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La dyslexie difficile d'en définir les frontières

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La dyslexie difficile d

La dyslexie difficile d'en définir les frontières

 
La dyslexie, cette inconnue

La dyslexie, cette inconnue

La dyslexie, ce trouble d'apprentissage de la lecture et de l'orthographe, concerne environ 8% des enfants – principalement des garçons. Et pourtant, on en parle peu. Or, elle est souvent à l'origine de grosses difficultés scolaires. Le Dr Messerschmitt*, de l'hôpital Armand Trousseau, nous aide à mieux comprendre ses mécanismes.

 

Qu’est-ce que la dyslexie ?

 

 
C'est un trouble du développement cérébral au cours de la vie fœtale, qui concerne les voies nerveuses du langage. Il existe des fragilités génétiques dans certaines familles dont les centres nerveux du langage fonctionnent mal. Mais des maladies infectieuses ou des troubles survenant durant la grossesse peuvent aussi altérer le développement du cerveau et entraîner une dyslexie qui n'apparaîtra évidemment que des années plus tard.


 

 

Pourquoi est-elle encore si méconnue ?

 

Le cerveau humain dispose de voies nerveuses spécifiques au langage oral et écrit. Le fait que la « survie » dans nos civilisations dépende entièrement de la culture écrite est un phénomène récent. C'est pourquoi la dyslexie n'est connue que depuis la fin du XIXe siècle, soit depuis que l'école est obligatoire dans la plupart des pays européens.


 

 

Quels sont ses symptômes de la dyslexie ?

 

Un enfant « normal », autour de 6 ans, apprend à lire en quelques mois. Un enfant de 8 ans qui a fait deux ans d'école primaire dispose des clés essentielles pour bien lire. Le dyslexique, lui, reste à la période initiale du déchiffrage. Il lit lentement, fait des fautes phonétiques (de sons) à la lecture et à l'écriture des mots. Son habileté n'évolue pas avec le temps, il refait ces fautes, même lorsqu'il voit bien son erreur. Pourtant, il comprend ce qu'il lit, pour l'essentiel. Il utilise son intelligence, et aussi une grande concentration, fatigante, pour pallier sa fragilité lexicale. Dans tous les cas, la lecture n'est pas automatique ; l'enfant persiste à déchiffrer durant des mois, voire des années, comme s'il débutait encore son apprentissage du langage.


 

 

Comment détecter la dyslexie ?

 

Dans 30 à 50% des cas, l'enfant présente un trouble du langage oral avant d'être en âge d'apprendre à lire : les sons sont mal reproduits, les phrases mal construites… Un orthophoniste va facilement détecter ces faiblesses. L'enfant peut aussi avoir des difficultés d'attention et d'organisation de son travail dès la grande section de maternelle. L'apprentissage de la lecture nécessite de reconnaître la structure phonétique des mots (les déchiffrer) et de les mémoriser. Un adulte dispose de ces deux voies, alors que les dyslexiques peuvent être gênés dans une voie plus que dans l'autre.


 

 

À partir de quel âge faut-il faire preuve de vigilance ?

 

Dès l'âge de 3 ans, un trouble de l'attention, du langage oral, de concentration, d'organisation de l'espace et du temps… doivent amener à demander un bilan neuropsychologique. La plupart des orthophonistes peuvent l'effectuer dans le cadre d'un dépistage de la dyslexie.
Dans la majorité des cas, c'est au cours du CP que l'apprentissage de la lecture apparaît difficile, voire impossible. L'enfant est lent, laborieux, il fait des fautes de son à la lecture comme à l'écriture et n'aime pas lire parce que c'est particulièrement difficile pour lui.


 

 

Plus la dyslexie est appréhendée tôt, moins l’enfant aura de difficultés à l’école

 

D'une part, l'enfant ne sera pas injustement considéré comme fainéant ou distrait, voire déficient. D'autre part, une rééducation orthophonique précoce (dès l'âge de 2 ans et demi / 3 ans) permet des exercices salutaires qui vont éviter que l'enfant ne démissionne et ne rejette l'apprentissage. Même si ces exercices n'évitent pas la dyslexie, ils permettent de renforcer les compétences de l'enfant là où il a des faiblesses. On va travailler sur sa « conscience phonologique », l'enfant devant apprendre à jongler avec les sons entendus, dits et lus.


 

 

Quels sont les moyens mis en œuvre aujourd’hui à l’école ?

 

L'école française a totalement nié la dyslexie (ainsi que les troubles du langage oral, comme la dysphasie), jusque dans les années 1990. Il existe aujourd'hui encore des maîtres qui pensent que la dyslexie n'existe pas, que tout est psychologique. Ils mettent cela sur le compte d'une absence de motivation. Les maîtres se sont aussi sentis culpabilisés car ils pensent que les méthodes de lecture sont à l'origine de la dyslexie, ce qui est faux. Depuis quelques années, le ministère de l'Éducation nationale renforce le principe d'une collaboration entre les instituteurs, les parents et les soignants.


 

 

Y a-t-il des facteurs aggravants ?

 

Un trouble d'attention, une hyperactivité motrice, et bien sûr tout ce qui peut fragiliser la motivation scolaire de l'enfant, car le dyslexique a besoin de plus de temps, de concentration, de courage, qu'un bon lecteur. Cette épreuve est longue, très longue, elle se poursuivra souvent même au cours des études professionnelles, universitaires ou autres.


 

 

Comment aider l’enfant à poursuivre une scolarité normale ?

 

Des certificats médicaux circonstanciés permettent de sensibiliser les professeurs, d'authentifier la difficulté du jeune, et de recourir à l'obtention d'un tiers temps supplémentaire aux examens. Des professeurs acceptent aussi d'interroger les dyslexiques oralement plutôt que par écrit. Certains pays les autorisent même à s'adjoindre une secrétaire.


 

 

Que peuvent faire les parents ?

 

Ils ont la charge de défendre la notion du handicap relatif de leur enfant, d'éviter toute décision injuste ou inutile, comme les redoublements que l'on propose souvent dans ces cas. Ils doivent aussi aider l'enfant à gérer son travail et faciliter tout ce qui passe par la lecture.
Surtout, surtout, ne pas en rajouter ! Il vaut mieux lire le devoir ou la récitation à l'enfant, enregistrer un texte au magnétophone, oraliser au maximum. Il s'agit de faciliter, non pas d'alourdir le travail de l'enfant dyslexique.


* Le Dr Paul Messerschmitt est pédo­psychiatre au sein de l'unité de psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Armand Trousseau, à Paris. Il est aussi l'auteur de « Ils ne savent pas lire, s'ils étaient dyslexiques ? » aux éditions Flohic.


 

 

Pour en savoir plus

 

Union nationale France dyslexie dysphasie (UNFDD)
Hôpital Armand Trousseau, 26 avenue du Docteur Arnold Netter, 75012 Paris.
Tél. : 01 43 35 31 05.
Fédération des associations de parents d'enfants dyslexiques (APEDYS) :
88 rue Charles-le-Bon, 59650 Villeneuve-d'Ascq.
Tél. : 0 820 207 507.
www.apedys.org
Association Corydis - centre de ressources documentaires
4/6 allée du brindeau. 75019 Paris.
Tél. : 01 42 08 62 65.
www.coridys.asso.fr
 

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