Définition française du stress

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Définition française du stress

Définition française du stress

Extrait du Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail.

de Philippe Nasse, magistrat honoraire Patrick Légeron, médecin psychiatre

Une approche ergonomique ou médicale du stress ?

La compréhension des causes, l’évaluation et les actions à mettre en oeuvre sont

très dépendantes du type de risque psychosocial repéré. Il ne semble pas y avoir une

méthodologie unique qui conviendrait pour l’ensemble de ces risques. Mais cibler le stress est

une façon simple de détecter ces risques à divers stades des enchaînements des causes et des

effets qui leurs sont propres C’est donc l’une des principales raisons qui nous a conduit à ne

pas aborder, lors de notre travail, l’ensemble de ces risques psychosociaux mais de mettre

principalement l’accent sur le stress. C’est d’ailleurs le sujet qui a été très majoritairement

abordé spontanément par les personnes auditionnées lorsque nous leur avons demandé ce

qu’elles entendaient par « risques psychosociaux ».

De nombreuses études internationales font aussi apparaître le stress comme le plus

fréquent des risques psychosociaux. Ainsi, on estime qu’au sein de l’Union européenne 22%

des salariés souffrent de stress au travail, alors que 5% ont subi un harcèlement et 5% sont

victimes de violence physique5. Selon l’Agence européenne de sécurité et de santé au travail,

le stress est le problème de santé le plus répandu dans le monde du travail et le nombre de

personnes souffrant d’un état de stress causé ou aggravé par le travail va probablement

5 Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Dublin). 4 ème enquête

européenne, Luxembourg, Office for Official Publications of the European Communities, 2007

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augmenter6. Cette place particulière du stress a été reconnue également par les partenaires

sociaux européens qui ont décidé de distinguer le stress d’autres risques psychosociaux dans

les accords cadres qu’ils ont élaborés. D’ailleurs, le premier accord cadre signé le 8 octobre

2004 par l’ensemble de ces partenaires a été exclusivement consacré au stress au travail.

Pour l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, « un état de stress

L’accord cadre européen d’octobre 2004, quant à lui, donne du stress la définition

suivante : « le stress est un état accompagné de plaintes ou dysfonctionnements physiques,

Nous pensons que dans l’approche des risques psychosociaux, et en particulier du

stress, il est important de rejoindre les standards internationaux de la définition du stress au

travail qui font l’objet d’un large consensus, ce qui est, d’ailleurs, la position actuelle de la

France dans ce domaine, et en particulier de l’INRS.

Le stress est un phénomène complexe, identifié depuis plus d’un demi-siècle. Il est

l’objet de nombreuses recherches scientifiques essentiellement dans le champ de la médecine

et des sciences du vivant. Pour ce qui concerne plus spécifiquement la question du stress au

travail, d’autres voies de recherches se sont développées de façon concomitante, enrichissant

(mais en la complexifiant plus encore) notre compréhension du phénomène.

De façon un peu schématique, mais pas inexacte, cohabitent, pour ne pas dire

s’opposent, deux approches du stress au travail. Une approche que nous qualifierons d’

« ergonomique » et une approche « médicale ». La première défendrait une vision

« collective » du problème, et l’autre « individuelle ». La première s’axerait, jusque dans les

indicateurs et les actions de lutte contre le stress qu’elle propose, sur les conditions de travail,

et l’autre sur la santé mentale de l’individu. Chacune de ces deux approches repose sur des

recherches scientifiquement solides. L’une des difficultés majeures de l’approche du sujet

réside sans doute dans le fait que ces deux grands courants donnent trop le sentiment de

s’ignorer l’un l’autre tant ils peinent à converger afin de dégager non seulement une

évaluation plus satisfaisante mais aussi une compréhension plus fine orientée vers des

interventions et actions de prévention plus efficaces.

6 European Agency for Safety and Health at Work (Bilbao). Expert forecast on emerging psychosocial risks

related to occupational safety and health. Luxembourg, Office for Official Publications of the European

Communities, 2007.

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Plusieurs modèles scientifiques du stress professionnel ont pu être élaborés et

validés quant à leur capacité à traduire l’impact sur la santé mentale et physique des individus.

Deux modèles s’inscrivent dans le courant « ergonomique » du stress au travail, celui de

Karasek et celui de Siegrist :

- Le modèle de KARASEK (demande-contrôle)

Dans ce modèle, la demande faite à l’individu est atténuée par le contrôle que peut

exercer l’individu. Les activités professionnelles les plus dommageables en terme de

stress excessif sont celles qui cumulent « forte demande, plus faible contrôle »

(activité très contraignante), à la différence des activités « actives » (« forte demande,

plus fort contrôle ») et « passives » (« faible demande, plus faible contrôle ») et des

activités « peu contraignantes » (« faible demande, plus fort contrôle »). Une troisième

dimension a été ajoutée à ce modèle : le soutien social. L’association « forte demande,

plus faible contrôle, plus absence de soutien » représente la situation la plus délétère

pour l’individu en terme de risque pour sa santé.

- Le modèle de SIEGRIST (effort-récompense)

Dans ce modèle, la charge de l’effort que fourni l’individu va être atténuée par le

sentiment que cet effort « est payé en retour ». Cette « récompense » n’est pas

seulement matérielle (rémunération), mais aussi sociale (reconnaissance) et

symbolique (sens donné à l’effort).

