Ecoles privées en Suisse le must ?

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Ecoles privées en Suisse le must ?

Ecoles privées en Suisse le must ?

Les listes d'attente des écoles privées débordent: les raisons du succès 
 
 
 EDUCATION. Les parents sont toujours plus nombreux à inscrire leurs enfants dans l'enseignement privé. Parmi eux, des insatisfaits du système public et des «internationaux». Leurs motivations: l'intérêt pour les programmes bilingues ou l'accueil parascolaire 
 
  
 Fabienne Bogadi
Vendredi 25 février 2005  
  
 

Plus qu'une mode, c'est un phénomène. Les listes d'attente des écoles privées s'allongent. L'Ecole Moser, à Genève et à Nyon, a atteint son quota d'inscriptions jusqu'en... 2011. L'Ecole internationale de Genève créera l'année prochaine de nouvelles classes primaires francophones, destinées avant tout aux élèves locaux. Les écoles lausannoises de Champittet et de Montolivet, qui viennent d'ouvrir des établissements sur la côte vaudoise, ont vu quasiment doubler leurs demandes d'admission en quelques mois. Signe d'un désaveu de l'école publique par la classe moyenne supérieure, la plus concernée par cette dispendieuse éducation?

«Certainement pas, rétorque Pierre Jaccard, directeur général adjoint à la Direction générale de l'enseignement obligatoire du canton de Vaud. Car s'il existe clairement une mobilité de certains élèves du public vers le privé, le contraire est vrai aussi. Nous recevons chaque année des enfants qui réintègrent le cycle public.» A Lausanne, le nombre d'écoles privées a globalement diminué depuis les années 90, ce qui fait accroître le nombre d'élèves dans celles qui restent. N'empêche. En vingt ans, Genève a assisté à une augmentation des effectifs des écoles privées de 33% au niveau du primaire. De 6000 environ en 1980, ces élèves sont aujourd'hui 8000. Dans le canton de Vaud, la proportion d'écoliers du privé est passée en quatre ans de 2,9% à 3,8% des effectifs totaux au niveau de la scolarité obligatoire.

Une alternative pédagogique

Selon Pierre Jaccard, les écoles privées accueillent deux types de clientèle au niveau de l'enseignement tant obligatoire que post-obligatoire: «Il y a d'une part les enfants des cadres des multinationales et des organisations internationales qui y recherchent des programmes anglophones. Et, d'autre part, les élèves dont les parents ne sont pas satisfaits par les prestations de l'école publique.» En vrac, les arguments des mécontents: faiblesse de l'enseignement des langues étrangères, absence de structures d'accueil parascolaires, carences en matière de discipline, impossibilité de choisir l'établissement où sera scolarisé son enfant.

Il est loin le temps où les écoles privées servaient de refuge aux cancres des familles aisées. Aujourd'hui, elles peuvent se permettre de sélectionner les meilleurs. D'abord parce que leur succès leur en laisse le choix. Ensuite parce qu'elles ont évolué. «Autrefois, leurs programmes répliquaient les cursus de l'enseignement public. Dorénavant, elles offrent de véritables alternatives pédagogiques», explique Xavier Comtesse, responsable romand d'Avenir Suisse. A l'exemple de l'Ecole Moser avec sa maturité bilingue, qui garantit à ses élèves une parfaite maîtrise de l'allemand, en plus d'une grande aisance en anglais; ou de l'Ecole internationale, qui offre le baccalauréat international bilingue anglais-français.

Autre cas de figure, le Collège de l'Abbaye de Saint-Maurice qui, loin des réformes en cascade du système public, propose un enseignement traditionnel. «Par exemple, notre enseignement du français insiste beaucoup sur la structure de la langue, la grammaire et la dictée, explique son recteur, Guy Luisier. Cela rassure les parents.» Autre point fort du collège, l'accent mis sur la discipline et le respect de l'autre. «Nous travaillons sur la parole et la violence verbale. Nous insistons également sur la ponctualité, sur les comportements. Les élèves doivent lever la main avant de parler, se tenir debout à côté de leur pupitre pour attendre le professeur», continue-t-il.

Cela n'a l'air de rien mais, derrière la discipline, il y a toute la question de la sécurité, fondamentale pour les parents. «A l'école publique, la violence est devenue la préoccupation numéro un des enseignants, relève Xavier Comtesse. Le système est débordé.» Certains parents préfèrent sortir leurs enfants du public soit parce qu'ils craignent des agressions, soit parce que leurs adolescents se sont déjà fait attaquer.

En outre, les écoles privées disposent de structures parascolaires, pratiques pour les familles dont les deux parents travaillent. Champittet à Lausanne accueille les élèves dès sept heures trente, organise des activités artistiques et sportives et a mis en place des devoirs surveillés. «Dans le système public, il existe des offres bien ciblées d'activités parascolaires, comme des cantines à midi. Mais ces structures sont entièrement à la charge des communes, regrette Pierre Jaccard. L'école publique se heurte ici à la limite des moyens financiers à sa disposition.»

