éducateurs ni du modèle

sociétal.

Ayant commencé avec Socrate, poursuivons notre route avec lui,

pour parler du Banquet de Platon.

Avec «Le Banquet » de Platon, nous avons là, un groupe d'homme,

qui s'invitent à manger, qui mènent des discours, qui parlent de

l'amour, dont les membres du groupes possèdent un certain statut

social mais aussi et c'est fondamental tout autant, un statut

personnel. Ils s'adonnent aussi quelque peu à la critique des

discours touts faits, des élites déviantes, se remettant en cause

euxmêmes

ou entre eux, et se livrant au bienêtre

tant

physiquement (nourriture délicate mais sans abus, pensons au choix

de ne pas trop boire, et ils peuvent même dormir a la fin du repas

sur une couche ... le lit est aussi offert) , tant

intellectuellement (ils se forment et s'informent, discourent sur

les formes de l'amour, et sur la forme des discours euxmêmes)

,

que psychiquement (ils s'autorisent à ressentir, à s'émouvoir et

à en parler, à faire sens pour euxmêmes

de leurs sentiments

etc..)

Pourquoi parler du Banquet de Platon pour parler des adolescents

et jeunes adultes ? Pour ainsi dire, les jeunes sont exclus du

Fappani Frédéric, Les exclus du «Banquet», Paris, 2009.

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Banquet», accès à la nourriture, au logement, au bienêtre,

au

discours, à la formation ... et même souvent au sensible et à

l'amour ! Mais plus encore, qui, parmi les adultes d'aujourd'hui,

connait le Banquet de Platon et l'a investit de sens pour luimême,

pour sa vie ? Et surtout combien d'adultes s'intéressent à

leur propre culture pour donner du sens à leur vie et combien

encore sont en capacité de permettre aux jeunes de trouver du sens

ou d'apprendre aux jeunes à comment faire sens avec des éléments

de notre culture ?

Les jeunes sont exclus, par deux fois, du Banquet :

L'une consistant à ne pas leur permettre d'accéder au Banquet

physiquement. Les jeunes sont donc ainsi freinés, bloqués

dans leur individualisation : logement, travail, amour ...

Et l'autre consistant d'être privé d'un développement de soi

psychique (ce que l'on nomme l'individuation) car les

adultes, ne le font même pas ou très peu pour euxmêmes,

puisqu'ils croient que seules comptent : l'action, la

matérialité, et se livrant à une socialisation sans aucun

sens supplémentaire pourtant nécessaire. Les jeunes sont

ainsi alors bloqués aussi dans leur individuation :

réalisation d'euxmêmes,

dépassement des conflits intrapsychiques,

être en capacité de donner du sens aux douleurs,

aux sentiments et aux sensations.

L'individualisation et l'individuation ne s'opposent mais se

complètent. On ne peut pas accéder (et garder longtemps) une place

ou un objet que l'on ne soit pas advenue tant dans

l'individualisation que dans l'individuation.

Posséder un objet, s'approprier un savoir, s'autoriser à prendre

une place, une formation sans pouvoir y mettre du sens et de la

sincérité rend au mieux malheureux, au pire fait décrocher, tôt ou

tard, de sa place, de sa possession.

Posséder un psychisme fort, un moi fort diraiton

dans le langage

courant, ne garantit quant à lui en rien une place, une promotion,

l'accès à l'amour, au savoir.

C'est bien la complémentarité des deux qui permet à l'être de se

réaliser pleinement même si dans ce mieux on ne possède encore

Fappani Frédéric, Les exclus du «Banquet», Paris, 2009.

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pas toutes les cartes et que cela ne résout pas tous

les problèmes.

Pour joindre la forme au fond, en procédant avec une mise en sens

de la réalité de la jeunesse , grâce à l'utilisation du symbole du

Banquet de Platon, j'ai pu ainsi vous informer mieux encore sur la

nature de l'exclusion dont ils souffrent.

Nombreux sont les jeunes qui ne trouvent pas les ressources, les

personnes, leur permettant de donner du sens comme je suis en

train de le faire, ou leur expliquant comment procéder pour donner

du sens avec des éléments culturels ou pour leur servir de modèle

– au moins dans le procédé tout

comme je le fais,auprès de vous

sur ce thème. Car accéder au Banquet c'est aussi avoir cette

capacité là. «Faire accéder et être en capacité d'accéder»!

Afin de permettre a ces jeunes d'accéder au Banquet (aux deux

aspects du Banquet), il existe évidement quelques moyens mis en

place :

Par exemple, en France, le département de Paris, sous l'autorité

de la DASES, fait travailler des associations dans le cadre d'une

mission de service publique d'aide sociale à l'enfance (A.S.E.) en

direction des adolescents des quartiers populaires. Il s'agit

d'action sociale, sur un versant de protection de l'enfance, et

plus particulièrement, au travers de ce que l'on nomme la

prévention spécialisée (plus connue au travers de l'action de ses

éducateurs spécialisés travaillant dans la rue dit aussi

«éducateur de rue» ). C'est l'une des réponses qui est apportée à

cette jeunesse.

Ce type d'action ne peut s'entendre que si elle connait une

thématique, un sens particulier. Ainsi sur Paris, la nomination

relativement récente de Myriam El khomri, chargée de la protection

de l'enfance et de la prévention spécialisée, et son engagement à

une exigence de culture pour les jeunes des quartiers populaires

vont dans ce sens, de ce besoin de «culture» ... la voie est donc

ouverte vers «le Banquet» mais il reste un très long chemin a

faire.

Évidement nous nous devons d'envoyer des Éducateurs ( politique,

professeurs, éducateurs spécialisés ..) de qualité face à toute

Fappani Frédéric, Les exclus du «Banquet», Paris, 2009.

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jeunesse, et les titres universitaires où des écoles

d'éducateurs obligatoires dans ce domaine ne suffisent pas.

Comment s'assurer que l'Éducateur, au sens large, (du niveau

politique et administratif jusqu'au terrain) peut traiter

sincèrement la question du sens (capacité de mise en sens, de

remise en cause de soimême,

du doute nécessaire, d'état psychique

au moins stabilisé, mentalisation efficiente, etc..) ce qui n'est

obligatoire nulle part réglementairement, ce qui ne peut pas être

enseigner dans une école, et ce qui est pourtant d'une obligation

vitale dans la pratique ?

Ce double impératif (formation – capacité de sens) nécessaire dans

toute éducation, l'est d'autant plus auprès des jeunes des

quartiers populaires et dans l'éducation spécialisée, si nous

voulons leur permettre de nous rejoindre aussi, au Banquet et

surtout que cela ait un sens pour eux.

 

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