Chacun de ces modèles a une forte validité scientifique bien que de nombreuses

critiques aient porté sur le fait qu’aucun de ces modèles ne pouvait à lui seul expliquer la

totalité de la problématique du stress au travail. N’évaluer cette problématique, tout comme

définir des actions de prévention, que sur la base d’un seul (voire même simultanément de

chacun) des deux modèles n’est pas satisfaisant. Il existe en effet bien d’autres déterminants

qu’il n’est pas possible d’ignorer. Ainsi, les recommandations du Health Safety Executive de

Grande Bretagne soulignent l’importance de facteurs comme les relations interindividuelles

négatives, l’ambiguïté et les conflits de rôle, la mauvaise gestion du changement. Nous

verrons plus loin que les implications de cette vision « élargie » de la problématique du stress

au travail sont de première importance dans le développement et l’utilisation d’outils

d’évaluation.

D’autres modèles appartiennent davantage aux approches individuelles du stress,

soit médicales (modèles de Selye et de Laborit) soit psychologiques (modèle de Lazarus).

- Le modèle de SELYE (la réponse d’adaptation).

C’est le modèle « historique » du stress proposé par Hans Selye dès les années 1930.

Le stress est défini comme la réponse de l’organisme à toute demande qui lui est faite,

dans une finalité d’adaptation. Cette réponse de l’organisme est multiple : biologique,

physiologique, cognitive, émotionnelle. Ce n’est que lorsque ces réponses se

chronicisent et que la situation à gérer dépasse les capacités d’adaptation de

l’organisme que les conséquences néfastes peuvent survenir par « épuisement ».

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- Le modèle de LABORIT (l’inhibition de l’action)

Il repose sur une conception « bio-comportementale » du stress. La réaction de stress

n’a qu’une finalité : assurer la survie de l’organisme face à un danger. Ce modèle

repose sur nos connaissances dans le domaine de la biologie et des neurosciences et en

particulier du rôle du cerveau limbique (émotionnel) dans la « mécanique » du stress.

C’est parce que nos réactions primaires de stress (l’attaque ou la fuite, la « fight or ») ne peuvent se réaliser que l’ « inhibition de l’action » prend le

flight response

dessus et que le stress devient pathogène.

- Le modèle de LAZARUS (la double évaluation de la situation).

Les sciences cognitives, et plus particulièrement la psychologie cognitive, ont permis

l’élaboration d’un modèle de compréhension du stress également centré sur l’individu.

Dans ce modèle, le stress résulte de la « double évaluation » que fait l’individu de la

situation de stress : l’évaluation « primaire » concerne le danger ou la menace que

représente potentiellement cette situation ; l’évaluation « secondaire » consiste en la

perception qu’a l’individu des ressources dont il dispose pour faire face à cette

menace. Autant (sinon plus pour l’auteur) que la situation de stress, c’est l’évaluation

d’une menace sans possibilités d’y faire face avec suffisamment de ressources qui

s’avère être nocif pour l’individu.

Chacun de ces modèles explique une partie, mais jamais la totalité de la

problématique du stress. On comprend bien que selon que l’on privilégiera tel ou tel modèle,

les définitions que l’on donnera du stress, tout comme les approches évaluatives ou

préventives que l’on préconisera seront différentes.

Nous pouvons ainsi reprendre à notre compte la conclusion de l’étude européenne

« stress impact »7 :

« Si l’on doit accorder une réelle attention au modèle transactionnel de Lazarus,

qui devrait être considéré comme un modèle théorique de grande valeur, il faut aussi

considérer ses difficultés à le mettre en pratique. D’un autre côté, les modèles de Karasek et

de Siegrist sont relativement clairs et aisés dans leur mise en application sur le terrain, mais

sont cependant limités pour comprendre les processus de développement du stress… Cela dit,

les différentes voies explorées par chacun ne sont pas exclusives, mais complémentaires :

Lazarus se focalise sur le processus même du stress, Karasek sur le poste de travail et

Siegrist sur la perception des individus. »

Car, comme le souligne l’ANACT (Prévenir le stress et les risques psychosociaux

au travail, 2007), « les facteurs de causes et d’effets se croisent à l’infini. Les situations

7 Impact of changing social structures on stress and quality of live : individual and social perspectives. Rapport

non publié réalisé par 6 pays européens sous l’égide de l’Université de Surrey. Stress Impact Consortium. Surrey

University, UK, 2006.

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Par ailleurs, ces « facteurs de cause » du stress sont nombreux et dépassent souvent

les seuls éléments explorés dans les modèles scientifiques du stress. Pour ne reprendre que

l’exemple du Health Safety Executive de Grande Bretagne, les sources de stress au travail

peuvent être regroupées en plusieurs catégories : les exigences, le contrôle, le soutien, les

relations, le rôle, les changements. Dans les pays nordiques8, d’autres facteurs de stress sont

pris en compte, comme, par exemple, l’implication et la motivation au travail ou le

déséquilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. La compréhension de toutes ces

causes de stress serait nécessaire pour réaliser une analyse correcte et complète de la

problématique de stress d’un individu.

pathogènes ne résultent pas d’une seule cause, mais toujours d’une série de causes, à un

moment donné, dans un contexte précis pour une personne en particulier. Pour une même

cause on observe des effets différents d’un individu à l’autre et différents pour un même

individu selon les périodes et les contextes de travail ».

psychologiques ou sociaux, et qui résulte du fait que les individus se sentent inaptes à

combler un écart avec les exigences ou les attentes les concernant. L'individu est capable de

gérer la pression à court terme qui peut être considérée comme positive mais il éprouve de

grandes difficultés face à une exposition prolongée à des pressions intenses. En outre,

différents individus peuvent réagir de manière différente à des situations similaires et un

même individu peut, à différents moments de sa vie, réagir différemment à des situations

similaires. Le stress n'est pas une maladie mais une exposition prolongée au stress peut

réduire l'efficacité au travail et peut causer des problèmes de santé. »

survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que

lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y

faire face. Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre

psychologique, les effets du stress ne sont pas, eux, uniquement de même nature. Ils affectent

également la santé physique, le bien-être et la productivité ».

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