En filigrane, tous ces éléments posent la question du libre choix.«Le parcours scolaire des enfants est devenu déterminant pour leur carrière professionnelle. Il existe de bons et de moins bons établissements scolaires où les élèves sont placés d'office par l'autorité, constate Xavier Comtesse. Dans ce sens, le privé constitue une alternative intéressante.» Certes, mais à condition d'en avoir les moyens. Le montant annuel de l'écolage peut varier de 5000 francs à plus de 20 000 francs. Le plus souvent, il tourne entre 11 000 et 13 000 francs. «Malheureusement, le système public refuse de se remettre en question, et ne comprend pas pourquoi certains élèves vont voir ailleurs, déplore Alain Moser, directeur de l'école éponyme. Du coup, il n'existe aucun soutien pour les familles à plus bas revenus. Alors que l'on pourrait imaginer des systèmes d'aide, sous forme de chèques formation par exemple.» Pour lui, l'injustice est criante. Pourtant, les écoles privées, bien que prises d'assaut, n'ont pas les moyens de devenir gigantesques. Les chances sont donc minces pour que l'on assiste à un dépeuplement du système public.

 
  
 
 
 Le bilinguisme dès 3 ans, créneau d'un nouvel établissement genevois 
L'Ecole Mosaic mise sur l'apprentissage précoce de l'anglais et l'ouverture aux autres cultures. 
Catherine Dubouloz
De gros flocons tourbillonnent autour de l'Ecole Mosaic et blanchissent peu à peu la cour de récréation. Mosaic? Ce nom n'est pas encore familier aux Genevois, car l'établissement est tout jeune. Inauguré en septembre 2004, il ne fonctionne pas encore à plein. De nouvelles volées ouvriront au fur et à mesure que les élèves grandissent. Au bout du compte, l'école accueillera les petits dès 3 ans, puis couvrira les années enfantines et primaires jusqu'à 12 ans.

Mosaic est installée à Champel, l'un des quartiers bourgeois de Genève, au rez-de-chaussée d'un grand immeuble. Les salles de classes y ressemblent à celles d'un établissement public. Ici, de petites sorcières décorées pendent au plafond. Là, des posters avec l'alphabet sont punaisés au mur. Posés sur les tables, pinceaux et pots de couleur: les enfants vont peindre des cœurs pour la Saint-Valentin. A y regarder de plus près, il y a pourtant quelque chose de différent: à l'entrée, sous le panneau «Bienvenue», l'inscription «Welcome». A côté du poster pour apprendre le nom des différentes parties du corps humain, son jumeau en anglais.

L'une des particularités de l'école est d'être bilingue, dès le plus jeune âge. Parfois, chez les petits, la maîtresse traduit tout: elle parle d'abord dans une langue, puis répète dans l'autre. Chez les plus grands, après quelque temps «d'alternance», l'immersion est pratiquée: les cours sont donnés soit totalement en français, soit complètement en anglais. Chaque classe est codirigée par deux enseignants, un francophone et un anglophone. A Genève, la demande pour l'enseignement bilingue est importante. Sur les 24 écoles enfantines et primaires membres de l'Association genevoise des écoles privées, plusieurs sont dans ce créneau.

Mosaic met en avant d'autres particularités. Elle place un fort accent sur «la connaissance, la compréhension et l'acceptation» des autres cultures, explique sa directrice et fondatrice, Sylvie Johannot. Une découverte de l'autre – 60% des élèves sont étrangers – qui passe notamment par les sens, à travers la musique ou la nourriture. Des repas asiatiques ou africains sont partagés ensemble. A l'occasion de fêtes religieuses, chrétiennes, musulmanes ou juives, des parents viennent à l'école en expliquer le sens. Troisième axe: ne pas développer les seules «intelligences logique et langagière», mais également «d'autres formes d'intelligence», explique Sylvie Johannot, notamment via des cours de danse, de musique, de théâtre ou de philosophie adaptée aux enfants.

L'écolage s'échelonne entre 6500 francs par an pour les petits et 11 500 francs dès 6 ans. Le programme scolaire est celui de l'Instruction publique genevoise, dispensé de façon différente. Pour monter l'école et développer les cursus, Sylvie Johannot s'est adjoint un directeur pédagogique, Jean-Claude Brès, cofondateur de l'Ecole active de Malagnou, ainsi que de l'Institut de Formation pédagogique. Il faut dire qu'au départ la directrice n'était pas enseignante. Elle a travaillé dans la publicité, puis dans l'horlogerie et la bijouterie, avant de se lancer dans la pédagogie. Pour, dit-elle, «assouvir un rêve». 
 

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