Alcool, joints, fumée: les ados consomment moins

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Alcool, joints, fumée: les ados consomment moins

Alcool, joints, fumée: les ados consomment moins ETUDE. Tous les quatre ans, les habitudes en matière de consommation de substances des écoliers sont passées au scanner. Pour la première fois, ces chiffres sont à la baisse. Marie-Christine Petit-Pierre Mercredi 21 février 2007 Pour la première fois depuis vingt ans, les adolescents fument moins. Ils ont aussi diminué leur consommation de cannabis et d'alcool, qui était en constante augmentation. C'est ce que démontre une étude présentée hier à Berne par l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies. Depuis 1986, l'ISPA réalise tous les quatre ans une enquête auprès des 11-15 ans pour l'Office fédéral de la santé publique. Elle s'inscrit dans une recherche plus vaste menée dans toute l'Europe, et dont les chiffres seront connus en fin d'année. Les résultats sont surprenants car, depuis 1986, la consommation de substances dans cette tranche d'âge n'avait cessé d'augmenter, avec un pic important en 2002. Cette année-là, 32,7% des garçons et 21,8% des filles avouaient une consommation hebdomadaire d'alcool, pour respectivement 25,4% et 17,6% en 2006 (voir graphique). Des chiffres qui restent cependant élevés: quelque 44000 jeunes de 11 à 15 ans ont déjà été ivres à plusieurs reprises, et 10000 jeunes fument au moins une fois par semaine. Enfin, 34% des garçons et 27% des filles du même âge ont touché au cannabis. Pour l'ISPA, ces chiffres montrent qu'il ne faut pas sous-estimer le problème des dépendances chez les jeunes, en particulier celui de l'alcool. «Il s'agit de la dépendance la plus répandue chez les adolescents. Cela dit, nous sommes très contents des résultats de 2006», souligne Janine Messerli, porte-parole de l'ISPA. Comment explique-t-elle la diminution générale de la consommation de substances chez les écoliers? «En ce qui concerne la cigarette, je pense que c'est lié au débat qu'il y a eu sur la fumée passive, nourri par ce qui s'est passé à l'étranger, poursuit la porte-parole. Avec l'interdiction de fumer dans les lieux publics, le fumeur est devenu moins visible. Les jeunes sont sensibles à la norme établie. S'ils voient des ados fumer, ils pensent que tous leurs copains le font et ils auront tendance à les imiter. S'ils ont le sentiment au contraire que les fumeurs sont rares, ils seront beaucoup moins intéressés par la cigarette. Par ailleurs, il ne faut pas oublier l'impact des campagnes de prévention. Parallèlement, dans de nombreux cantons, il y a une réglementation plus stricte de la publicité.» A cet aspect comportemental s'ajoute aussi la réalité du porte-monnaie: le prix du paquet a beaucoup augmenté en quatre ans, et cela a certainement eu un effet dissuasif sur les jeunes. La sévérité envers les fumeurs a également eu un impact sur les amateurs de cannabis, estime-t-on à l'ISPA. Car l'interdiction de fumer s'adresse à eux aussi. L'effet est particulièrement marqué dans les trains, où ne flotte plus l'odeur des joints longtemps familière aux pendulaires. Taxes «Les jeunes et leurs parents sont également plus conscients des risques qu'encourent les fumeurs réguliers de cannabis, poursuit Janine Messerli. La situation légale est aussi plus claire. Dans les années 2000, nous recevions souvent des appels de personnes qui ne savaient pas au juste si le cannabis était légal ou non. Pour nous, sa consommation était banalisée, ce n'est plus le cas. Il y a eu aussi un grand effort de prévention dans les écoles.» En ce qui concerne l'alcool, l'effort s'est également porté sur la prévention et la sensibilisation. «Des équipes de la Croix-Bleue se sont rendues dans les lieux de vente pour vérifier qu'était bien appliquée la loi interdisant aux moins de 16 ans d'acheter de la bière et aux moins de 18 ans de l'alcool fort. Il y a un vrai progrès dans ce sens», constate Janine Messerli. L'introduction en 2004 d'une taxe sur les alcopops, ces boissons alcoolisées sucrées, a aussi joué un rôle important. Au-delà de ces explications, il semble qu'il se dessine une tendance générale à la baisse de la consommation de substances. S'il est trop tôt pour faire la comparaison avec les pays européens, on remarque les signes d'une diminution aux Etats-Unis. Des mesures si simples et tellement décriées Commentaire. Marie-Christine Petit-Pierre C'est un début, mais il est prometteur: enfin la consommation de substances amorce une diminution chez les écoliers. Ce qui frappe, c'est l'efficacité de mesures relevant du bon sens. Elles étaient prônées depuis longtemps par les milieux de la prévention, mais décriées avec vigueur, et efficacité, par l'industrie. Soit en particulier par les cigarettiers et les vendeurs d'alcool. Quoi que prétendent ces secteurs, oui la publicité a une influence sur la consommation des 11-15 ans, ces nouveaux consommateurs si convoités. Et oui aussi, le prix élevé du paquet de cigarettes ou des alcopops est dissuasif pour cette tranche d'âge. Oui enfin, l'interdiction de la cigarette dans les lieux publics a bien un impact sur les jeunes, en réduisant l'incitation à fumer, qu'il s'agisse de tabac ou de joints. L'autre piste que donne cette étude de l'ISPA est un peu différente et concerne la cigarette. Elle montre que les adolescents rebelles, s'ils n'aiment pas trop les discours moralisateurs, sont sensibles à un débat de société. Celui concernant la fumée passive a pris une ampleur mondiale. Ils n'en ont pas perdu une miette.

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